MINISTÈRE DE LA GUERRE
séAKGB DU i6 MAI iSaS.
Une mesure acerbe , injuste, impoli-tique, je dirais même subversive de l'honneur des armes , a été prise en dernier lieu dans le département de la guerre. On a annoncé à cent cinquante, officiersgénéraux de notre vieille armée , le a décembre , jour anniversaire de la bataille d'Austerlitz , qu'ils avaient cessé de faire partie de l'armée française.
La mesure est acerbe. Et en effet, quoi de plus déchirant pour des hommes honorables que d'être frappés du même coup dans leur considération sociale et dans leurs moyens d'existence? J'ai été le témoin de leur douleur et àfi leur désespoir. Je
474 DISCOURS ST OPIiriOHS.
les ai vus , je les vois tous les jours retirant leurs enfants des maisons d'éducation où ils ne peuvent plus les entretenir, cherchant pour eux-mêmes des lieux écartés où ils cachent leur changement de fortune et la misère de leurs familles, rompant leurs anciennes liaisons , défaisant leur vie , forcés de descendre brusquement dans les habitudes d'une position inférieure. Et cette détresse n'est pas ve^ nue les assaillir le jour ou le lendemain du désastre de nos armées ; elle ne leur a pas été immédiate^ ment apportée par la vengeance d'un vainqueur impitoyable. C'est un coup de canon échappé de Waterloo; mais un coup de canon qui arrive au but dix ans après la bataille, dix ans après la proclamation auguste de l'union et de l'oubli.
La mesure est injuste. Et qu'on ne dise pas que les officiers-généraux frappés l'ont été par la loi. La loi des retraites, a été faite en faveur des militaires fatigués, auxquels elle accorde le prix de leurs services, et non pas au détriment des militaires valides , qu'elle condamnerait à un repos prématuré. La loi n'a pu vouloir, la loi i)'a pas voulu qu'on renversât un homme de guerre du plus haut échelon de la hiérarchie militaire , lorsqu'à peine il a eu le temps d'y monter en passant dans chaque grade le temps fixé par cette mén^e loi. La loi française n'a pas dit à l'Europe qu'un lieutenant-général des armées du roi de France est inhabile au commandement parce qu'il a trente ans de service. Et cette limite des trente ans de service^ les offi^iers-gén^éraux qu'on renvoie ^t ceux
CHA.MBRE DBS DISPUTÉS.*-? 1 8a 5. 4?$
qu'on conserve l'ont presque tous également dé* passée. £st*ce les moins capables qu'on a voulu exclure ? £h ! messieurs ^ cinq cents champs de bataille dans les quatre parties du monde diraient ce qu'ils ont fait , s'il était un Français qui pût l'ignorer. Est-ce les plus vieux? J'ouvre la liste et j'y vois inscrit le premier <lans l'ordre alphabétique un lieutenant-général qui n'a pas quarante-sept ans et qui est dans la vigueur de la jeunesse ^ et d'autres après lui qui ont cinquante, cinquante-deux, cin* quante-quatre ans; et parmi les conservés, je vois des infirmes , des hommes peu accoutumés à la vie des camps, et beaucoup de sexagénaires.
Pour épargner ceux-ci et pour atteindre les aur très, quel mode a-t-on donc suivi? Dans quelle balance a-t-on pesé les mérites et les droits de chacun? Je rtrwerrai^ a dit le ministre, di abord ceux qui n'ont pas été employés depuis la paix , e/2suite ceux qui ont été employés rarement. Et pourquoi né lesavez-vous pas employés? Tous n'étaientils pas également disponibles?Tous n'attendaient-ils pas également les ordres du roi? Tous ne possédaient-ils pas, et la plupart d'entre eux au suprême degré , les hautes facultés nécessaires pour les exécuter avec profit pour le service , avec éclat pour le nom français ?
La mesure est impolitique. Votre xlélicatesse, messieurs , vous le dira avec plus d'énergie que ne feraient mes discours. Charles X venait de monter sur le trône; il était entré dans Paris entouré desesoffîr ders-généraux ; il les avait enivrés de ses bienveit-
476 DÏSCOTJRS ET OPINÏOBTS.
lantes paroles. Le cri de vii^e le roi! était dans toutes les bùuches ; les ministres ont voulu l'étouffer. '
Ceux que le souverain honorait, les \ ministres les ont ruinés et dégradés ; ils otit porte une mort anticipée aux hommes que la charte avait placés sur les marches du trône, et dont la bonté royale paraissait vouloir embellir et relever l'existence.
La mesure est subi^erswe de la carrière militaire , et même attentatoire h VJionneur des guerriers. Ici , messieurs , ce n'est pas un acte isolé qu'il faut prendre en considération. Le chemin de l'arbitraire est tracé; ce qui se fait aujourd'hui contre les uns recommencera demain contre les autres. Tous les officiers - généraux de l'ancienne armée sont du même âge, et leurs anciens services sont classés dans la même catégorie. Et si l'on est condaûmé dans les grades de lieutenant-général et de maréchal-de-camp à perdre son état à quarante-six ans , que fera-t-on des colonels de- quarante ? que deviendront les grades inférieurs , encore plus menacés? Qu'est-ce donc qu'un métier dans lequel on entre forcément , où l'on n'arrive aux premiers grades qu'à force de travaux , de fatigues , de blessures, en perçant la foule à travers les cadavres, et où , lorsqu'on y est parvenu , on n'est pas assuré de conserver quarante-huit heures son existence ?
Voyez autour de vous , messieurs , ce mouvement d'enrichissement et d'amélioration qui transporte toutes les classes actives de la société; voyez comme chacun dans sa sphère augmente rapidement son avoir et ses jouissances. Au milieu de ce
CHAMBRE DES DipUTÉ«.~l8a5. 477
tourbiilon, la position de Tarmé© est stationnaire ; les appointements , les traitements d'activité ^ les pensions de retraite, tout reste pour les militaires comme il y a cinquante ans. Puisqu'ils ne participent pas à l'accroissement de la richesse sociale , qu'ils en soient au moins dédommagés par la sécurité, par la stabilité, par la considération publique ; qu'on leur permette de recueillir dans la maturité le prix des sacrifices imposés à leur jeunesse; qu'on leur conserve les droits de leur grade aussi long-temps qu'ils peuvent en exercer les fonctions. Ce grade est leur propriété consacrée par les lois : faites donc qu'on la respecte à l'égal des autres propriétés. Il y va, messieurs, de l'honneur des armes , et du destin des empires.
Quels motifs si puissants ont pu déterminer le gouvernement du roi à entrer dans cette voie nouvelle de désordres? Le vœu des chambres , dira-tôn? Mais n'avez-vous pas entendu, messieurs, à la session dernière , les députés qui insistaient le plus vivement sur un supplément de secours à accorder aux Vendéens demander en même temps et avec la même insistance qu'on se gardât bien de prendre ce supplément sur la solde des officiers-généraux , et s'indigner d'avance d'un revirement d'allocation qui aurait paru transférer aux uns la dépouille des autres? L'économie, dira-t-on encore? En vérité, messieurs , l'année est bien choisie pour parler d'économie ! Pensez donc que la deux millième partie, oui, messieurs, la deux millième partie du fonds consacré à l'indemnité eut suffi et au-delà
47^ DISG017RS ET OPINIOITS.
pour couvrir la dépensé que le ministre dit avoir supprimée.
Et cette dépense , qui était de justice étroite , croyez-vous qu'il ne se soit pas présenté aussitôt quelques abus pour la remplacer ? Les économies sont-elles possibles dans le budget envahisseur qui consomme à lui seul la moitié du revenu disponible de Tétat , qui ne vous tient aucun compte des profits que devrait procurer la disparition suc* cessive des surcharges imposées au trésor par les entreprises colossales du gouvernement précédent, et qui, lorsqu'il augmente le service d'un, ne manque jamais d'augmenter la dépense de quatre? Demandez à votre commission quelles réductions vous devez attendre d'une branche de l'adminis* tration qui, depuis 1821 , a grossi sa dotation annuelle de 29 millions , non compris l'extraordinaire et les suppléments de crédits ; voyez , non pas seulement les sommes énormes qu'elle a dépensées, mais la manière dont elle les a dépensées; voyez combien a été affecté au matériel , combien au per«sonnel, et dans le personnel , combien au personnel administratif ,'conlbien au personnel combattant, et dans le personnel combattant , combien aux officiers , combien aux soldats : et il vous sera facile de reconnaître jusqu'à quel point les fonds ont été absorbés par un service réel , et si la consommation a été productive de force et de puissance.
L'effectif de l'armée que la France entretiendra en i8a6 ne diffère de celui qui a. servi de base aux évaluations de i8a5, que par une augmenta-
CHAMBRE DIS OliPITTis.— «i8a5, 479
tioH de trente -trois hommes et une réduction de vingt - un chevaux : c'est donc le même service pour les deux années. Hé bien ! messieurs , après que Féconomie a servi de prétexte à l'odieuse mesure du renvoi des généraux, voulez- vous savoir ce que vous demande encore le ministre ? Ouvrez le budget ; lisez le chapitre de la .solde , celui auquel se rapporte le sujet que je traite en ce moment , et vous y verrez que ce chapitre ne présente de diminution que pour une somme de Soo^ooo fr. Or , cette somme de 3oo,ooo fr. est plus que doublée par l'excédant des charges que supportera la caisse des pensions pour payer les retraites auK offîciers - généraux renvoyés. Le trésor se trouve donc réellement en avance, sur ce seul objet, de plus de 3oo,ooo fr. Voilà, messieurs^ des économies comme en fait l'administration de la guerre.
Ce n'est pas tout. La totalité de son budget de 1 8â6 dépasse d'une somme beaucoup plus considérable le budget de iSuS. £n effet, la différence des chiffres est en plus , pour le budget en discussion ,
de. . . 5,000,000 f.
Retirez - en les suppléments coloniaux, montant à. • 3,i54tOoo
il restera 1,846,000
Ajoutant à ce reste le résultat présumé des extinctions dans les demisoldes et les réformes 3o6,ooo
VOUS aurez pour l'augmentation définitive a,x5a,ooo
48o DISCOURS ET OPITTIOJfS.
Et croyez-vous, messieurs, que les contribuables en seront quittes pour deux millions de plus tous les ans ? Gardez-vous de l'espërer. Qu'ils sachent bien que , plus que jamais , la résignation leur est nécessaire; car ils ne font qu'entrer dans la carrière des sacrifices. Une ère nouvelle commence dans l'administration de la guerre. Son budget coûte aujourd'hui 1 96 millions , il coûtera bientôt 2 5o millions, si l'on donne au ministre le temps et la facilité de mettre à exécution ses projets, tels qu'il les a exposés dans le rapport au roi qui vous a été communiqué. Je ne sais, messieurs, si les autres ministres, si vous-mêmes avez étudié ce rapport, si extraordinaire, si menaçant pour la fortune publique : il doit fixer votre plus sérieuse attention.
Le système du ministre , en ce qui concerne le personnel , est fondé sur le principe qu'il convient d'entretenir au sein de la paix la plus profonde les cadres des corps de troupes qu'on pourrait être obligé de mettre sur pied pendant la guerre la plus active; et non pas seulement les cadres des régiments, mais encore les cadres des bataillons et des escadrons, voire même les cadres des compagnies : de sorte que, la gêne des finances nous obligeât-elle à restreindre l'état militaire de France à cent vingt mille hommes , il n'en faudrait pas moins payer le même nombre d'officiers , de sous-officiers , d'intendants , d'employés , et les mêmes frais généraux de commandements et d'administration , ni plus ni moins que si nous avions quatre à cinq cent mille soldats sous les armes.
CHAMBRE DES DEPCFT^S.. — iSïîS. 48l
Aujourd'hui, par exemple, on vient de terminer la guerre d'Espagne. Pour faire cette guerre avec succès, on avait cru devoir augmenter le nombre des régiments, des bataillons, des escadrons. La paix est faite; l'effectif de l'arroëe se trouve diminué de vingt-deux mille hommes dans l'espace de temps écoulé de iSaS à rSaS. Vous supposez qu'on va réduire les cadres dans là même proportion, et que les bataillons et les escadroiis seront ramenés, sinon en un jour, du "moins successivement, au nombre et aux dimensions qu'ils avaient avant la guerre. Ce procédé semble indiqué par l'économie et par la raison. Mais l'administration se propose de suivre une marche diamétralement opposée. Notre infanterie se compose en ce moment dé deux cent-soixante-onze bataillons, ce qui, dans la supposition de l'effectif proposé pour 1826, ne donne pas à beaucoup près quatre cents soldats , bien portants ou malades , présents ou absents, par bataillon, ni par conséquent cinquante par compagnie ; et le ministre vous annonce qu'on formera vingt bataillons de plus. La cava-. lerie se compose de deux cent quatre-vingt-seize escadrons, ce qui ne donne pas quatre-vingts cavaliers dans les rangs par escadron ; et le ministre nous annonce qu'on formera quarante escadrons de plus.
L'ordonnance du roi qui règle ces formations dit, il est vrai, que les augmentations s'effectue- 0i ront successivement, selon les prévisions du budget. Cette promesse , messieurs , est-elle bien rassu-
48a DISCOURS £T OPINIONS.
rante?N'enténd-on pas dire qu'on s'occupe dès à présent de la dispendieuse transformation d'une certaine partie de la cavalerip légère en cavalerie pesante ? Ne savons-nous pas qu'il y a pour une administration, imbue de la manie d'organiser et de dépenser , mille et mille moyens de forcer le vote des chambres, fussent-elles les plus récalcitrantes, à des contributions nouvelles en hommes et en argent?
Et quand même on s'en tiendrait à l'état présent, est-il donc si parfait qu'il doive vous satisfaire? Accepteriez-vous comme disposition permanente la disproportion actuelle entre les cadres et l'effectif de l'armée? Le tableau qui est en tête du budget présente parallèlement vingt-un mille quatre cent quarante- huit officiers d'état-major et de troupe, quarante -neuf mille huit cent soixantequatre sous - officiers et cent soixante -un mille quarante-quatre soldats. Calculez, messieurs, et vous verrez qu'on vous fait payer un officier et deux sous-officiers pour sept soldats.
L'excès de la dépense n'est pas le seul inconvénient de ces cadres vides et boursouflés. Quelle place tiendront-ils dans les lignes de bataille? Quelle instruction pourront-ils acquérir? Quel goût prendront à leur métier des soldats tracassés par le trop grand nombre des officiers, et des sous-officiers qui n'ont pas assez de soldats à commander ? Comment parviendra-t-on jamais à augmenter les appointements de nos officiers , qu'on reconnaît généralement pour être trop faiblement rétribués? Avec
CHAMBRE DES DISPUTES. iSaS. 483
un pareil système , il y a presque nécessité de faire sains cesse la chasse aux uns pour procurer de l'avan* cernent aux autres; et l'exemple donné en dernier lieu constitue un funeste précédent qui acquerra bientôt Tautorité de l'habitude et presque de la règle.
Ce n'est pas là, messieurs, l'organisation militaire que recommandent la raison d'état et les traditions de notre gloire. Et à quoi bon s'évertuer à établir doctrinalement un pied de paix et un pied de guerre? Le pied de paix, c'est le plus souvent l'état des finances qui le détermine; le pied de guerre , c'est la nécessité qui le commande. Vous possédez une loi de recrutement qui rend les levées de soldats promptes, faciles et abondantes. Mettez-en sur pied chaque année le plus que vous pourrez , sans imposer à la population des charges inutiles. Faites en sorte, par un bon système de congés, d'obtenir un effectif qui soit plus nombreux sans coûter davantage. Établissez avant tout une proportion raisonnable entre le nombre des cadres et le nombre des soldats qui doivent les remplir. La guerre survenant, vous dédoublerez vos bataillons et vos escadrons; vous procurerez de l'avancement à vos officiers et à vos sous-officiers; vous imprimerez un mouvement moral à votre armée. Vous l'imprimerez plus efficacement encore ce mouvement moral , principal élément des succès , si vous vous hâtez de rendre l'existence à vos officiers-généraux , abreuvés de dégoûts et d'humiliations. C'est le bon traitement fait aux
484 DISCOURS ET OrPlWIOirS.
braves qui entretient l'ardeur guerrière chez les soldats , et l'esprit de nationalité chez les citoyens. Faites que le feu sacré de l'honneur se conserve toujours vivace et toujours brûlant; et, au jour du danger, les enfants de la France ne manque* ront pas à l'appel. Ils n'y ont manqué jamais.
Mais ce n'est pas tout que de solder une armée valeureuse , de la nourrir et de la pourvoir de vêtements , de logements , d'armes et d'artillerie : il faut encore préparer pendant la paix les provisions de toute espèce dont on a besoin pour la guerre et qu'on ne pourrait pas former ou rassembler dans un court espace de temps; il faut en outre entretenir dans un état propre à la défense les forteresses qui protègent le territoire.
Ici encore, messieurs, va éclater la prodigalité, du système nouveau. On a dépensé depuis dix ans environ 3,5oo,ooo francs par année pour accroître les amas d'armes et de munitions qui composent le matériel de l'artillerie , et autant pour conserver et entretenir les bâtiments militaires et les fortifications qui composent le matériel du génie. C'est M. le ministre de la guerre qui nous le dit , et il se presse d'ajouter qu'il aura besoin dorénavant de 32 millions pour accomplir les deux services; il appelle ces 32 millions la dépense réglementaire.
Sur quelles évaluations seraient donc basés de si monstrueux suppléments d'allocation?... C'est ce qu'on nous laisse ignorer quant à présent ; et même on nous annonce, pour ce qui concerne l'artillerie , que la vérification du matériel n'est pas
CHAMBRE DES DÉPUTÉS. iSstS. 48^
encore achevée. Eti attendant que le résultat de cette vérification ait été mis sous les yeux des chambres , j'ai lieu de croire qu'il y a abondance plutôt que pénurie, puisque les approvisionnements extraordinaires , faits pour la guerre d'Espagne, sont restés presque intacts dans les parcs et dans les arsenaux.
Je ne sache pas non plus que le service du génie soit dans un si grand délabrement qu'on voudrait le faire croire. On nous dit bien qu'il faudrait un capital de 60 millions pour compléter l'assiette du casernement de l'armée ; et cependant je ne crois pas qu'il existe en France un bâtiment qui, destiné sous l'ancien régime à loger des troupes, n'ait encore cette destination aujourd'hui. Je vois que, dans plusieurs villes de l'intérieur et des frontières, la révolution a transformé en casernes un grand nombre de couvents et d'autres édifices acquis par l'état. Il ne s'est pas écoulé une année depuis la restauration, sans que le gouvernement ait fait quelque acquisition pour ce service; et vous-mêmes, messieurs, dans la présente session, le ^^ du mois dernier , vous avez voté la construction à Paris de casernes nouvelles , et d'autres établissements militaires, qui coûteront ensemble plus de six millions.
Quant aux forteresses, nous en avons perdu quelques - unes ; mais il nous en reste beaucoup. S'il fallait en élever de nouvelles , ce ne serait pas au budget annuel qu'on devrait demander les allocations nécessaires pour faire face à une si énorme
dépense. Il y aurait nécessité de recourir aux emprunts; et malheur à vous, malheur au pays, si vous vous jetiez volontairement dans le gouffre des emprunts, autrement que pour créer des revenus qui devraient plus tard reconstituer l'état dans la possession des capitaux empruntés !
Au reste , messieurs , le ministre de la guerre nous accorde quelque répit sur les augmentations que recevront les chapitres du matériel de rartiU lerie et du génie. Il n'en est pas de même des chapitres des équipages militaires, de l'habillement et des hôpitaux, qui, dès cette année, éprouvent im accroissement plus ou moins considérable, et que rien ne justifie.
Le train des équipages militaires coûte, en personnel et en matériel , plus de 600,000 francs. Cette branche de service était inconnue en temps de paix ayant la révolution , et je ne suis pas convaincu de l'utilité qu'elle présente dans un pays comme le nôtre, où abondent \eà villes, les ateliers et les ouvriers de tout genre , et où il est toujours facile de former, sur chaque frontière, aux approches de la guerre, les parcs de voiture nécessaires pour les opérations qu'on veut entreprendre. La campagne de 1823 nous a d'ailleurs appris ce qu'on peut en attendre. La guerre était prévue ; elle était annoncée ; elle était préparée : et, au moment de passer la Bidassoa , le prince généralissime n'a eu à sa disposition ni un soldat, ni une voiture du train des équipages. Vous savez tous , messieurs , ce qui en est advenu.
CHÂ.MBRE DES DÉPUTI^.S. iSaS. 4^7
On vous demande pourThabillement i ,466,000 f. de plus que Tannée dernière. Le ministre en indique deux causes principales. La première est la variation qui y (Tun exercice à l'autre ^ a lieu dans le nombre et Tespèce des ejfets a remplacer; la seconde est V emploi qui doit être fait en 1826 de la moitié de la réserve de deux cents habits dans chaque régiment d'infanterie. Votre commission s'est contentée de ces excuses puériles ; et moi je demande à l'administration de la guerre ce qu'elle a fait des effets achetés sur le crédit extraordinaire de iSaS, existant en bon état dans les magasins au 1 ^^ janvier 1824, et estimés par les experts à une valeur de 4îOi8,5o5 francs 74 centimes.
Enfin , la journée d'hôpital est portée cette année à un franc 22 c, tandis qu'elle ne coûtera que 91 c. dans les hôpitaux de la marine. C'est un point établi par des preuves incontestables que la guérison des marins doit coûter plus cher que celle des soldats de l'armée de terre , attendu que leurs maladies sont en général plus graves, et que le service se fait avec plus de frais dans les hôpitaux maritimes. Multipliant cette différence de 3i centimes par le nombre d'environ 5 millions de journées de malade qu'il faudra payer à la fin de l'année, on verra qu'il en résulte pour le trésor une perte de plus de 1 ,600,000 francs.
Vous êtes pressés , messieurs , de terminer votre session; je n'entreprendrai donc pas de relever par le menu les calculs inexacts et les frais hasardés sur lesquels repose l'édifice ministériel. Mon objet
488 DISCOURS ET OPIiriONS.
principal en ce moment est d'appeler l'attention des futures commissions du budget sur les projets ruineux dont on vous a présenté le programme. S'il arrivait qu'on fut tenté de les reproduire dans les sessions prochaines , je regarderais comme un devoir de combattre pied à pied , et article par article , cette administration qui fait verser aux guerriers des larmes si amères , et qui a pris au trésor 348,874,000 francs, pour faire, dans un pays presque ami , une campagne de huit mois.
Je me borne , quant à présent , à demander le retranchement de l'excédant de 1,466,000 francs sur le chapitre de l'habillement.