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suite môme de la difficile rénovation qu'elle exigerait d'eux pour les associer directement à sa principale élaboration. Si cette inévitable opposition devait se borner aux esprits essentiellement théologiques ou métaphysiques, elle offrirait peu de gravité réelle, parce qu'il resterait un puissant appui chez ceux, dont le nombre et l'influence croissent journellement, qui sont surtout livrés aux études positives. Mais, par une fatalité aisément explicable, c'est de ceux-là même que la nouvelle école doit peut-être attendre le moins d'assistance et le plus d'entraves : une philosophie directement émanée des sciences trouvera probablement ses plus dangereux ennemis chez ceux qui les cultivent aujourd'hui. La principale source de ce déplorable conflit consiste dans la spécialisation aveugle et dispersive qui caractérise profondément l'esprit scientifique actuel, d'après sa formation nécessairement partielle, suivant la complication croissante des phénomènes étudiés, comme je l'indiquerai expressément ci-dessous. Cette marche provisoire, qu'une dangereuse routine académique s'efforce aujourd'hui d'éterniser, surtout parmi les géomètres, développe la vraie positivité, chez chaque intelligence, seulement envers une faible portion du système mental, et laisse tout le reste sous un vague régime théologico-métaphysique, ou l'abandonne à un empirisme encore plus oppressif, en sorte que le véritable esprit positif, qui correspond à l'ensemble des divers travaux scientifiques, se trouve, au fond, ne pouvoir être pleinement compris par aucun de ceux qui l'ont ainsi naturellement préparé. De plus en plus livrés à cette inévitable tendance, les savants proprement dits sont ordinairement conduits, dans notre siècle, à une insurmontable aversion centre toute idée
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générale, et à l'entière impossibilité d'apprécier réellement aucune conception philosophique. On sentira mieux, au reste, la gravité d'une telle opposition en observant que, née des habitudes mentales, elle a dû s'étendre ensuite jusqu'aux divers intérêts correspondants, que notre régime scientifique rattache profondément, surtout en France, à cette désastreuse spécialité, comme je l'ai soigneusement démontré dans l'ouvrage cité. Ainsi, la nouvelle philosophie, qui exige directement l'esprit d'ensemble, et qui fait à jamais prévaloir, sur toutes les études aujourd'hui constituées, la science naissante du développement social, trouvera nécessairement une intime antipathie, à la fois active et passive, dans les préjugés et les passions de la seule classe qui pût directement lui offrir un point d'appui spéculatif, et chez laquelle elle ne doit longtemps espérer que des adhésions purement individuelles, plus rares là peut-être que partout ailleurs (i).
(1) Celle empirique prépondérance de l'esprit de détail chez la plupart des savants actuels, et leur aveugle antipathie envers toule généralisation quelconque, se trouvent beaucoup aggravées, surtout en France, par leur réunion habituelle en académies, où les divers préjugés analytiques se fortifient mutuellement, où d'ailleurs se développent des intérêts trop souvent abusifs, où enfin s'organise spontanément une sorte d'émeute permanente contre le régime synthétique qui doit désormais prévaloir. L'instinct de progrès qui caractérisait, il y a un demi-siècle, le génie révolutionnaire, avait confusément senti ces dangers essentiels, de manière à déterminer la suppression directe de ces compagnies arriérées, qui, ne convenant qu'à l'élaboration préliminaire de l'esprit positif, devenaient de plus en plus hostiles à sa systématisation finale. Quoique cette audacieuse mesure, si mal jugée d'ordnaire, fût alors prématurée, parce que ces graves inconvénients ne pouvaient encore êlre assez reconnus, il reste néanmoins certain que ces corporations scientifiques avaient déjà accompli le principal office que comportait leur nature : depuis leur restauration, leur influence réelle a été, au fond, beaucoup plus nuisible qu'utile à la marche actuelle de la grande évolution mentale.
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Pour surmonter convenablement ce concours spontané de résistances diverses que Lui présente aujourd'hui la masse spéculative proprement dite, l'école positive ne saurait trouver d'autre ressource générale que d'organiser un appel direct et soutenu au bon sens universel, en s'efforçant désormais de propager systématiquement, dans la masse active, les principales études scientifiques propres à y constituer la base indispensable de sa grande élaboration philosophique. Ces études préliminaires, naturellement dominées jusqu'ici par cet esprit de spécialité empirique qui préside aux sciences correspondantes, sont toujours conçues et dirigées comme si chacune d'elles devait surtout préparer à une certaine profession exclusive ; ce qui interdit évidemment la possibilité, même chez ceux qui auraient le plus de loisir, d'en embrasser jamais plusieurs, ou du moins autant que l'exigerait la formation ultérieure de saines conceptions générales. Mais il n'en peut plus être ainsi quand une telle instruction est directement destinée à l'éducation universelle, qui en change nécessairement le caractère et la direction, malgré toute tendance contraire. Le public, en effet, qui ne veut devenir ni géomètre, ni astronome, ni chimiste, etc., éprouve continuellement le besoin simultané de toutes les sciences fondamentales, réduites chacune à ses notions essentielles : il lui faut, suivant l'expression très remarquable de notre grand Molière, des clartés de tout, Cette simultanéité nécessaire n'existe pas seulement pour lui quand il considère ces études dans leur destination abstraite et générale, comme seule base rationnelle de l'ensemble des conceptions humaines : il la retrouve encore, quoique moins directement, même envers les diverses applications concrètes, dont cha-
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cune, au fond, au lieu de se rapporter exclusivement à une certaine branche de la philosophie naturelle, dépend aussi plus ou moins de toutes les autres. Ainsi, l'universelle propagation des principales études positives n'est pas uniquement destinée aujourd'hui à satisfaire un besoin déjà très prononcé chez le public, qui sent de plus en plus que les sciences ne sont pas exclusivement réservées pour les savants, mais qu'elles existent surtout pour lui-même. Par une heureuse réaction spontanée, une telle destination, quand elle sera convenablement développée, devra radicalement améliorer l'esprit scientifique actuel, en le dépouillant de sa spécialité aveugle et dispersive, de manière à lui faire acquérir peu à peu le vrai caractère philosophique, indispensable à sa principale mission. Cette voie est même la seule qui puisse, de nos jours, constituer graduellement, en dehors de la classe spéculative proprement dite, un vaste tribunal spontané, aussi impartial qu'irrécusable, formé de la masse des hommes sensés, devant lequel viendront s'éteindre irrévocablement beaucoup de fausses opinions scientifiques, que les vues propres à l'élaboration préliminaire des deux derniers siècles ont dû mêler profondément aux doctrines vraiment positives, qu'elles altéreront nécessairement tant que ces discussions ne seront pas enfin directement soumises au bon sens universel. En un temps où il ne faut attendre d'efficacité immédiate que de mesures toujours provisoires, bien adaptées à notre situation transitoire, l'organisation nécessaire d'un tel point d'appui général pour l'ensemble des travaux philosophiques devient, à mes yeux, le principal résultat social que puisse maintenant produire l'entière vulgarisation des connaissances réelles : le public rendra ainsi à la nou-
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velle école un plein équivalent des services que cette organisation lui procurera.
Ce grand résultat ne pourrait être suffisamment obtenu si cet enseignement continu restait destiné à une seule classe quelconque, même très étendue : on doit, sous peine d'avortement, y avoir toujours en vue l'entière universalité des intelligences. Dans l'état normal que ce mouvement doit préparer, toutes, sans aucune exception ni distinction, éprouveront toujours le même besoin fondamental de cette philosophie première, résultée de l'ensemble des notions réelles, et qui doit alors devenir la base systématique de la sagesse humaine, aussi bien active que spéculative, de manière à remplir plus convenablement l'indispensable office social qui se rattachait jadis à l'universelle instruction chrétienne. Il importe donc beaucoup que, dès son origine, la nouvelle école philosophique développe, autant que possible, ce grand caractère élémentaire d'universalité sociale, qui, finalement relatif à sa principale destination, constituera aujourd'hui sa plus grande force contre les diverses résistances qu'elle doit rencontrer.
Afin de mieux marquer cette tendance nécessaire, une intime conviction, d'abord instinctive, puis systématique, m'a déterminé, depuis longtemps, à représenter toujours l'enseignement exposé dans ce Traité comme s'adressant surtout à la classe la plus nombreuse, que notre situation laisse dépourvue de toute instruction régulière, par suite de la désuétude croissante de l'instruction purement théologique, qui, provisoirement remplacée, pour les seuls lettrés, par une certaine instruction métaphysique et littéraire, n'a pu recevoir, surtout en France, aucun pareil équivalent
pour la masse populaire. L'importance et la nouveauté d'une telle disposition constante, mon vif désir qu'elle soit convenablement appréciée, et même, si j'ose le dire, imitée, m'obligent à indiquer ici les principaux motif s de ce contact spirituel que doit ainsi spécialement instituer aujourd'hui avec les prolétaires la nouvelle école philosophique, sans toutefois que son enseignement doive jamais exclure aucune classe quelconque. Quelques obstacles que le défaut de zèle ou d'élévation puisse réellement apporter de part et d'autre à un tel rapprochement, il est aisé de reconnaître, en général, que, de toutes les portions de la société actuelle, le peuple proprement dit doit être, au fond, la mieux disposée, par les tendances et les besoins qui résultent de sa situation caractéristique, à accueillir favorablement la nouvelle philosophie, qui finalement doit trouver là son principal appui, aussi bien mental que social.
Une première considération, qu'il importe d'approfondir, quoique sa nature soit surtout négative, résulte, à ce sujet, d'une judicieuse appréciation de ce qui, au premier aspect, pourrait sembler offrir une grave difficulté, c'est-à-dire l'absence actuelle de toute culture spéculative. Sans doute, il est regrettable, par exemple, que cet enseignement populaire de la philosophie astronomique ne trouve pas encore, chez tous ceux auxquels il est surtout destiné, quelques études mathématiques préliminaires, qui le rendraient à la fois plus efficace et plus facile, et que je suis même forcé d'y supposer. Mais la même lacune se rencontrerait aussi chez la plupart des autres classes actuelles, en un temps où l'instruction positive reste bornée, en France, à certaines professions spéciales, qui se rattachent essen-