‹ Discours dur l'esprit positif, ordre et progrèsChapitre 9 sur 13 · JO DISCOURS · texte numérisé non relu

JO DISCOURS

chacune de celles qui se disputent aujourd'hui l'empire se trouve maintenant aussi caractérisée sous l'aspect social qu'elle l'était déjà du point de vue mental, autant du moins que le comporte ce Discours, et sauf le recours indispensable à l'ouvrage cité. En achevant cette sommaire appréciation, il importe d'y remarquer l'heureuse corrélation qui s'établit naturellement entre un tel esprit philosophique et les dispositions, sages mais empiriques, que l'expérience contemporaine fait désormais prévaloir de plus en plus, aussi bien chez les gouvernés que chez les gouvernants. Substituant directement un immense mouvement mental à une stérile agitation politique, l'école positive explique et sanctionne, d'après un examen systématique, l'indifférence ou la répugnance que la raison publique et la prudence des gouvernements s'accordent à manifester aujourd'hui pour toute sérieuse élaboration directe des institutions proprement dites, en un temps où il n'en peut exister d'efficaces qu'avec un caractère purement provisoire ou transitoire, faute d'aucune base rationnelle suffisante, tant que durera l'anarchie intellectuelle. Destinée à dissiper enfin ce désordre fondamental, par les seules voies qui puissent le surmonter, cette nouvelle école a besoin, avant tout, du maintien continu de l'ordre matériel, tant intérieur qu'extérieur, sans lequel aucune grave méditation sociale ne saurait être ni convenablement accueillie ni même suffisamment élaborée. Elle tend donc à justifier et à seconder la préoccupation très légitime qu'inspire aujourd'hui partout le seul grand résultat politique qui soit immédiatement compatible avec la situation actuelle, laquelle d'ailleurs lui procure une valeur spéciale par les graves difficultés qu'elle lui suscite, en posant tou-

jours le problème, insoluble à la longue, de maintenir un certain ordre politique au milieu d'un profond désordre moral. Outre ses travaux d'avenir, l'école positive s'associe immédiatement à cette importante opération par sa tendance directe à discréditer radicalement les diverses écoles actuelles, en remplissant déjà mieux que chacune d'elles les offices opposés qui leur restent encore, et qu'elle seule combine spontanément, de façon à se montrer aussitôt plus organique que l'école théologique et plus progressive que l'école métaphysique, sans pouvoir jamais comporter les dangers de rétrogradation ou d'anarchie qui leur sont respectivement propres. Depuis que les gouvernements ont essentiellement renoncé, quoique d'une manière implicite, à toute sérieuse restauration du passé, et les populations à lout grave bouleversement des institutions, la nouvelle philosophie n'a plus à demander, de part et d'autre, que les dispositions habituelles qu'on est au fond préparé partout à lui accorder (du moins en France, où doit surtout s'accomplir d'abord l'élaboration systématique), c'est-à-dire liberté et attention. Sous ces conditions naturelles, l'école positive tend, d'un côté, à consolider tous les pouvoirs actuels chez leurs possesseurs quelconques, et, de l'autre, à leur imposer des obligations morales de plus en plus conformes aux vrais besoins des peuples.

Ces dispositions incontestables semblent d'abord ne devoir aujourd'hui laisser à la nouvelle philosophie d'autres obstacles essentiels que ceux qui résulteront de l'incapacité ou de l'incurie de ses divers promoteurs. Mais une plus mûre appréciation montre, au contraire, qu'elle doit trouver d'énergiques résistances chez presque tous les esprits maintenant actifs, par

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