‹ Discours dur l'esprit positif, ordre et progrèsChapitre 13 sur 13 · HO DISCOURS · texte numérisé non relu

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contagion métaphysique, repoussée seulement par leur raison naturelle. Quoique Ton doive espérer, à ce titre, que les gouvernements actuels sentiront bientôt combien l'universelle propagation des connaissances réelles peut seconder de plus en plus leurs efforts continus pour le difficile maintien d'un ordre indispensable, il ne faut pas encore attendre d'eux, ni même en désirer, une coopération vraiment active à cette grande préparation rationnelle, qui doit longtemps résulter surtout d'un libre zèle privé, inspiré et soutenu par de véritables convictions philosophiques. L'imparfaite conservation d'une grossière harmonie politique, sans cesse compromise au milieu de notre désordre mental et moral, absorbe trop justement leur sollicitude journalière, et les tient même placés à un point de vue trop inférieur, pour qu'ils puissent dignement comprendre la nature et les conditions d'un tel travail, dont il faut seulement leur demander d'entrevoir l'importance. Si, par un zèle intempestif, ils tentaient aujourd'hui de le diriger, ils ne pourraient aboutir qu'à l'altérer profondément, de manière à compromettre beaucoup sa principale efficacité, en ne le rattachant pas à une philosophie assez décisive, ce qui le ferait bientôt dégénérer en une incohérente accumulation de spécialités superficielles. Ainsi, l'école positive, résultée d'un actif concours volontaire des esprits vraiment philosophiques, n'aura longtemps à demander à nos gouvernements occidentaux, pour accomplir convenablement son grand office social, qu'une pleine liberté d'exposition et de discussion, équivalente à celle dont jouissent déjà l'école théoîogique et l'école métaphysique. L'une peut, chaque jour, dans ses mille tribunes sacrées, préconiser, à son gré, l'excellence absolue de

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son éternelle doctrine, et vouer tous ses adversaires quelconques à une irrévocable damnation ; l'autre, dans les nombreuses chaires que lui entretient la munificence nationale, peut journellement développer, devant d'immenses auditoires, l'universelle efficacité de ses conceptions ontologiques et la prééminence indéfinie de ses études littéraires. Sans prétendre à de tels avantages, que le temps doit seul procurer, l'école positive ne demande essentiellement aujourd'hui qu'un simple droit d'asile régulier dans les locaux municipaux, pour y faire directement apprécier son aptitude finale à la satisfaction simultanée de tous nos grands besoins sociaux, en propageant avec sagesse la seule instruction systématique qui puisse désormais préparer une véritable réorganisation, d'abord mentale, puis morale, et enfin politique. Pourvu que ce libre accès lui reste toujours ouvert, le zèle volontaire et gratuit de ses rares promoteurs, secondé par le bon sens universel, et sous l'impulsion croissante de la situation fondamentale, ne redoutera jamais de soutenir, même dès ce moment, une active concurrence philosophique envers les nombreux et puissants organes, même réunis, des deux écoles anciennes. Or, il n'est plus à craindre que désormais les hommes d'Etat s'écartent gravement, à cet égard, de l'impartiale modération de plus en plus inhérente à leur propre indifférence spéculative : l'école positive a même lieu de compter, sous ce rapport, sur la bienveillance habituelle des plus intelligents d'entre eux, non seulement en France, mais aussi dans tout notre Occident. Leur surveillance continue de ce libre enseignement populaire se bornera bientôt à y prescrire seulement la condition permanente d'une vraie positivité ; en y écartant, avec

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une inflexible sévérité, l'introduction, trop imminente encore, des spéculations vagues ou sophistiques. Mais, à ce sujet, les besoins essentiels de l'école positive concourent directement avec les devoirs naturels des gouvernements : car, si ceux-ci doivent repousser un tel abus en vertu de sa tendance anarchique, celle-là, outre ce juste motif, le juge pleinement contraire à la destination fondamentale d'un tel enseignement, comme ranimant ce même esprit métaphysique où elle voit aujourd'hui le principal obstacle à l'avènement social de la nouvelle philosophie. Sous cet aspect, ainsi qu'à tout autre titre, les philosophes positifs se sentiront toujours presque aussi intéressés que les pouvoirs actuels, au double maintien continu de l'ordre intérieur et de la paix intérieure, parce qu'ils y voient la condition la plus favorable à une vraie rénovation mentale et morale : seulement, du point de vue qui leur est propre, ils doivent apercevoir de plus loin ce qui pourrait compromettre ou consolider ce grand résultat politique de l'ensemble de notre situation transitoire.

Nous avons maintenant assez caractérisé, à tous égards, l'importance capitale que présente aujourd'hui l'universelle propagation des études positives, surtout parmi les prolétaires, pour constituer désormais un indispensable point d'appui, à la fois mental et social, à l'élaboration philosophique qui doit déterminer graduellement la réorganisation spirituelle des sociétés modernes. Mais une telle appréciation resterait encore incomplète, et même insuffisante, si la fin de ce Discours n'était pas directement consacrée à établir l'ordre fondamental qui convient à ce*te série d'études, de

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manière à fixer la vraie position que doit occuper, dans leur ensemble, celle dont ce Traité s'occupera ensuite exclusivement. Loin que cet arrangement didactique soit presque indifférent, comme notre vicieux régime scientifique le fait trop souvent supposer, on peut assurer, au contraire, que c'est de lui surtout que dépend la principale efficacité, intellectuelle ou sociale, de cette grande préparation. Il existe d'ailleurs une intime solidarité entre la conception encyclopédique d'où il résulte et la loi fondamentale d'évolution qui sert de base à la nouvelle philosophie générale.

Un tel ordre doit, par sa nature, remplir deux conditions essentielles, l'une dogmatique, l'autre historique, dont il faut d'abord reconnaître la convergence nécessaire : la première consiste à ranger les sciences suivant leur dépendance successive, en sorte que chacune repose sur la précédente et prépare la suivante ; la seconde prescrit de les disposer d'après la marche de leur formation effective, en passant toujours des plus anciennes aux plus récentes. Or, l'équivalence spontanée de ces deux voies encyclopédiques tient, en général, à l'identité fondamentale qui existe inévitablement entre l'évolution individuelle et l'évolution collective, lesquelles ayant une pareille origine, une semblable destination, et un même agent, doivent toujours offrir des phases correspondantes, sauf les seules diversités de durée, d'intensité et de vitesse, inhérentes à l'inégalité des deux organismes. Ce concours nécessaire permet donc de concevoir ces deux modes commedeux aspects corrélatifs d'un unique principe encyclopédique, de manière à pouvoir habituellement employer celui qui, en chaque cas, manifestera le mieux les relations considérées, et avec la précieuse faculté

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de pouvoir constamment vérifier par l'un ce qui sera résulté de l'autre.

La loi fondamentale de cet ordre commun, de dépendance dogmatique et de succession historique, a été complètement établie dans le grand ouvrage cidessus indiqué, et dont elle détermine le plan général. Elle consiste à classer les différentes sciences, d'après la nature des phénomènes étudiés, selon leur généralité et leur indépendance décroissantes ou leur complication croissante, d'où résultent des spéculations de moins en moins abstraites et de plus en plus difficiles, mais aussi de plus en plus éminentes et complètes, en vertu de leur relation plus intime à l'homme, ou plutôt à l'Humanité, objet final de tout le système théorique. Ce classement tire sa principale valeur philosophique, soit scientifique, soit logique, de l'identité constante et nécessaire qui existe entre tous ces divers modes de comparaison spéculative des phénomènes naturels, et d'où résultent autant de théorèmes encyclopédiques, dont l'explication et l'usage appartiennent à l'ouvrage cité, qui, en outre, sous le rapport actif, y ajoute cette importante relation générale-, que les phénomènes deviennent ainsi de plus en plus modifiables, de façon à offrir un domaine de plus en plu3 vaste à l'intervention humaine. Il suffit ici d'indiquer sommairement l'application de ce grand principe à la détermination rationnelle de la vraie hiérarchie des études fondamentales, directement conçues désormais comme les différents éléments essentiels d'une science unique, celle de l'Humanité.

Cet objet final de toutes nos spéculations réelles exige, évidemment, par sa nature, à la fois scientifique et logique, un double préambule indispensable, relatif,

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'd'une part, à l'homme proprement dit, d'une autre part, au monde extérieur. On ne saurait, en effet, étudier rationnellement les phénomènes, statiques ou dynamiques, de la sociabilité, si d'abord on ne connaît suffisamment l'agent spécial qui les opère, et le milieu général où ils s'accomplissent. De là résulte donc la division nécessaire de la philosophie naturelle, destinée à préparer la philosophie sociale, en deux grandes branches, l'une organique, l'autre inorganique. Quant à la disposition relative de ces deux études également fondamentales, tous les motifs essentiels, soit scientifiques, soit logiques, concourent à prescrire, dans l'éducation individuelle et dans l'évolution collective, de commencer par la seconde, dont les phénomènes, plus simples et plus indépendants, à raison de leur généralité supérieure, comportent seuls d'abord une appréciation vraiment positive, tandis que leurs lois, directement relatives à l'existence universelle, exercent ensuite une influence nécessaire sur l'existence spéciale des corps vivants. L'astronomie constitue nécessairement, à tous égards, l'élément le plus décisif de cette théorie préalable du monde extérieur, soit comme mieux susceptible d'une pleine positivité, soit en tant que caractérisant le milieu général de tous nos phénomènes quelconques, et manifestant, sans aucune autre complication, la simple existence mathématique, c'està-dire géométrique ou mécanique, commune à tous les êtres réels. Mais, même quand on condense le plus possible les vraies conceptions encyclopédiques, on ne saurait réduire la philosophie inorganique à cet élément principal, parce qu'elle resterait alors complètement isolée de la philosophie organique. Leur lien fondamental, scientifique et logique, consiste surtout dans

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la branche la plus complexe de la première, l'étude des phénomènes de composition et de décomposition, les plus éminents de ceux que comporte l'existence universelle, et les plus rapprochés du mode vital proprement dit. C'est ainsi que la philosophie naturelle, envisagée comme le préambule nécessaire de la philosophie sociale, se décomposant d'abord en deux études extrêmes et une étude intermédiaire, comprend successivement ces trois grandes sciences, l'astronomie, la chimie et la biologie, dont la première touche immédiatement à l'origine spontanée du véritable esprit scientifique, et la dernière à sa destination essentielle. Leur essor initial respectif se rapporte, historiquement, à l'antiquité grecque, au moyen âge, et à l'époque moderne.

Une telle appréciation encyclopédique ne remplirait pas encore suffisamment les conditions indispensables de continuité et de spontanéité propres à un tel sujet : d'une part, elle laisse une lacune capitale entre l'astronomie et la chimie, dont la liaison ne saurait être directe ; d'une autre part, elle n'indique pas assez la vraie source de ce système spéculatif, comme un simple prolongement abstrait de la raison commune, dont le point de départ scientifique ne pouvait être directement astronomique. Mais, pour compléter la formule fondamentale, il suffit, en premier lieu, d'y insérer, entre l'astronomie et la chimie, la physique proprement dite, qui n'a pris, en effet, une existence distincte que sous Galilée ; en second lieu, de placer, au début de ce vaste ensemble, la science mathématique, seul berceau nécessaire de la positivité rationnelle, aussi bien pour l'individu que pour l'espèce. Si, par une application plus spéciale de notre principe encyclopédi-

que, on décompose, à son tour, cette science initiale dans ses trois grandes branches, le calcul, la géométrie, et la mécanique, on détermine enfin, avec la dernière précision philosophique, la véritable origine de tout le système scientifique, d'abord issu, en effet, des spéculations purement numériques, qui étant, de toutes, les plus générales, les plus simples, les plus abstraites, et les plus indépendantes, se confondent presque avec l'élan spontané de l'esprit positif chez les plus vulgaires intelligences, comme le confirme encore, sous nos yeux, l'observation journalière de l'essor individuel.

On parvient ainsi graduellement à découvrir l'invariable hiérarchie, à la fois historique et dogmatique, également scientifique et logique, des six sciences fondamentales, la mathématique, l'astronomie, la physique, la chimie, la biologie et la sociologie, dont la première constitue nécessairement le point de départ exclusif et la dernière le seul but essentiel de toute philosophie positive, envisagée désormais comme formant, par sa nature, un système vraiment indivisible, où toute décomposition est radicalement artificielle, sans être d'ailleurs nullement arbitraire, tout s'y rapportant finalement à l'Humanité, unique conception pleinement universelle. L'ensemble de cette formule encyclopédique, exactement conforme aux vraies affinités des études correspondantes, et qui d'ailleurs comprend évidemment tous les éléments de nos spéculations réelles, permet enfin à chaque intelligence de renouveler à son gré l'hïfttoire générale de l'esprit positif, en passant, dune manière presque insensible, des moindres idées mathématiques aux plus hautes pensées sociales. Il est clair, en effet, que cha-

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runc de quatre iciencél intermédiaires se confond, pour ainsi dire, avec la précédente quant à ses plus simples phénomènes, et avec la suivante quant aux plus éminents. Cette parfaite continuité spontanée deviendra surtout irrécusable à tous ceux qui reconnaîtront, dans l'ouvrage ci-dessus indiqué, que le même principe encyclopédique fournit aussi le classement rationnel des diverses parties constituantes de chaque étude fondamentale, en sorte que les degrés dogmatiques et les phases historiques peuvent se rapprocher autant que l'exige la précision des comparaisons ou la facilité des transitions.

Dans l'état présent des intelligences, l'application logique de cette grande formule est encore plus importante que son usage scientifique, la méthode étant, de nos jours, plus essentielle que la doctrine elle-même, et d'ailleurs seule immédiatement susceptible d'une pleine régénération. Sa principale utilité consiste donc aujourd'hui à déterminer rigoureusement la marche invariable de toute éducation vraiment positive, au milieu des préjugés irrationnels et des vicieuses habitudes propres à l'essor préliminaire du système scientifique, ainsi graduellement formé de théories partielles et incohérentes, dont les relations mutuelles devaient jusqu'ici rester inaperçues de leurs fondateurs successifs. Toutes les classes actuelles de savants violent maintenant, avec une égale gravité, quoiqu'à divers titres, cette obligation fondamentale. En se bornant ici à indiquer les deux cas extrêmes, les géomètres, justement fiers d'être placés à la vraie source de la posilivité rationnelle, s'obstinent aveuglément à retenir l'esprit humain dans ce degré purement initial du véritable essOT cpcculatif, ij^ïz jamais coriadacr

unique but nécessaire ; au contraire, les biologistes, préconisant, à bon droit, la dignité supérieure de leur sujet, immédiatement voisin de cette grande destination, persistent à tenir leurs études dans un irrationnel isolement, en s'affranchissant arbitrairement de la difficile préparation qu'exige leur nature. Ces dispositions opposées, mais également empiriques, conduisent trop souvent aujourd'hui, chez les uns, à une vaine déperdition d'efforts intellectuels, désormais consumés, en majeure partie, en recherches de plus en plus puériles ; chez les autres, à une instabilité continue des diverses notions essentielles, faute d'une marche vraiment positive. Sous ce dernier aspect surtout, on doit remarquer, en effet, que les études sociales ne sont pas maintenant les seules restées encore extérieures au système pleinement positif, sous la stérile domination de l'esprit théologico-métaphysique ; au fond, les études biologiques elles-mêmes, surtout dynamiques, quoiqu'elles soient académiquement constituées, n'ont pas non plus atteint jusqu'ici à une vraie positivité, puisque aucune doctrine capitale n'y est aujourd'hui suffisamment ébauchée, en sorte que ïe champ des illusions et des jongleries y demeure encore presque indéfini. Or, la déplorable prolongation d'une telle situation tient essentiellement, en l'un et l'autre cas, à l'insuffisant accomplissement des grandes conditions logiques déterminées par notre loi encyclopédique : car, personne n'y conteste plus, depuis longtemps, La nécessite d'une marche positive ; mais tous en méconnaissent la nature et les obligations, que peut seule caractériser la vraie hiérarchie scientifique f Qu'at~\ tendre, en effet, soit envers les phénomènes sociaux, soit même envers l'étude, plus simple, de la vie indivi-

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duelle, d'une culture qui aborde directement des spéculations aussi complexes, sans s'y être dignement préparée par une saine appréciation des méthodes et des doctrines relatives aux divers phénomènes moins compliqués et plus généraux, de manière à ne pouvoir suffisamment connaître ni la logique inductive, principalement caractérisée, à l'état rudimentaire, par la chimie, la physique, et d'abord l'astronomie, ni même la pure logique déductive, ou Fart élémentaire du raisonnement décisif, que l'initiation mathématique peut seule développer convenablement P

Pour faciliter l'usage habituel de notre formule hiérarchique, il convient beaucoup, quand on n'a pas besoin d'une grande précision encyclopédique, d'y grouper les termes deux à deux, de façon à la réduire à trois couples, l'un initial, mathématico-astronomique, l'autre final, biologico-sociologique, séparés et réunis par le couple intermédiaire, physico-chimique. Cette heureuse condensation résulte d'une irrécusable appréciation, puisqu'il existe, en effet, une plus grande affinité naturelle, soit scientifique, soit logique, entre les deux éléments de chaque couple qu'entre les couples consécutifs eux-mêmes ; comme le confirme souvent la difficulté qu'on éprouve à séparer nettement la mathématique de l'astronomie, et la physique de la chimie, par suite des habitudes vagues qui dominent encore envers toutes les pensées d'ensemble ; la biologie et la sociologie surtout continuent à se confondre presque, chez la plupart des penseurs actuels. Sans aller jamais jusqu'à ces vicieuses confusions, qui altéreraient radicalement les transitions encyclopédiques, il sera fréquemment utile de réduire ainsi la hiérarchie élémentaire des spéculations réelles à trois couples essentiels, dont chacun

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pourra d'ailleurs être brièvement désigné d'après son élément le plus spécial, qu*i est toujours effectivement le plus caractéristique, et le plus propre à définir les grandes phases de l'évolution positive, individuelle ou collective.

Cette sommaire appréciation suffît ici pour indiquer la destination et signaler l'importance d'une telle loi encyclopédique, où réside finalement l'une des deux idées mères dont l'intime combinaison spontanée constitue nécessairement la base systématique de la nouvelle philosophie générale. La terminaison de ce long Discours, où le véritable esprit positif a été caractérisé sous tous les aspects essentiels, se rapproche ainsi de son début, puisque cette théorie de classement doit être envisagée, en dernier lieu, comme naturellement inséparable de la théorie d'évolution exposée d'abord ; en sorte que le discours actuel forme lui-même un véritable ensemble, image fidèle, quoique très contractée, d'un vaste système. Il est aisé de comprendre, en effet, que la considération habituelle d'une telle hiérarchie doit devenir indispensable, soit pour appliquer convenablement notre loi initiale des trois états, soit pour dissiper suffisamment les seules objections sérieuses qu'elle puisse comporter ; car, la fréquente simultanéité historique des trois grandes phases mentales envers des spéculations différentes constituerait, de toute autre manière, une inexplicable anomalie, que résout, au contraire, spontanément, notre loi hiérarchique, aussi relative à la succession qu'à la dépendance des diverses études positives. On conçoit pareillement, en sens inverse, que la règle du classement suppose celle de l'évolution, puisque tous les motifs essentiels de l'ordre ainsi établi résultent, au fond, de l'inégale rapi-

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dite d'un tel développement chez les différentes 6eif*nces fondamentales.

La combinaison rationnelle de ces deux idées mères, en constituant l'unité nécessaire du système scientifique, dont toutes les parties concourent de plus en plus à une même fin, assure aussi, d'une autre part, la juste indépendance des divers éléments principaux, trop souvent altérée encore par de vicieux rapprochements. Dans son essor préliminaire, seul accompli jusqu'ici, l'esprit positif ayant dû ainsi s'étendre graduellement des études inférieures aux études supérieures celles-ci ont été inévitablement exposées à l'oppressive invasion des premières, contre l'ascendant desquelles leur indispensable originalité ne trouvait d'abord de garantie que d'après une prolongation exagérée de la tutelle théologico-métaphysique. Cette déplorable fiuctuation, très sensible encore envers la science des corps vivants, caractérise aujourd'hui ce que contiennent de réel, au fond, les longues controverses, d'ailleurs si vaines à tout autre égard, entre le matérialisme et le spiritualisme, représentant, d'une manière provisoire, sous des formes également vicieuses, les besoins, également graves, quoique malheureusement opposés jusqu'ici, de la réalité et de la dignité de nos spéculations quelconques. Parvenu désormais à sa maturité systématique, l'esprit positif dissipe à la fois ces deux ordres d'aberrations en terminant ces stériles conflits, par la satisfaction simultanée de ces deux conditions vicieusement contraires, comme l'indique aussitôt notre hiérarchie scientifique combinée avec notre loi d'évolution, puisque chaque science ne peut parvenir à une vraie positivité qu'autant que l'originalité de son caractère propre est pleinement Consolidée.

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Une application directe de cette théorie encyclopédique, à la fois scientifique et logique, nous conduit enfin à définir exactement la nature et la destination de l'enseignement spécial auquel ce Traité est consacré. Il résulte, en effet, des explications précédentes, que la principale efficacité, d'abord mentale, puis sociale, que nous devons aujourd'hui chercher dans une sage propagation universelle des études positives, dépend nécessairement d'une stricte observance didactique de la loi hiérarchique. Pour chaque rapide initiation individuelle, comme pour la lente initiation collective, il restera toujours indispensable que l'esprit positif, développant son régime à mesure qu'il agrandit son domaine, s'élève peu à peu de l'état mathématique initial à l'état sociologique final, en parcourant successivement les quatre degrés intermédiaires, astronomique, physique, chimique et biologique. Aucune supériorité personnelle ne peut vraiment dispenser de cette gradation fondamentale, au sujet de laquelle on n'a que trop l'occasion de constater aujourd'hui, chez de hautes intelligences, une irréparable lacune, qui a quelquefois neutralisé d'éminents efforts philosophiques. Une telle marche doit donc devenir encore plus indispensable dans l'éducation universelle, où les spécialités ont peu d'importance, et dont la principale utilité, plus logique que scientifique, exige essentiellement une pleine rationalité, surtout quand il s'agit de constituer enfin le vrai régime mental. Ainsi, cet enseignement populaire doit aujourd'hui se rapporter principalement au couple scientifique initial, jusqu'à ce qu'il se trouve convenablement vulgarisé. C'est là que tous doivent d'abord puiser les vraies notions élémentaires de sa pocitivité générale; en acquérant les

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connaissances qui servent de base à toutes les autres spéculations réelles. Quoique cette stricte obligation conduise nécessairement à placer au début les études purement mathématiques, il faut pourtant considérer qu'il ne s'agit pas encore d'établir une systématisation directe et complète de l'instruction populaire, mais seulement d'imprimer convenablement l'impulsion philosophique qui doit y conduire. Dès lors, on reconnaît aisément qu'un tel mouvement doit surtout dépendre des études astronomiques, qui, par leur nature, offrent nécessairement la pleine manifestation du véritable esprit mathématique, dont elles constituent, au fond, la principale destination. Il y a d'autant moins d'inconvénients actuels à caractériser ainsi le couple initial par la seule astronomie, que les connaissances mathématiques vraiment indispensables à sa judicieuse vulgarisation sont déjà assez répandues ou assez faciles à acquérir pour qu'on puisse aujourd'hui se . borner à les supposer résultées d'une préparation spontanée.

Cette prépondérance nécessaire de la science astronomique dans la première propagation systématique de l'initiation positive est pleinement conforme à l'influence historique d'une telle étude, principal moteur jusqu'ici des grandes révolutions intellectuelles. Le sentiment fondamental de l'invariabilité des lois naturelles devait, en effet, se développer d'abord envers les phénomènes les plus simples et les plus généraux, dont la régularité et la grandeur supérieures nous manifestent le seul ordre réel qui soit complètement indépendant de toute modification humaine. Avant même de comporter encore aucun caractère vraiment scientifique, cette classe de conceptions a surtout déterminé le passage décisif du fétichisme au polythéisme, par-

tout résulté du culte des astres. Sa première ébauche mathématique, dans les écoles de Thaïes et de Pythagore, a constitué ensuite la principale source mentale de la décadence du polythéisme et de l'ascendant du monothéisme. Enfin, l'essor systématique de la positivité moderne, tendant ouvertement à un nouveau régime philosophique, est essentiellement résulté de la grande rénovation astronomique commencée par Copernic, Kepler et Galilée. Il faut donc peu s'étonner que l'universelle initiation positive, sur laquelle doit s'appuyer l'avènement direct de la philosophie définitive, se trouve aussi dépendre d'abord d'une telle étude, d'après la conformité nécessaire de l'éducation individuelle à l'évolution collective. C'est là, sans doute, le dernier office fondamental qui doive lui être propre dans le développement général de la raison humaine, qui, une fois parvenue chez tous à une vraie positivité, devra marcher ensuite sous une nouvelle impulsion philosophique, directement émanée de la science finale, dès lors investie à jamais de sa présidence normale. Telle est l'éminente utilité, non moins sociale que mentale, qu'il s'agit ici de retirer enfin d'une judicieuse exposition populaire du système actuel des saines études astronomiques.

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