‹ Discours dur l'esprit positif, ordre et progrèsChapitre 3 sur 13 · I ! M 4COI · texte numérisé non relu

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pleinement démontrer ainsi combien l'esprit théologique b <lû être longtemps indispensable s la combinaison permanente des idées morales et poli ti* j encore plus spécialement qu'à celle de toutes le.^ aul soit en vertu <le leur complication supérieure, soit parce que les phénomènes correspondants, primitivement trop peu prononcés, ne pouvaient acquérir un développement caractéristique que d'après un essor très prolongé de la civilisation humaine. C'est une étrange inconséquence, à peine excusable par la tendance aveuglément critique de notre temps, que de reconnaître, pour les anciens, l'impossibilité de philosopher sur les simples sujets autrement que suivant le mode théologique, et de méconnaître néanmoins, surtout chez les polythéistes, l'insurmontable nécessité d'un régime analogue envers les spéculations sociales. Mais il faut sentir, en outre, quoique je ne puisse l'établir ici, que cette philosophie initiale n'a pas été moins indispensable à l'essor préliminaire de notre sociabilité qu'à celui de notre intelligence, soit pour constituer primitivement quelques doctrines communes, sans lesquelles le lien social n'aurait pu acquérir ni étendue ni consistance, soit en suscitant spontanément la seule autorité spirituelle qui pût alors surgir.

Quelque sommaires que dussent être ici ces explications générales sur la nature provisoire et la destination préparatoire de la seule philosophie qui convînt réellement à l'enfance de l'Humanité, elles font aisément sentir que ce régime initial diffère trop profondément, à tous égards, de celui que nous allons voir correspondre à la virilité mentale, pour que le passage graduel de l'un à l'autre pût originairement s'opérer,

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soit dans l'individu, soit dans l'espèce, sans l'assistance croissante d'une sorte de philosophie intermédiaire, essentiellement bornée à cet office transitoire. Telle est la participation spéciale de l'état métaphysique proprement dit à l'évolution fondamentale de notre» intelligence, qui, antipathique à tout changement brusque, peut ainsi s'élever presque insensiblement de l'état purement théologique à l'état franchement positif, quoique cette situation équivoque se rapproche, au fond, bien davantage du premier que du dernier. Les spéculations dominantes y ont conservé le même caractère essentiel de tendance habituelle aux connaissances absolues : seulement la solution y a subi une transformation notable, propre à mieux faciliter l'essor des conceptions positives. Comme la théologie, en effet, la métaphysique tente surtout d'expliquer la nature intime des êtres, l'origine et la destination de toutes choses, le mode essentiel de production de tous les phénomènes ; mais au lieu d'y employer les agents surnaturels proprement dits, elle les remplace de plus en plus par ces entités ou abstractions personnifiées, dont l'usage, vraiment caractéristique, a souvent permis de la désigner sous le nom d'ontologie. Il n'est que trop facile aujourd'hui d'observer aisément une telle manière de philosopher, qui, encore prépondérante envers les phénomènes lés plus compliqués, offre journellement, même dans les théories les plus simples et les moins arriérées, tant de traces appréciables de sa longue domination (i).

(1) Presque toutes Jes explications habituelles relatives aux phénomènes sociaux, la plupart de celles qui concernent l'homme intellectuel et moral, une grande partie de nos théories physiologiques ou médicales, et même aussi plusieurs théories chimiques, etc., rappellent encore directement l'étrange manière de

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L'efficacité historique de ces entités résulte din ment de leur caractère équivoque car, en chacun <\<' ces êtres métaphysiques, Inhérent au corj pon

(liinf, sans se confondre avec lui, l'esprit peut, •< fOlonté, selon qu'il esl pins près de l'étal théologique ou de l'état positif, voir ou une véritable émanation de la puissance surnaturelle, ou une simple dénomination abstraite du phénomène considéré. Ce n'est plus alors la pure imagination qui domine, et ce n'est pas encore la véritable observation ; mais le raisonnement y acquiert beaucoup d'extension, et se prépare confusément à l'exercice vraiment scientifique. On doit, d'ailleurs, remarquer que sa part spéculative s'y trouve d'abord très exagérée, par suite de cette tendance opiniâtre à argumenter au lieu d'observer, qui, en tous genres, caractérise habituellement l'esprit métaphysique, même chez ses plus éminents organes. Un ordre de conceptions aussi flexible, qui ne comporte aucunement la consistance si longtemps propre au système théologique, doit d'ailleurs parvenir, bien plus rapidement, à l'unité correspondante, par la subordination graduelle des diverses entités particulières à une seule entité générale, la Nature, destinée à déterminer le faible équivalent métaphysique de la vague liaison universelle résultée du monothéisme.

Pour mieux comprendre, surtout de nos jours, l'efficacité historique d'un tel appareil philosophique, il importe de reconnaître que, par sa nature, il n'est spontanément susceptible que d'une simple activité critique ou dissolvante, même mentale, et à plus forte

philosopher si plaisamment caractérisée par Molière, sans aucune grave exagération, à l'occasion, par exemple, de la vertu dormitive de l'opium, conformément à l'ébranlement décisif que Descartes venait de faire subir à tout le régime des entités.

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raison sociale, sans pouvoir jamais rien organiser qui lui soit propre. Radicalement inconséquent, cet esprit équivoque conserve tous les principes fondamentaux du système théologique, mais en leur ôtant de plus en plus cette vigueur et cette fixité indispensables à leur autorité effective ; et c'est dans une semblable altération que consiste, en effet, à tous égards, sa principale utilité passagère, quand le régime antique, longtemps progressif pour l'ensemble de l'évolution humaine, se trouve inévitablement parvenu à ce degré de prolongation abusive où il tend à perpétuer indéfiniment l'état d'enfance qu'il avait d'abord si heureusement dirigé. La métaphysique n'est donc réellement, au fond, qu'une sorte de théologie graduellement énervée par des simplifications dissolvantes, qui lui ôtent spontanément le pouvoir direct d'empêcher l'essor spécial des conceptions positives, tout en lui conservant néanmoins l'aptitude provisoire à entretenir un certain exercice indispensable de l'esprit de généralisation, jusqu'à ce qu'il puisse enfin recevoir une meilleure alimentation. D'après son caractère contradictoire, le régime métaphysique ou ontologique est toujours placé dans cette inévitable alternative de tendre à une vaine restauration de l'état théologique pour satisfaire aux conditions d'ordre, ou de pousser à une situation purement négative afin d'échapper à l'empire oppressif de la théologie. Cette oscillation nécessaire, qui maintenant ne s'observe plus qu'envers les plus difficiles théories, a pareillement existé jadis à l'égard même des plus simples, tant qu'a duré leur âge métaphysique, en vertu de l'impuissance organique toujours propre à une telle manière de philosopher. Si la raison publique ne l'avait dès longtemps écartée

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pour certaines Dotions fondamentales, on ne doit p.'i* craindre d'assurer que les douter insensée qu'elle suscita, il y a vingt, siècles, sur l'existence des corps extérieurs subsisteraient encore essentiellement, cm elle ne

les a certainement jamais dissipés par aucune argumentation décisive. On peut done finalement envisager l'état métaphysique comme une sorte de maladie chronique naturellement inhérente a notre évolution mentale, individuelle ou collective, entre l'enfance et la virilité.

Les spéculations historiques ne remontant presque jamais, chez les modernes, au delà des temps polythéiques, l'esprit métaphysique doit y sembler à peu près aussi ancien que l'esprit théologique lui-même, puisqu'il a nécessairement présidé, quoique d'une manière implicite, à la transformation primitive du fétichisme en polythéisme, afin de suppléer déjà à l'activité purement surnaturelle qui, ainsi directement retirée à chaque corps particulier, y devait spontanément laisser quelque entité correspondante. Toutefois, comme cette première révolution théologique n'a pu alors donner lieu à aucune vraie discussion, l'intervention continue de l'esprit ontologique n'a commencé à devenir pleinement caractéristique que dans la révolution suivante, pour la réduction du polythéisme en monothéisme, dont il a dû être l'organe naturel. Son influence croissante devait d'abord paraître organique, tant qu'il restait subordonné à l'impulsion théologique : mais sa nature essentiellement dissolvante a dû ensuite se manifester de plus en plus, quand il a tenté graduellement de pousser la simplification de la théologie au delà même du monothéisme vulgaire, qui constituait, de toute nécessité, l'extrême phase vrai-

ment possible de la philosophie initiale. C'est ainsi que, pendant les cinq derniers siècles, l'esprit métaphysique a secondé négativement l'essor fondamental de notre civilisation moderne, en décomposant peu à peu le système théologique, devenu finalement rétrograde, depuis que l'efficacité sociale du régime monothéique se trouvait essentiellement épuisée, à la fin du moyen âge. Malheureusement, après avoir accompli, en chaque genre, cet office indispensable mais passager, l'action trop prolongée des conceptions ontologiques a dû toujours tendre à empêcher aussi toute autre organisation réelle du système spéculatif ; en sorte que le plus dangereux obstacle à l'installation finale d'une vraie philosophie résulte, en effet, aujourd'hui de ce même esprit qui souvent s'attribue encore le privilège presque exclusif des méditations philosophiques.

Cette longue succession de préambules nécessaires conduit enfin notre intelligence, graduellement émancipée, à son état définitif de positivité rationnelle, qui doit ici être caractérisé d'une manière plus spéciale que les deux états préliminaires. De tels exercices préparatoires ayant spontanément constaté l'inanité radicale des explications vagues et arbitraires propres à la philosophie initiale, soit théologique, soit métaphysique, l'esprit humain renonce désormais aux recherches absolues qui ne convenaient qu'à son enfance, et circonscrit ses efforts dans le domaine, dès lors rapidement progressif, de la véritable observation, seule base possible des connaissances vraiment accessibles, sagement adaptées à des besoins réels. La logique spéculative avait jusqu'alors consisté à raisonner, d'une

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manière plus ou moins subtile, d'apri princl

confus, qui, ne comportant ËUcttllé preuve liiffiiante,

suscitaient toujours des débats sans Issue. J\ll<- fécondait désormais, comme règle fondanirnlalc, que toute proposition qui n'est pas Stfictetnenl réductible à la

simple énonciatiôn d'un fait, ou particulier ou gêné rai, ne peut offrir aucun sens réel et Intelligible. Les

principes qu'elle emploie ne sont plus eux-nn ni« s que de véritables fr-îis, seulement plus généraux et plus abstraits que ceux dont ils doivent former le lien. Quel que soit d'ailleurs le mode, rationnel ou expérimental, de procéder à leur découverte, c'est toujours de leur conformité, directe ou indirecte, avec les phénomèi n'observés que résulte exclusivement leur efficacité scientifique. La pure imagination perd alors irrévocablement son antique suprématie mentale, et se subordonne nécessairement à l'observation, de manière a constituer un état logique pleinement normal, sans cesser néanmoins d'exercer, dans les spéculations positives, un office aussi capital qu'inépuisable, pour créer ou perfectionner les moyens de liaison, soit définitive, soit provisoire. En un mot, la révolution fondamentale qui caractérise la virilité de notre intelligence consiste essentiellement à substituer partout, à l'inaccessible détermination des causes proprement dites, la simple recherche des lois, c'est-à-dire des relations constantes qui existent entre les phénomènes observés. Qu'il s'agisse des moindres ou des plus sublimes effets, de choc et de pesanteur comme de pensée et de moralité, nous n'y pouvons vraiment connaître que les diverses liaisons mutuelles propres à leur accomplissement, sans jamais pénétrer le mystère de leur production.

Non seulement nos reeherches positives doivent essentiellement se réduire, en tous genres, à l'appréciation systématique de ce qui est, en renonçant à en découvrir la première origine et la destination finale ; mais il importe, en outre, de sentir que cette étude des phénomènes, au lieu de pouvoir devenir aucunement absolue, doit toujours rester relative à notre organisation et à notre situation. En reconnaissant, sous ce double aspect, l'imperfection nécessaire de nos divers moyens spéculatifs, on voit que, loin de pouvoir étudier complètement aucune existence effective, nous ne saurions garantir nullement la possibilité de constater ainsi, même très superficiellement, toutes les existences réelles, dont la majeure partie peut-être doit nous échapper totalement. Si la perte d'un sens important suffît pour nous cacher radicalement un ordre entier de phénomènes naturels, il y a tout lieu de penser, réciproquement, que l'acquisition d'un sens nouveau nous dévoilerait une classe de faits dont nous n'avons maintenant aucune idée, à moins de croire que la diversité des sens, si différente entre les principaux types d'animalité, se trouve poussée, dans notre organisme, au plus haut degré que puisse exiger l'exploration totale du monde extérieur, supposition évidemment gratuite, et presque ridicule. Aucune science ne peut mieux manifester que l'astronomie cette nature nécessairement relative de toutes nos connaissances réelles, puisque, l'investigation des phénomènes ne pouvant s'y opérer que par un seul sens, il est très facile d'y apprécier les conséquences spéculatives de sa suppression ou de sa simple altération. Il ne saurait exister aucune astronomie chez une espèce aveugle, quelque intelligente qu'on la supposât, ni envers des astres

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obscur», (|ni son! peui être le* plui nombreux, ni même si seulement l'atmosphère & traven laquelle

nous observons les corps ci reetail toujoun

partout nébuleuse. Tout le coins de ce 'Irait/' nous offrira <!<' fréquentes occasion^ d'apprécier spontané

ment, de la manière la moins équivoque, cette intime dépendance où l'ensemble de nos conditions propi tant intérieures qu'extérieures, retient inévitablement

chacune de nos études positives.

Pour caractériser suffisamment cette nature nécessairement relative de toutes nos connaissances réelles, il importe de sentir, en outre, du point de vue le plus philosophique, que, si nos conceptions quelconque doivent être considérées elles-mêmes comme autant de phénomènes humains, de tels phénomènes ne sont pas simplement individuels, mais aussi et surtout sociaux, puisqu'ils résultent, en effet, d'une évolution collectiw et continue, dont tous les éléments et toutes les phases sont essentiellement connexes. Si donc, sous le premier aspect, on reconnaît que nos spéculations doivent toujours dépendre des diverses conditions essentielles de notre existence individuelle, il faut également admettre, sous le second, qu'elles ne sont pas moins subordonnées à l'ensemble de la progression sociale. de manière à ne pouvoir jamais comporter cette fixité absolue que les métaphysiciens ont supposée. Or, la loi générale du mouvement fondamental de l'Humanité consiste, à cet égard, en ce que nos théories tendent de plus en plus à représenter exactement les sujets extérieurs de nos constantes investigations, sans que néanmoins la vraie constitution de chacun d'eux puisse, en aucun cas, être pleinement appréciée, la perfection scientifique devant se borner à approcher de

cette limite idéale autant que l'exigent nos divers besoins réels. Ce second genre de dépendance, propre aux spéculations positives, se manifeste aussi clairement que le premier dans le cours entier des études astronomiques, en considérant, par exemple, la suite des notions de plus en plus satisfaisantes, obtenues depuis l'origine de la géométrie céleste, sur la figure de la Terre, sur la forme des orbites planétaires, etc. Ainsi, quoique, d'une part, les doctrines scientifiques soient nécessairement d'une nature assez mobile pour devoir écarter toute prétention à l'absolu, leurs variations graduelles ne présentent, d'une autre part, aucun caractère arbitraire qui puisse motiver un scepticisme encore plus dangereux ; chaque changement successif conserve d'ailleurs spontanément aux théories correspondantes, une aptitude indéfinie à représenter les phénomènes qui leur ont servi de base, du moins tant qu'on n'y doit pas dépasser le degré primitif de précision effective.

Depuis que la subordination constante de l'imagination à l'observation a été unanimement reconnue comme la première condition fondamentale de toute saine spéculation scientifique, une vicieuse interprétation a souvent conduit à abuser beaucoup de ce grand principe logique pour faire dégénérer la science réelle en une sorte de stérile accumulation de faits incohérents, qui ne pourraient offrir d'autre mérite essentiel que celui de l'exactitude partielle. Il importe donc de bien sentir que le véritable esprit positif n'est pas moins éloigné, au fond, de l'empirisme que du mysticisme ; c'est entre ces deux aberrations, également funestes, qu'il doit toujours cheminer : le besoin d'une telle réserve continue, aussi difficile qu'importante, suffirait

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d'ailleurs pouf vérifier, conformément h nos explications Initiales, combien la vraie j ïé doil être mûrement préparée, de manière à ne pouvoir nulle ment convenir à l'état naissanl de l'Humanité. Ces!

dans les lois des phénomènes que consi-i" réellemi li science, à laquelle les faits proprement dits, quelque exacts et nombreux qu'ils puissent être, ne fournissent jamais que d'indispensables matériaux. Or, eu

considérant la destination constante de ces lois, on peut dire, sans aucune exagération, que la véritable science, bien loin d'être formée de simples observations, tend toujours à dispenser, autant que possible, de l'exploration directe, en y substituant cette prévision rationnelle, qui constitue, à tous égards, le principal caractère de l'esprit positif, comme l'ensemble des études astronomiques nous le fera clairement sentir. Une telle prévision, suite nécessaire des relations constantes découvertes entre les phénomènes, ne permettra jamais de confondre la science réelle avec cette vaine érudition qui accumule machinalement des faits sans aspirer à les déduire les uns des autres. Ce grand attribut de toutes nos saines spéculations n'importe pas moins à leur utilité effective qu'à leur propre dignité ; car, l'exploration directe des phénomènes accomplis ne pourrait suffire à nous permettre d'en modifier l'accomplissement, si elle ne nous conduisait pas à le prévoir convenablement. Ainsi, le véritable esprit positif consiste surtout à voir pour prévoir, à étudier ce qui est afin d'en conclure ce qui sera, d'après le dogme général de l'invariabilité des lois naturelles (i).

(1) Sur cette appréciation générale de l'esprit et de la marche propres à la méthode positive, on peut étudier, avec beaucoup de

Ce principe fondamental de toute la philosophie positive, sans être encore, à beaucoup près, suffisamment étendu à l'ensemble des phénomènes, commence heureusement, depuis trois siècles, à devenir tellement familier, que, par suite des habitudes absolues antérieurement enracinées, on a presque toujours méconnu jusqu'ici sa véritable source, en s'efforçant, d'après une vaine et confuse argumentation métaphysique, de représenter comme une sorte de notion innée, ou du moins primitive, ce qui n'a pu certainement résulter que d'une lente induction graduelle, à la fois collective et individuelle. Non seulement aucun motif rationnel, indépendant de toute exploration extérieure, ne nous indique d'abord l'invariabilité des relations physiques ; mais il est incontestable, au contraire, que l'esprit humain éprouve, pendant sa longue enfance, un très vif penchant à la méconnaître, là même où une observation impartiale la lui xnanifesterait déjà, s'il n'était pas alors entraîné par sa tendance nécessaire à rapporter tous les événements quelconques, et surtout les plus importants, à des volontés arbitraires. Dans chaque ordre de phénomènes, il en existe, sans doute, quelques-uns assez simples et assez familiers pour que leur obervation spontanée ait toujour suggéré le sentiment confus et incohérent d'une d'une certaine régularité secondaire ; en sorte que le

fruit, le précieux ouvrage intitulé : A System o/ logic, ratiocinative and inductive, récemment publié à Londres (chez John Parker, West Strand, 1843), par mon éminent ami, M. John Stuart Mill, ainsi pleinement associé désormais à la fondation directe de la nouvelle philosophie. Les sept derniers chapitres du tome premier contiennent une admirable exposition dogmatique, aussi profonde que lumineuse, de la logique inductive, qui ne pourra jamais, j'ose l'assurer, être mieux conçue ni mieux caractérisée en restant au point de vue où l'auteur s'est placé.

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point <!< vue purement théologique n'a jamais pu être rigoureusement universel. Mais cette conviction pai

lielle el précaire se borne longtemps aux phénomène lea moins nombreux et les plus subalternes! qu'elle n(peut même nullement préserver alors dei fréquent perturbations attribuées à l'intervention prépond tante des agents surnaturels. Le principe de ['invariabilité des lois naturelles ne commence réellement à acquérir quelque consistance philosophique que lorsque les premiers travaux vraiment scientifiques ont pu enmanifester l'exactitude essentielle envers un ordre en tier de grands phénomènes ; ce qui ne pouvait suffisarn ment résulter que de la fondation de l'astronomie mathématique pendant les derniers siècles du polythéisme. D'après cette introduction systématique, ce dogme fondamental a tendu, sans doute, à s'étendre, par analogie, à des phénomènes plus compliqués, avant même que leurs lois propres pussent être aucunement connues. Mais, outre sa stérilité effective, cette vague anticipation logique avait alors trop peu d'énergie pour résister convenablement à l'active suprématie mentale que conservaient encore les illusions théologico-métaphysiques. Une première ébauche spéciale de l'établissement des lois naturelles envers chaque ordre principal de phénomènes a été ensuite indispensable pour procurer à une telle notion cette force inébranlable qu'elle commence à présenter dans les sciences les plus avancées. Cette conviction ne saurait même devenir assez ferme, tant qu'une semblable élaboration n'a pas été vraiment étendue à toutes les spéculations fondamentales, l'incertitude laissée par les plus compliquées devant alors affecter plus ou moins chacune des autres. On ne peut méconnaître

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cette ténébreuse réaction, même aujourd'hui, où, par suite de l'ignorance encore habituelle envers les lois sociologiques, le principe de l'invariabilité des relations physiques reste quelquefois sujet à de graves altérations, jusque dans les études purement mathématiques, où nous voyons, par exemple, préconiser journellement un prétendu calcul des chances, qui suppose implicitement l'absence de toute loi réelle à l'égard de certains événements, surtout quand l'homme y intervient. Mais lorsque cette universelle extension est enfin suffisamment ébauchée, condition maintenant remplie chez les esprits les plus avancés, ce grand principe philosophique acquiert aussitôt une plénitude décisive, quoique les lois effectives de la plupart des cas particuliers doivent rester longtemps ignorées ; parce qu'une irrésistible analogie applique alors d'avance à tous les phénomènes de chaque ordre ce qui n'a été constaté que pour quelques-uns d'entre eux, pourvu qu'ils aient une importance convenable.

Après avoir considéré l'esprit positif relativement aux objets extérieurs de nos spéculations, il faut achever de le caractériser en appréciant aussi sa destination intérieure, pour la satisfaction continue de nos propres besoins, soit qu'ils concernent la vie contemplative, ou la vie active.

Quoique les nécessités purement mentales soient, sans doute, les moins énergiques de toutes celles inhérentes à notre nature, leur existence directe et permanente est néanmoins incontestable chez toutes les intelligences : elles y constituent la première stimulation

indispensable à nos divers elïoil> philosophiques, hop souvent attribués surtout aux impulsions pratiques, qui les développent beaucoup, il est vr;ii, mail 06 pourraient les faire naître. Os c\i intellectuelles, relatives, comme toutes les auln ■>, à l'exerci» <diei des fonctions correspondante, lérlament toujours une heureuse combinaison de stabilité et d'activité, d'où résultent les besoins simultanés d'ordre et de jiroijris, ou de liaison et d'extension. Pendant la longue enfance de l'Humanité, les conceptions théologico-métaphysiques pouvaient seules, suivant nos explications antérieures, satisfaire provisoirement à cette double condition fondamentale, quoique d'une manière extrêmement imparfaite. Mais quand la raison humaine est enfin assez mûrie pour renoncer franchement aux recherches inaccessibles et circonscrire sagement son activité dans le domaine vraiment appréciable à nos facultés, la philosophie positive lui procure certainement une satisfaction beaucoup plus complète, à tous égards, aussi bien que plus réelle, de ces deux besoins élémentaires. Telle est, évidemment, en effet, sous ce nouvel aspect, la destination directe des lois qu'elle découvre sur les divers phénomènes, et de la prévision rationnelle qui en est inséparable. Envers chaque ordre d'événements, ces lois doivent, à cet égard, être distinguées en deux sortes, selon qu'elles lient par similitude ceux qui coexistent ou — par filiation — ceux qui se succèdent. Cette indispensable distinction correspond essentiellement, pour le monde extérieur, à celle qu'il nous offre toujours spontanément entre les deux états corrélatifs d'existence et de mouvement ; d'où résulte, dans toute science réelle, une différence fondamentale entre l'appréciation statique et l'appré-

dation dynamique d'un sujet quelconque. Les deux genres de relations contribuent également à expliquer les phénomènes, et conduisent pareillement à les prévoir, quoique les lois d'harmonie semblent d'abord destinées surtout à l'explication et les lois de succession à la prévision. Soit qu'il s'agisse, en effet, d'expliquer ou de prévoir, tout se réduit toujours à lier : toute liaison réelle, d'ailleurs statique ou dynamique, découverte entre deux phénomènes quelconques, permet à la fois de les expliquer et de les prévoir l'un après l'autre ; car la prévision scientifique convient évidemment au présent, et même au passé, aussi bien qu'à l'avenir, consistant sans cesse à connaître un fait indépendamment de son exploration directe, en vertu de ses relations avec d'autres déjà donnés. Ainsi, par exemple, l'assimilation démontrée entre la gravitation céleste et la pesanteur terrestre a conduit, d'après les variations prononcées de la première, à prévoir les faibles variations de la seconde, que l'observation immédiate ne pouvait suffisamment dévoiler, quoiqu'elle les ait ensuite confirmées ; de même, en sens inverse, la correspondance, anciennement observée, entre la période élémentaire des marées et le jour lunaire, s'est trouvée expliquée aussitôt qu'on a reconnu l'élévation des eaux en chaque point comme résultant du passage de la lune au méridien local. Tous nos vrais besoins logiques convergent donc essentiellement vers cette commune destination : consolider, autant que possible, par nos spéculations systématiques, l'unité spontanée de notre entendement, en constituant la continuité et l'homogénéité de nos diverses conceptions, de manière à satisfaire également aux exigences simultanées de l'ordre et du progrès, en nous faisant retrouver ia cons-

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