Lord Stanley de Preston, Gouverneur Général du Canada
Cette mort inattendue était un coup de foudre. En enlevant tout à coup à l'estime de ses confrères, et à la tendre affection de ses amis, l'un des plus dévoués et des plus populaires professeurs de cette maison, elle creusait dans nos rangs un vide difficile à combler.
Rien, certes, n'a été plus propre à nous faire mesurer toute l'étendue de cette perte que le deuil visible et profond où ce lugubre événement a plongé non seulement les élèves du Petit et du Grand Séminaire, mais encore la jeunesse instruite et le public de cette ville. En effet l'abbé Olivier, par le charme de son esprit et l'aménité de son caractère, s'était créé un très grand nombre d'amis ; et son nom et sa personne, déjà bien connus et favorablement appréciés, commençaient d'exercer ce prestige salutaire qui s'attache naturellement au talent que le travail honore et au mérite que la religion consacre.
Qu'il nous soit permis ce soir de payer publiquement, de la part du Séminaire et de l'Université, un faible tribut d'éloges à la pure et touchante mémoire de celui qui fut pour nous, dans la plus juste acception des termes, un confrère, un collègue et un ami.
L'abbé Louis-Amateur Olivier naquit à Saint- Nicolas, dans le comté de Lévis, le 29 mars 1859.
Ses parents1, ayant remarqué avec quelle ardeur précoce le jeune Louis s'adonnait à l'étude, et quel penchant secret semblait incliner son cœur vers la vie du sanctuaire, l'envoyèrent à Lotbinière apprendre les rudiments du latin, sous la direction du notaire Bédard. Ce premier stage fini, notre étudiant entra au Petit Séminaire de Québec, où, après de nombreux succès remportés au cours de ses classes, il termina ses études classiques en 1882, avec le titre de bachelier es arts. L'automne de la même année, le Grand Séminaire lui ouvrait ses portes.
Quatre ans passés dans le silence de la retraite, et dans les travaux combinés de l'étude et de l'enseignement, préparèrent saintement son âme aux religieuses fonctions du sacerdoce qu'il eut le bonheur de recevoir, le 13 juin 1886, des mains de son Eminence le cardinal Taschereau.
Nommé vers le même temps professeur de Seconde, après avoir rempli la charge initiatrice d'assistant-professeur en cette classe et en Rhé-
1. L'abbé Olivier appartenait à une excellente famille de cultivateurs, très zélée pour l'éducation de ses membres, et qui a donné à la société des hommes marquants, tels que le Dr L. Olivier, ancien zouave pontifical et ancien député de Mégantic au Parlement fédéral, et Nazaire Olivier, avocat, ancien député de Lévis à la Législature provinciale, et ancien professeur à la Faculté de Droit de l'Université Laval.
thorique, le jeune abbé ne tarda pas à faire paraître les réelles et remarquables aptitudes dont la nature l'avait doté pour l'enseignement littéraire. Aussi l'Université, désireuse de s'assurer le concours de son zèle et d'ouvrir à ses talents une sphère plus haute et plus large, s'empressa-telle de lui conférer le titre de professeur de littérature française.
C'est au début de cette carrière, si pleine de promesses, qu'une soudaine et impitoyable maladie est venue le ravir aux succès marqués du présent et aux espérances grandissantes de l'avenir.
Encore tout émus de ce coup tragique, et sans chercher à pénétrer l'adorable volonté divine, nous devons, l'âme résignée, nous courber sous les desseins du ciel, et répéter avec confiance ce que disent nos Saints Livres de l'homme juste, frappé et enlevé à la fleur de l'âge : " Consummatus in brevi, explevit tempora multa ; quoiqu'il ait peu vécu, il a cependant fourni une carrière bien remplie1. " Tel a été, en effet, l'abbé Louis Olivier.
Pour juger, comme il convient, cette belle et trop courte existence, il ne suffit pas de porter les yeux sur les œuvres que notre confrère a lui-même produites, ou auxquelles il a pris part ;