‹ Discours et allocutionsChapitre 12 sur 71 · Sap., iv · texte numérisé non relu

Sap., iv

il faut encore, et avant tout, recueillir les fortes leçons qui se dégagent de sa vie, considérer les exemples de foi profonde et de vertu laborieuse, inséparables de sa mémoire, et qui la rendent si particulièrement chère à tous les vrais amis de l'instruction et de la jeunesse.

Le collègue que nous pleurons personnifie, à nos yeux, le travail ardent, réfléchi, persévérant, mis au service de la plus noble des causes, la cause de l'éducation.

Ecolier, on ne le vit jamais perdre en lectures frivoles, en passe-temps qui déroutent ou anémient la pensée, ces heures précieuses que le jeune homme doit employer à sa formation intellectuelle. Docile aux enseignements et aux conseils de ses maîtres, il suivait sans dévier le sentier qu'on lui traçait ; et ce sentier parfois ardu, où s'exerçait son courage, devenait chaque année pour lui le chemin de la victoire. Il aimait ses classes et ses livres, et il s'y attachait de plus en plus, par plaisir et par devoir : par plaisir, sans doute, puisque l'âme altérée et curieuse y étanche cette soif insatiable de connaître qui est l'un de ses besoins les plus pressants ; par devoir, surtout, car c'est l'étude qui façonne les esprits solides, et qui les dispose à servir dignement les plus hauts intérêts de la société et de l'Eglise.

Ce qu'il était écolier, l'abbé Olivier le fut davantage encore, devenu séminariste.

Pénétré de l'esprit de son nouvel état, il savait allier aux plus sévères pratiques de la piété cléricale les travaux de l'enseignement et l'amour de la science sacrée. Combien il eût désiré concentrer toutes ses études sur cette science de Dieu et des âmes, et que de fois ne nous a-t-il pas exprimé son regret de ne pouvoir, à l'exemple de tant de confrères, tremper ses lèvres à la coupe fortifiante des doctrines de saint Thomas ! Mais la voix de l'autorité l'avait appelé ailleurs ; et ce n'est pas, avouons-le, sans un sentiment de vive satisfaction qu'il vit s'ouvrir devant lui le champ si vaste, si riche et si séduisant des études littéraires.

L'enseignement, Messieurs, est un apostolat.

Or, Dieu qui voulait, pour quelques années du moins, confier à notre ami les fonctions aussi délicates qu'importantes de ce ministère, l'avait fait apôtre, j'entends, l'avait doué des qualités maîtresses et des facultés communicatives qui subjuguent l'esprit et le cœur des élèves. L'abbé Olivier sut bientôt conquérir une place distinguée au rang des professeurs.

Sans être une de ces intelligences de haut vol qui planent sur les sommets, il possédait un goût sûr, un jugement droit ; et ce qui lui manquait peut-être de facilité et de pénétration naturelle était, chez lui, amplement compensé par la passion du savoir et par l'opiniâtreté du travail.

Chaque année voyait s'accroître le trésor de ses connaissances. En présence des beautés sereines et des horizons de lumière que lui révélait le culte des lettres, il s'éprenait d'une admiration qui allait jusqu'à l'enthousiasme. Il savourait lui-même avec une délectation extrême ces plaisirs élevés ; et, en classe, par sa parole chaude et persuasive, il les faisait passer dans l'âme enchantée de ses élèves.

Quelques écrits sortis de sa plume, montrent suffisamment ce qu'on pouvait attendre d'elle. Pensées nobles et choisies, critique experte et judicieuse, style correct, châtié, élégant, tout déjà faisait présager pour l'abbé Olivier un avenir brillant et fécond. Il était entré dans le groupe des collaborateurs de notre grande revue, le Canada-Français. Une conférence fort réussie sur le marivaudage lui avait valu les suffrages d'un bon nombre de lettrés ! Ses sermons, quoique rares, étaient goûtés des fidèles.

Mais c'est surtout en classe, dans sa chère classe de Seconde, que le mérite et le talent de notre jeune ami apparaissaient tout entiers.

Il y a dans le cœur humain, et dans l'affection franche et ouverte par laquelle il se livre, une force de persuasion que n'ont pas les seules connaissances de l'esprit. Pour se frayer le chemin des âmes, surtout si ces âmes sont neuves, inconstantes, sensibles aux moindres atteintes de

l'ennui et de la lassitude, la science du professeur doit se doubler de bonté. Or, j'en prends à témoin tous ses anciens élèves et tous ceux qui l'ont approché et connu, l'abbé Olivier était bon ; je dirai mieux, il avait reçu du ciel un fonds d'inépuisable bienveillance. Doux et ferme à la fois, indulgent sans faiblesse, patient, dévoué, il mettait dans ses procédés un tact et une sympathie qui lui conciliaient tous les cœurs. Régent exemplaire, il savait par un bon mot, par un éloge mérité, stimuler et récompenser le travail, comme il savait aussi, par cet accent de douceur dont il ne se départait jamais, faire accepter et faire fructifier un reproche. Les jeunes gens allaient à lui non seulement comme à un maître renseigné, mais comme à un guide sûr et affable, et comme à un conseiller digne de toute confiance. Il est disparu, ce guide ; il est mort, cet homme de conseil. Mais les nombreux élèves qui, en suivant ses leçons, y ont puisé le goût du beau et l'amour des lettres, mais les membres de la société littéraire des externes qu'il dirigea trois ans avec un si grand zèle, tous ceux enfin qui, par leur situation, ont pu jouir de son commerce et bénéficier de son influence, n'oublieront pas de sitôt cet esprit clair, cette âme bienveillante, ce cœur franc et loyal, cet éducateur aimant, sympathique et généreux. Son souvenir parlera, comme il parlait lui-même, avec l'autorité que

donne l'intelligence jointe au dévouement, au désintéressement et à la vertu.

J'ai nommé la vertu. L'abbé Olivier, Messieurs, la cultivait depuis son enfance. Il avait compris que, sans elle, sans cette force intérieure qui élève la pensée, redresse le sens de l'âme, et oriente toute l'activité humaine, le travail est un servage, la gloire une vanité et une dangereuse chimère.

Habitué de bonne heure à ne rien négliger de ce que la religion demande, il mit à accomplir tous ses devoirs de prêtre, cette ardeur et ce courage qui ne le quittaient jamais. Pieux, charitable, plein de condescendance, modeste dans le succès, régulier dans ses actions, il offrait à ses confrères l'exemple de toutes les vertus. Il accomplissait saintement les actes les plus ordinaires ; et c'est en cela même qu'ont brillé de tout leur éclat l'énergie soutenue de sa volonté et le mérite singulier de sa foi.

Aussi, quand sonna l'heure des suprêmes adieux, quand il fallut s'arracher à une famille en pleurs, à des frères tendrement aimés, reconcer aux jouissances de l'étude, et aux mille projets d'avenir que caresse instinctivement tout esprit jeune, vigoureux et conscient de ses dons innés et de sa naissante valeur, son âme se trouva prête. Un acte d'espérance, un élan d'amour divin, une pensée et un regard tournés vers le ciel suffirent pour consommer le sacrifice.

L'abbé Olivier s'est endormi du sommeil des justes avec cette sérénité douce, cette soumission entière et confiante aux ordres de la Providence, qui avaient été la marque spéciale et la loi essentielle de sa vie.

Nous savons que peu de temps avant de tomber malade, il avait conçu l'idée de traverser bientôt l'océan pour aller à Paris, foyer des lettres françaises, compléter ses études littéraires et mettre la dernière main à l'édifice de ses connaissances. Dieu ne lui a pas permis de réaliser ce rêve. Mais en revanche, et au lieu des parcelles de vérité que l'homme recueille ici-bas avec tant de labeur, il lui a livré la vérité tout entière ; il l'a appelé, nous en avons la ferme confiance, à jouir parmi les élus de l'éternelle vision d'une Beauté qui ne connaît ni ombre ni déclin.

L'Université Laval, Messieurs, a perdu en sa personne un professeur dévoué, la jeunesse pleure un ami, l'Eglise un jeune prêtre studieux et vertueux.

C'est une fleur fraîchement éclose, moissonnée dans son printemps ; mais du moins, pour nous consoler, il nous en reste l'image, et nos cœurs en garderont l'inoubliable parfum !

ELOGE

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