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Tous les archevêques et évêques de la Province de Québec

toutes choses sait marquer son action par des règles d'une admirable sagesse.

C'est une loi de la Providence qu'aux origines des grandes institutions sociales préside un de ces génies dont la puissance pénètre l'avenir, et l'une de ces personnalités dont l'influence domine toute la série des âges. Adam, chef et principe des générations humaines, réunissait en son être les dons les plus merveilleux d'intelligence et de force. Jésus-Christ, fondateur adorable de l'Eglise, s'est montré le type achevé de toute perfection. Chaque société nouvelle, chaque Ordre religieux, chaque Eglise particulière quelque peu importante, s'honore d'avoir pris naissance par les soins et sous la conduite d'un héros ou d'un saint.

Dieu merci, l'humble Eglise, fondée en cette ville même il y a plus de deux siècles, et à laquelle nous sommes heureux d'appartenir, n'a pas été privée de ce bienfait ni de cette gloire. Elle aussi, elle peut se flatter d'avoir vu rayonner sur son berceau la figure d'un homme éminent, d'un prélat illustre par le nom et par la noblesse | du sang, plus illustre et plus remarquable par le mérite des œuvres et par la sainteté de la vie1.

Est-il besoin de le nommer, ce pionnier auguste

1. En parlant dans ce discours de la sainteté et des vertus de Mgr de Laval, nous déclarons (conformément aux règles établies par le Saint-Siège) ne vouloir en aucune façon prévenir le jugement de notre mère la sainte Eglise.

de la foi ? Sa mémoire, toujours chère au peuple canadien-français, toujours bénie, toujours vénérée, a survécu au naufrage des siècles. Et c'est pour honorer cet ancêtre glorieux qu'aujourd'hui, dans ce lieu historique, premier témoin de son zèle et dernier théâtre de sa piété, s'est réunie l'élite d'une nation qui fut pendant si longtemps l'objet de ses plus tendres et de ses plus vives sollicitudes.

Pressés par un sentiment de juste reconnaissance, nous sommes venus, sur l'appel de son Eminence le cardinal Archevêque, remercier Dieu et le Saint-Siège d'avoir exaucé nos vœux, d'avoir voulu permettre l'introduction en cour de Rome de la cause de béatification et de canonisation du premier évêque de Québec ; nous sommes venus, dis-je, en face des autels où le portent déjà nos désirs, saluer et célébrer l'immortel fondateur de l'Eglise du Canada, le vénérable François de Montmorency-Laval.

Personne ne contestera l'importance souveraine d'un tel événement. Ce décret du Saint- Siège, sans être définitif, et sans autoriser encore les honneurs d'un culte public, consacre solennellement la vie et les travaux du grand serviteur de Dieu. Il nous remet sous les yeux, à une époque où la foi chrétienne, même la mieux ancrée dans le cœur des peuples, est exposée à de graves dangers, les exemples lumineux de

cette âme si fidèle et les leçons de courage dictées par ce modèle de toutes les vertus.

En effet, par le caractère de ses mérites et de ses œuvres, Mgr de Laval rappelle les temps héroïques des premiers siècles du christianisme. Organisateur d'une Eglise qui lui doit ses premiers progrès, il a été en même temps, dans ces contrées neuves et barbares, l'infatigable champion de la foi ; et, au milieu de tous ces travaux, on l'a vu s'élever jusqu'aux plus hauts sommets de la perfection évangélique. C'est dire que sur son front brille une triple auréole : le génie de l'autorité, la flamme du dévouement, la gloire de la vertu ; qu'il a été grand évêque, grand apôtre, et grand saint. Similem illumfecit in gloria sanctorum.

Telles sont les trois pensées que nous inspire la fête de ce jour, et que je voudrais, mes Frères, soumettre bien humblement à votre religieuse considération.

Chef-d'œuvre des mains divines, l'Eglise catholique est une société vivante, un vaste corps moral puissamment organisé selon toutes les lois de l'ordre hiérarchique, et pénétré et vivifié par un principe supérieur et par un souffle surnaturel qui en est l'âme et la force. Sur cette •ceuvre merveilleuse, sortie du cœur même du

Christ, et ordonnée à un but universel, doivent se modeler ou plutôt se greffer toutes les Eglises nouvelles, locales et régionales, nécessitées par la marche des temps et par le mouvement des peuples. Vouloir créer une Eglise en dehors de ces conditions serait jeter dans le sol une branche sèche et sans vie, fatalement vouée à la stérilité.

C'est ce qu'avait compris l'illustre François de Laval dès le jour où il fut choisi par les cours de France et de Rome pour aller au Canada exercer les fonctions de Vicaire apostolique.

Formé aux meilleures écoles de la science et du dévouement, préparé et initié, par la Providence elle-même, au gouvernement des hommes et à la gestion des affaires, Mgr de Pétrée apportait à la haute mission dont on l'avait investi un jugement droit et sûr, une foi ardente et profonde, un courage magnanime. Nous ne le suivrons pas dans le détail des œuvres qu'il entreprit et fonda pour assurer à la Nouvelle-France une condition religieuse digne, tout à la fois, de la noblesse de sa naissance, et de la grandeur de ses destinées. Cette étude dépasserait le cadre que nous nous sommes tracé. Toutefois, nous ne saurions taire avec quelle prévoyance, et quel esprit de discernement, le sage et prudent prélat sut asseoir l'édifice confié à ses mains sur ces bases immuables qui défient les révolutions et l'action corrosive des siècles.

Sachant bien qu'une Eglise ne saurait longtemps subsister sans un clergé instruit et pieux, il s'appliqua tout d'abord, malgré son peu de ressources, à établir un séminaire. Ce séminaire, mes Frères, fut l'œuvre de prédilection de Mgr de Laval. Il l'entoura de ses soins, l'aida de ses conseils, le dota de ses deniers. Il en fit, chose admirable, un centre et un foyer d'où tous les missionnaires, après y avoir puisé les fortes et sublimes leçons du dévouement chrétien, .rayonnaient et se répandaient dans les différentes paroisses, et où chacun d'eux ensuite, brisé, accablé de fatigue, venait avec bonheur refaire ses forces et retremper son courage1.

C'est, en très grande partie, au zèle et à la sagesse du prélat fondateur que nous devons notre belle organisation paroissiale par laquelle se réalise si bien, dans une sphère limitée sans doute, l'harmonieux accord de l'Eglise et de l'Etat. Ce système, sous certains rapports, peut n'être pas parfait. Il a cependant rendu, sur notre terre canadienne, des services inappréciables. Semblables aux tissus celluleux où s'élabore la vie physique et qui la gardent et la transmettent, nos centres paroissiaux ont été des

1. C'était là, assurément, une situation transitoire, mais adaptée aux besoins spéciaux d'une Eglise toute nouvelle, et qui témoigne de l'esprit éminemment pratique du premier évéque canadien.

cellules fécondes par lesquelles s'est conservée, et propagée, et multipliée, notre vie religieuse, et avec elle cet esprit de solidarité morale et de communauté civique qui a tenu nos familles rurales si puissamment associées.

L'Eglise, nous l'avons dit, n'est pas une masse inerte, mais un corps vivant. Elle a une âme qui la pénètre en tous ses éléments et en tous ses organes, et de laquelle dépendent, comme d'un principe essentiel, sa force, sa fécondité et sa vie.

Ce sera l'honneur propre, et la gloire impérissable, de Mgr de Laval, d'avoir su faire passer dans l'Eglise de Québec le souffle surnaturel qui l'inspirait lui-même, de lui avoir donné une âme lumineuse et pure, d'avoir infusé à son œuvre cette sève spirituelle et ces fortes traditions de doctrine et de morale, de piété et de religion, dont s'est imprégné notre esprit, et qui distinguent aujourd'hui encore nos braves populations canadiennes.

Dans un siècle où l'Eglise de France, menacée par l'invasion protestante et travaillée par le ferment janséniste, se laissait d'autre part entraîner au courant des prétendues libertés gallicanes, quelle énergie ne fallait-il pas, chez un prélat du reste très bien vu de la Cour, pour échapper à tant de périls ! Mgr de Laval eut ce rare et insigne mérite. On le vit, dès le

début de son administration, repousser courageusement les prétentions dangereuses de l'archevêque de Rouen pour ne dépendre, lui et les siens, que du Saint-Siège lui-même. Hostile au jansénisme ainsi qu'au gallicanisme, il ne perdait aucune occasion de battre en brèche ces erreurs. Ce qu'il fit pour éloigner de ce pays les huguenots ou, du moins, pour les convertir, son amour des doctrines de Rome et de la liturgie romaine, son zèle pour l'éducation, pour le bien et le progrès des communautés religieuses, l'ardeur constante et la force indomptable qu'il fit paraître dans la défense des droits sacrés de l'Eglise, proclament plus éloquemment que toute parole humaine l'élévation de pensée, la droiture de jugement, l'inflexible rigidité dogmatique du vénérable fondateur de l'Eglise de Québec.

Ce souci de l'orthodoxie n'avait d'égal en lui que son désir de faire prévaloir les exigences de la morale, et de faire partout triompher les intérêts de la religion, de la piété et de la vertu.

Avec quels courageux accents ne croit-il pas devoir dénoncer les désordres et les graves abus dont la société d'alors donnait parfois le spectacle ! Quelle noblesse de motifs, et quelle vigueur d'action dans les assauts qu'il livre pendant près de vingt ans au commerce de l'eau-de-vie ! On l'accuse, on le calomnie ; on intrigue à la

Cour de France pour miner son crédit et entraver ses efforts. Incapable de faiblesse, Mgr de Laval ne craint pas de se mettre en route, d'affronter, à plusieurs reprises, l'océan et ses tempêtes, et d'aller en personne déjouer les trames odieuses ourdies contre son autorité.

Rien du reste n'échappait à ses soins et à son regard prévoyant. Il serait trop long de rappeler comment il s'employa à répandre dans l'âme de son peuple, et à faire lever et fructifier ces belles et riches semences d'où naissent les mœurs chrétiennes, et qui engendrent les longues traditions catholiques. Deux célèbres dévotions, associées dès l'crigine à notre vie nationale, et qui en furent à toutes les époques le palladium sacré, le culte de la bonne sainte Anne et celui de la Sainte- Famille, rediront éternellement le nom du saint fondateur qui, soit par ses exemples, soit par des règlements de la plus haute sagesse, leur donna une si efficace impulsion.

Mais l'évêque appelé à établir une Eglise, et à créer une société de croyants, n'a pas seulement besoin du génie de l'autorité ; il lui faut, semblable aux grands sauveurs d'âmes et aux grands convertisseurs de peuples, revêtir les

livrées de l'apostolat et en déployer tout le zèle. Euntes docete omnes génies1.

Mgr de Laval fut vraiment apôtre : il en avait le cœur généreux ; il en avait la foi intrépide. Cette foi si élevée lui révélait le prix des âmes rachetées dans le sang de l'Agneau ; et sa charité ardente s'exaltait dans l'extrême désir de les régénérer et de les sauver. C'est lui qui s'écriait avec un accent digne de saint Paul : " Plaise au ciel que je me fasse tout à tous, et que je gagne tous les cœurs à notre Divin Sauveur2! "

Avant même qu'il partît pour les missions d'Amérique, cette soif et cette passion des âmes le consumait, et on l'avait désigné pour aller porter au Tonkin, avec les clartés de la foi, l'offrande volontaire de sa vie. Nommé, peu de temps après, vicaire apostolique de la Nouvelle- France, il n'accepta cette charge que dans le ferme espoir d'y pouvoir travailler au salut des infidèles et peut-être d'y verser son sang.

Qui dira les nombreuses démarches faites par le vaillant prélat, les prières et les travaux auxquels il se livrait, les sacrifices qu'il s'imposait, pour assurer le succès des missions sauvages ?

Un de ses premiers soins fut d'associer aux Pères Jésuites, dont l'ardeur et le courage ne

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