‹ Discours et allocutionsChapitre 30 sur 71 · Encyclique Salis cognitum · texte numérisé non relu

Encyclique Salis cognitum

défendre les pages inspirées do la Bible ; à eux de publier à la suite du Saint-Siège, d'expliquer et de commenter au besoin, selon la pensée de ce Siège apostolique, les décrets conciliaires et les encycliques papales. Briser cet ordre juridique, substituer à cette hiérarchie des pouvoirs un état de choses fondé sur des vues personnelles et des calculs passagers, c'est méconnaître l'organisation essentielle de l'Eglise ; c'est fausser le concept de son autorité, et glisser et choir dans des doctrines et des pratiques voisines du libre examen.

L'Evêque tient de Dieu lui-même un pouvoir discrétionnaire dont il sait se servir pour le plus grand bien des âmes. La religion, sans doute, est immuable dans sa nature : immuables sont les vérités de foi et invariables les principes de morale qui forment l'objet de nos croyances religieuses. Mais les règles de conduite, basées sur ces principes, doivent nécessairement s'adapter aux circonstances de temps, de personnes et de lieux, dont le caractère influe sur la moralité des actes humains. Le soleil est le même partout : produit-il partout les mêmes fruits, exerce-t-il partout une action uniforme ? Ainsi, par analogie, en est-il de l'Eglise. C'est aux évêques, mes Frères, aux chefs spirituels de chaque diocèse, d'étudier les besoins des peuples qui leur sont confiés, et de prendre en temps

opportun les mesures les plus propres à sauvegarder la pureté de leur foi et l'intégrité de leurs mœurs.

Cette liberté d'action laissée à l'épiscopat catholique, cette diversité administrative dans l'unité de doctrine et de gouvernement général, démontre jusqu'à l'évidence que l'Eglise n'est pas un simple automate sans mouvement et sans vie, mais bien un corps divinement organisé, déployant, sous la haute direction de son Chef, et dans un harmonieux ensemble de toutes ses parties, toute la puissance et toute la fécondité de son être.

Quoi de plus beau, quoi de plus admirable que cette immense société des âmes où, des sommets du Vatican jusqu'au plus humble toit curial, la juridiction s'échelonne par degrés si prudemment ménagés ; où la moindre parcelle de pouvoir est chose sainte et sacrée ; où l'autorité suprême garde toute sa force, exerce toute sa souveraineté, sans écraser de son poids les pouvoirs inférieurs ; où l'on ne respecte celle-là qu'en vénérant ceux-ci ; où la lumière, la vérité et la grâce, descendent à flots continus du Pape aux évêques, des évêques aux prêtres, des prêtres aux fidèles, tandis que le respect, l'estime, la reconnaissance, montent de tant d'âmes croyantes, par les prêtres et les évêques, jusqu'au Vicaire de Jésus-Christ l

C'est comme un flux et un reflux d'enseignement et de foi confiante, de commandement et de soumission, de bienveillance et d'amour : mystérieuse marée qui emporte avec elle les générations humaines à l'océan sans rivage des éternelles félicités !

J'ai dit, mes Frères, que le catholicisme, de par sa nature même, est une religion d'autorité. Les pouvoirs hiérarchiques, créés par le Maître de toute créature, projettent leur action bienfaisante sur tout ce qui se rattache aux besoins de la foi et aux intérêts des âmes. Il n'est pas plus facile d'en limiter l'influence qu'il ne l'est de tracer des frontières à la justice et à la conscience. D'ambitieux monarques, d'orgueilleux potentats ont tenté cette œuvre téméraire ; mais l'histoire d'un Bonaparte et celle d'un Julien l'Apostat, — je ne veux citer que ces deux noms, — sont là pour démontrer qu'on ne brave pas impunément les foudres du ciel.

De nos jours, la même prétention s'affirme sous le couvert de mots pompeux et de spécieux systèmes. On rêve je ne sais quelle transformation du monde, je ne sais quelle évolution de la foi et de l'Eglise. A entendre ces étranges novateurs, l'autorité ecclésiastique, bonne et utile

dans les temps de crédulité naïve et de servilisme grossier, devrait, sinon disparaître totalement, du moins s'effacer peu à peu et céder le pas aux progrès de F âge présent : progrès de la société impatiente de tout frein religieux ; progrès de la raison affranchie de tout joug dogmatique ; progrès des sciences naturelles, historiques et critiques, dans lesquelles on s'accorde toute hardiesse et toute licence.

Mes Frères, en aucun temps le pouvoir religieux n'a comprimé l'essor d'une sage et honnête liberté. La science ne date pas d'hier. Aux âges les plus glorieux de la foi, il y a eu des savants, il y a eu des penseurs, il y a eu des initiateurs non seulement dans le domaine abstrait ■de la métaphysique, mais aussi dans les recherches plus concrètes de l'expérience et dans l'étude pratique des graves problèmes sociaux. L'Eglise secondait ces efforts de l'esprit humain ; elle les favorise encore aujourd'hui. Ce que, toutefois, elle demande, ce qu'elle réclame en toute franchise et ce qu'elle exige en toute justice, c'est le droit, qui est pour elle un devoir, de se défendre contre ce qu'elle sait être des empiétements et des erreurs.

C'est le droit de dire aux savants : "Je connais quelqu'un de plus savant que vous. La vraie science n'est pas celle qui s'ingénie à forger des textes et à dresser des conclusions con-

tre Fauteur de toute science, contre Dieu, sa doctrine et son Eglise. "

C'est le droit de dire aux représentants de la critique moderne : " Secouez la poudre des manuscrits ; fouillez la mémoire des peuples et feuilletez les archives du monde ; évoquez de l'ombre séculaire tout ce qui a porté un nom, tout ce qui a parlé une langue : je ne crains pas la lumière. Mais n'allez point déduire de ce langage des faits et de ces révélations du passé, des conséquences qui n'y sont pas contenues ; n'allez point bâtir sur des données, trop souvent incertaines, des systèmes arbitraires que la foi tient pour suspects, des hypothèses gratuites qu'un enseignement infaillible ou une tradition autorisée condamne. "

C'est encore le droit de dire aux souteneurs de tout régime et aux politiques de toute nuance : u II faut que Jésus-Christ règne sur les peuples comme sur les individus. Faisons-lui la place aussi large que les circonstances le permettent, et que la dignité d'un Dieu fait homme le requiert. Ce Roi n'est pas un despote ; ce n'est pas un frondeur ; ce n'est pas un démolisseur ; c'est un roi plein de bonté et de mansuétude, rex tuus venit tibi mansuetus1, c'est le prince de la paix, pr inceps pacis2. "

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