Is., ix
Ah ! mes Frères, si l'Eglise ne luttait que pour des intérêts temporels, si elle n'avait pour but que de se tailler des revenus dans le domaine public et d'assurer à ses ministres une vie opulente et fastueuse, si on la voyait se remuer, s'agiter et s'évertuer pour arracher à une puissance rivale des avantages de commerce, des débris d'armées en déroute ou des lambeaux de continent, je comprendrais la défiance des pouvoirs séculiers, leurs susceptibilités, leurs craintes, leur animosité. Mais, mon Dieu î qu'est-ce que veut l'Eglise en affirmant son autorité, en dilatant son champ d'action, en invoquant même certains privilèges ? Ce qu'elle veut ? vous le savez tous : accomplir une plus grande somme de bien, secourir un plus grand nombre de pauvres, soulager un plus grand nombre de malheureux, convertir ou consoler un plus grand nombre d'âmes, prêcher avec plus de liberté l'évangile de la pénitence et du renoncement, imprimer plus efficacement dans le cœur de l'enfance et de la jeunesse les saines notions religieuses, sans lesquelles l'homme se perd, les familles se corrompent, la société ellemême court à sa ruine.
Est-ce bien là une influence qu'il faille redouter, une autorité qu'il faille mettre en tutelle, une puissance qu'il faille traiter comme une émule ambitieuse et jalouse ? Assurément, non.
DTSCOURS ET ALLOCUTIONS 170
Et si ces sentiments de défiance et d'hostilité envers l'Eglise, ont causé en Europe tant de mal et y ont exercé tant de ravages ; s'ils ont creusé un abîme entre deux pouvoirs faits pour s'entendre, entre deux sociétés souveraines, nécessaires, et qui ont besoin, pour grandir, de concorde et d'union, une si triste expérience n'est-elle pas bien propre à nous garantir de tels errements ?
Dieu, espérons-le, ne permettra pas que notre cher Canada français, si religieux, si catholique, et qui ne cesse de donner à l'Eglise des marques si touchantes de fidélité et de respect, suive jamais la pente fatale par laquelle des peuples illustres sont descendus à l'apostasie.
Nous avons pour premier motif de cet espoir l'infatigable dévouement de nos guides spirituels, leur zèle éclairé et vigilant en tout ce qui concerne la foi et la doctrine, et aussi, et à un degré non moins remarquable, leur charité ardente, leur bonté paternelle et miséricordieuse pour les classes sociales les plus humbles, leur esprit d'abnégation et de sacrifice qui en fait de vrais amis du peuple et d'insignes bienfaiteurs de leur temps et de leur patrie.
Nous avons un second motif d'espérer dans le patriotisme de nos hommes publics, si heureux de travailler à la prospérité du pays, si désireux de promouvoir ses meilleurs intérêts et, je me permettrai de l'ajouter, si persuadés
que sans la religion, sans l'action du clergé, sans le travail obscur mais profond des communautés religieuses, le Canada et, en particulier, la province de Québec ne tarderait pas à déchoir du rang où l'ont placée près de trois siècles de gloire.
Enfin, la solennité de ce jour, si belle, si imposante, et qui réunit autour du docte et distingué Prélat dont l'Eglise de Québec est fière, avec l'élite de la population, les plus hautes sommités civiles et religieuses, contribue, elle aussi, à affermir notre confiance et à nous présager, pour l'avenir, des jours de paix et de joie dans le respect mutuel de tous les droits et dans l'accomplissement fidèle de tous les devoirs.
Daignez, Monseigneur, de votre main bénissante confirmer en nos cœurs cette douce persuasion, et appeler sur tout votre peuple la lumière qui éclaire, la grâce qui purifie, le courage qui persévère et qui sauve.
Ainsi soit-il !