‹ Discours et allocutions [microforme]Chapitre 15 sur 58 · NS · texte numérisé non relu

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Mais l’énergique vieillard se montre plus grand que le malheur. Emu, non abattu, et pénétré de cette vérité qu’il faut s’attacher à Dieu plus qu'aux œuvres de Dieu, il ne cesse d’adorer, dans le secret de son âme, les desseins de la Providence, et de bénir la main qui le frappe.

Aux tristesses et aux angoisses viennent se joindre les souffrances physiques. La maladie l'oppresse ; d’atroces douleurs le tourmentent. Et, comme si ce n’était assez de tant d’afflictions pour expier ses fautes ou plutôt les fautes de son peuple, lui-même Y ajoute encore par le jeûne, les cilices, et la pratique constante des plus austères vertus.

Comment, mes Frères, se défendre d’un cri d’admiration en présence d’un tel spectacle, et au souvenir de telles épreuves relevées par tant de courage ? Sans prétendre devancer les décisions du Saint-Siège, et soumis d'esprit et de cœur à tous ses jugements, mais forts du témoignage de l’histoire, nous oserons conclure que Mgr de Laval porte au front la couronne des plus grands et des plus vertueux pontifes qui aient honoré l'Eglise.

Lorsque, en 1708, le digne prélat mourut, on eût pu lire sur sa tombe cette inscription gravée par la reconnaissance : ‘ La mémoire de ses vertus, et de ce qu'il a fait pour augmenter la foi dans la Nouvelle-France, n’y mourra point,

tant que la religion catholique y subsistera. ” Paroles mémorables, mes Frères, paroles prophétiques répétées d'âge en âge, et que chaque jour éclaire d’une lumière plus vive et plus vraie !

Non, elle n’est Pas morte, et elle ne saurait périr la mémoire de celui qui, au prix de tant de sacrifices, façonna de ses mains et anima en quelque sorte de son cœur cette Eglise canadienne aujourd’hui si florissante. Et la Providence elle-même s’est chargée d’en consacrer la gloire par des faits de la plus haute et de la plus frappante signification.

Rappelons-nous le tressaillement d’allégresse qui secoua le pays entier, lorsque, il y a treize ans, des fouilles faites en cette basilique mirent à nu les restes mortels du premier évêque de Québec. Cette soudaine découverte, aussi heureuse qu’imprévue, et qui donna lieu aux fêtes grandioses de la translation des augustes dépouilles dans la chapelle du Séminaire, marquait assez clairement quelles étaient les vues du ciel sur le corps de celui qu’on exhumait ainsi, dans une lumière d’apothéose, de la poussière des siècles.

Une chose non moins remarquable est la confiance croissante des catholiques canadiens en Mgr de Laval, et le nombre de prodiges que la voix populaire, surtout depuis quelques années, n'hésite pas à attribuer à son intercession. Sans

discuter ici la nature de ces faits assurément étonnants, nous affirmons sans crainte que leur ensemble constitue une forte présomption en faveur de la sainteté et du puissant crédit de l’évêque que nous honorons.

Enfin, ce qui achève de nous affermir dans ce sentiment, ce qui met le comble à notre joie et justifie nos meilleures espérances, c’est l’important décret récemment émané de Rome, suprême et officielle déclaration par lag + le Saint- Siège confère publiquement, en face du monde entier, le titre de Vénérable au vénéré fondateur de l'Eglise du Canada.

Voilà, mes Frères, trois faits éclatants, et intimement liés, et qui présagent le jour glorieux où le peuple canadien, réjoui et reconnaissant, pourra rendre un culte public de respect et de louanges, d'imitation et de prières, à celui qu’il regarde déjà comme son céleste protecteur. Ce jour est-il éloigné ? Nous ne saurions le dire. Quoi qu’il en soit, hâtons-le par nos vœux et notre confiance, par les appels de notre piété, et par cette foi ardente, fervente, obstinée, qui transporte les montagnes et rend les nations chrétiennes dignes des plus singulières faveurs du ciel.

PANEGYRIQUE DE SAINT LOUIS DE GONZAGUE Prononcé dans la Basilique de Québec, à l’occasion du troisième Centenaire de la mort du saint, le 20 juin 1891

Non recedet memoria ejus, et nomen ejus requiretur a generatione in generationem.

Sa mémoire ne périra point, et son nom toujours béni ne cessera de retentir de génération en génération.

Eccli., xxxix, 18.

Mes Frères et chers amis!,

IEU, qui est l’auteur du monde, est aussi l’auteur de l'Eglise. Et de même que jadis, de sa main toute-puissante, il semait avec pro-

1. L’auditoire comprenait presque toute la jeunesse catholique de Québec et des environs. Ces jeunes suivaient les exercices d’un triduuin en l'honneur de saint Louis.

fusion dans l'immensité de l’espace les astres et les soleils, splendeur de l'univers ; de même a-t-il ‘allumé au firmament des âmes, et sous l'œil des consciences, des étoiles de vérité, de sainteté et de justice.

Ces astres innombrables, parus successivement à l'horizon des siècles, n’ont ni le même éclat, ni la même forme, ni la même mission. Stella differt a stella. Les uns plus élevés, foyers vivants de doctrine, rayonnent indifféremment sur tous les pays et sur toutes les âmes ; d’autres, placés moins haut et d’un pouvoir moins grand, opposent leur influence aux influences spéciales d’une hérésie ou d’une secte. Ceux-ci semblent chargés de guider à travers le monde une classe d’hommes particulière : ceux-là, de diriger une œuvre, ou de faire briller une vertu.

Parmi toutes ces étoiles, si nombreuses et si variées, il en est une à qui Dieu a dit : “Je t’ai placée sous le regard des peuples et sous la voûte des temples pour être le phare lumineux et directerr de la jeunesse. Ta clarté bienfaisante éclairera son esprit, tes chauds et purs rayons féconderont son cœur. Va, brille sur le monde, ‘et que jamais l’éclat qui est si vif en toi ne pâlisse, ni ne s’éteigne. ”

Cette étoile, mes Frères, cet astre protecteur

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