Cor., xv
allumé au-dessus de nos têtes, vous l’avez reconnu. Votre foi a deviné ce jeune homme dont le nom, si cher aux cœurs catholiques, est synonyme de grâce, de pureté, de candeur, de charité, d’innocence ; vous avez nommé Louis de Gonzague.
Depuis trois cents ans déjà, flambeau ardent et mystique, suspendu comme une lampe dans le sanctuaire des âmes, il répand ses feux divins, et il projette partout sur le monde, notamment sur la jeunesse des séminaires et des collèges, le reflet merveilleux de ses vertus et de sa vie.
En ces jours, qui marquent dans l’histoire le troisième centenaire de son trépas glorieux, l'Eglise, semble-t-il, ne pouvait s'abstenir de commémorer par de publics hommages un nom si grand et si pur. Le Souverain Pontife lui-même, dans une lettre touchante, a voulu tracer le programme de ces fêtes religieuses, et consacrer par de ri. ches faveurs de si édifiantes solennités.
Ces faveurs et les grâces dont elles sont le gage, vous les demandez chaque jour avec un pieux empressement aux exercices de ce triduum ; vous les puisez, pleins de confiance, dans la dévotion et la prière ; vous les cherchez encore dans la méditation et le souvenir des vertus admirables de saint Louis.
Je crois répondre aux désirs et à la piété de VOS Cœurs en venant avec vous, ce soir, considérer Louis de Gonzague sous le double aspect que
nous offre l’étude intime de sa vie. Vous le faire voir d’abord dans ses rapports avec Dieu et comme chef-d'œuvre de la grâce ; vous le montrer ensuite dans ses rapports avec nous et comme parfait modèle de la jeunesse catholique, tel sera l’objet de ce modeste éloge.
Il y a, mes Frères, chez l'artiste, de ces heures rapides et fuyantes où soudain son front s’illumine d’ineffables clartés, et où son œil inspiré s'allume et jette des flammes. Puissants éclairs de génie, ces conceptions et ces visions s’impriment sur le marbre, sur le papier, ou la toile, en des traces immortelles qui font la gloire de l’homme et l'admiration des siècles.
Ainsi en est-il, sans doute, des artistes créés. Et vraiment ne peut-on pas dire que cette loi générale de l'inspiration humaine s'applique également, dans une certaine mesure, aux œuvres plus parfaites de l’Artiste incréé ? — Oui, dans l’ordre de la grâce, comme dans celui de la nature, il semble que la main divine ait, à de certaines heures, des touches plus heureuses, et qu’elle y donne, avec un art que rien ne saurait imiter, de plus brillants coups de pinceau. C’est alors que Dieu fait les saints ; et c’est surtout à l’une de ces heures que nous devons rapporter
l'idée et l’action formatrice du bienheureux Louis, prodige de vertu précoce et chef-d'œuvre de la grâce divine.
Pour se rendre bien compte d’une perfection si rare et d’un mérite si singulier, il importe d’observer que trois phases principales marquent ordinairement la marche et la vie des âmes que Dieu, dans sa providence, destine aux gloires de la sainteté. C’est d’abord un état de piété tendre et naïve, une vertu sans obstacle et, en quelque sorte, naturelle ; puis à ces premiers dons succèdent les combats, les contradictions, les épreuves; puis enfin, l'âme affermie pa les tempêtes elles-mêmes, comblée de faveurs nouvelles et de dons plus précieux, entre dans une douce et pernanente union avec son créateur.
Nous avons là, en trois mots, l’histoire de Louis de Gonzague.
Baptisé dès l’aurore d’une vie à peine éclose, il n’a pas encore vu le jour que déjà son âme purifiée s’étale comme une fleur sous les rayons du soleil divin. Dieu s’en est emparé. Il l’a imprégnée de son souffle et comme baignée de sa grâce ; et Louis n’ouvre aux premières pensées et aux premiers désirs son esprit et son cœur que pour connaître et chérir son bienfaiteur suprême,
À un âge où d’autres ne montrent que des penchants puérils et de frivoles caprices, quelle gravité de mœurs et quelle maturité de vertu !
Poussé secrètement par une force intérieure, par l'instinct des âmes d'élite, tantôt il se retire dans ur coin du château où il pourra prier librement ; tantôt, on le voit courir, les mains chargées d’aumônes, vers les pauvres de Jésus-Christ dont la misère l’émeut et dont il aspire à sécher les pleurs.
Louis n’est pas seulement un enfant qui étonne : c’est déjà un saint qu’on admire.
Suivons-le de Châtillon, sa ville natale, à Florence où son père le conduit, pour lui faire commencer ses études. Dans le travail pieux, et dans l’ardeur des premiers efforts, l'esprit du jeune écolier sent bientôt poindre ses ailes, et devant lui surgissent des lumières où il s’élance avec amour et dont l'éclat témoigne de la vigueur pénétrante et intuitive de son talent. Louis brille au premier rang parmi ses condisciples. Mais l’objet de son ambition, et le but de ses visées juvéniles, ce n’est pas tant la science et les jouissances de l'étude que la beauté d’un cœur inviolé.
Les historiens rapportent qu’un jour l’angélique enfant, à peine âgé de dix ans, cédant tout à la fois à un appel du ciel et à un besoin de son âme, alla s’agenouiller devant une image célèbre de Marie Immaculée, et que là, s’offrant à Dieu sur l'autel des immolations généreuses, après d’ardentes prières et de mûres réflexions,
il fit vœu de chasteté perpétuelle. Dès lors, ajoute-t-on (et c’est le sentin. nt du cardinal Bellarmin, confesseur de saint Louis), la grâce prit un tel empire sur ses chairs virginales que pas un instinct coupable, pas même une pensée dangereuse, n’osa jamais violer le chaste sanctuaire dédié à la Reine des anges.
Ce qu'avait été Louis de Gonzague dans la cité de Florence, il le fut cans les autres villes où, tour à tour, il dut habiter avec le marquis son père. Partout la même piété, le même esprit de prière, la même ardeur au travail, le même recueillement. Le très saint et très savant cardinal Borromée, archevêque de Milan, ayant fait à Châtillon la rencontre du pieux jeune homme, s’empressa de lui demander s’il avait eu le bonheur de recevoir, pour la première fois, la divine Eucharistie. Sur sa réponse négative!, il l’exhorta à s’y préparer. Et, quelques jours après, un spectacle sublime se déroulait sous les yeux du peuple : le plus illustre prélat de l'Eglise an seizième siècle donnait de sa propre main, et avec une joie émue, la première communion à l'enfant le plus pur et le plus affamé de Dieu qui ait jamais pris place au Fanquet de l’Agneau.
1. La coutume de cette époque, en ce qui regarde la commu nion des enfants, n'était malheureusement pas celle que nous voyons fleurir aujourd’hui,
À partir de ce moment, la grâce dont le jeune Louis était déjà tout rempli, parut sc refléter avec un nouvel éclat sur ses traits et dans tonte sa conduite. — Qu'il est beau de le voir, au inilieu des splendeurs du siècle, tantôt en Italie, et tantôt en Espagne, à la cour de Philippe II, garder partout cette modestie et cette réserve dont sa vertu s’enveloppe comme d’un voile protecteur ! Vainement, le tableau des pompes et des beautés mondaines s’offre-t-il à ses yeux ; vainement, le bruit joyeux des fêtes retentissantes monte-t-il à ses oreilles : Louis ne voit rien, Louis n’entend rien. Son cœur, fermé au monde, saisi et comme tourmenté d’un irrésistible besoin d’idéal, soupire secrètement après bien d’autres fêtes ; et bien d’autres séductions captivent déjà son regard.
Quand une fois la beauté divine s’est montrée à une âme, et quand elle lui a révélé ses mystères et ses attraits, rien ne saurait contenir les élans de cette âme, aucun lien ne saurait suspendre ni ralentir l'essor qui l’ernporte vers les hauteurs et vers Dieu.
Depuis longtemps, Louis de Gonzague nourrissait en sa pensée un héroïque projet. Et c’est Pour en assurer la prompte réalisation qu’il se livrait chaque jour aux plus austères pratiques de la pénitence chrétienne. Abstinences rigoureuses, prières prolongées, oraisons, méditations,
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macérations, rien n’était omis de ce qui pouvait, ce semble, faire agréer du ciel son désir si ardent de renoncer au monde et de vivre désormais sous l’habit religieux.
Mais la vertu n’est belle qu’à la condition d’être forte. Et elle n’affirme sa force qu’en luttant contre les obstacles et en triomphant courageusement des oppositions et des menaces. Non coronatur nisi qui legitime certaserit. La vertu de Louis de Gonzague fut soumise à une rude épreuve.
À peine le marquis, son père, conn'it-il son projet de se faire religieux, qu’il entra ‘ans une colère difficile à décrire. Don Ferrand (c'était son nom) était surtout homme de guerre, prisanc les avantages de ce monde, et incapable d’apprécier l'utilité supérieure d’une vie toute consacrée à Dieu. Ce qu’il ambitionnait pour l’aîné de ses fils, c'était la gloire terrestre, les biens de la fortune et les honneurs militaires. Pouvait-il, dans ces sentiments, consentir à voir cet enfant, l'héritier de son nom et l’orgueil de sa famille, briser toutes ces espérances et aller enfouir dans l'oubli une existence si chère ? N’écoutant que cette voix Cu sang, il essaya tous les moyens de changer le cœur de Louis ; et, pendant deux années entières, un refus obstiné, tour à tour