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En 1817, Mgr Plessis fut nommé Conseiller législatif

Le jeune arbre planté sur les rives du Saint- Laurent par Mgr de Lival, avait poussé de fortes racines. Assailli tout-à-coup par une violente tempête et sur le point d’être arraché du sol, nous avons vu qu'il trouva dans le zèle d’évéques intrépides un appui efficace et sauveur. Grandiet ramifié en des végétations puissantes, il nous offre maintenant le spectacle de sa croissance robuste et de son épanouissement glorieux.

Dieu, mes Frères, proportionne les secours aux besoins, et la valeur des hommes aux exigences des temps. Autre chose est de fonder ; autre chose, de conjurer un danger immédiat ; autre chose, d’accroître, d’orner, de perfectionner. Four présider de nos jours, et entre tant de prélats très dignes, aux destinées de l'Eglise mère de tant d’autres Eglises, il ne fallait ni un apôtre dans le sens formel du mot, ni un lutteur, ni un diplomate, mais un esprit et une âme d'élite, réunissant, comme en un faisceau, les plus précieuses qualités intellectuelles et morales.

Il fallait un homme de science ayant puisé longuement aux sources les plus pures de la théologie et du droit, et capahle d'imprimer dans les

sphères intellectuelles un salutaire élan. 11 fallait un homme d'expérience, au commerce simple et facile, expert, actif, patient, désintéressé. Il fallait une intelligence sereine et élevée, clairvoyante et modératrice, alliant au souci des nobles progrès une fidélité inviolable aux traditions les plus vénérées, d’un jugement assez sûr pour démêler et comprendre tous nos besoins sociaux et d’une trempe assez solide pour ne rien sacrifier des droits immuables de l'Eglise. Il fallait enfin, et ce n’est pas la moindre condition, une âme toute pénétrée de l'esprit de Jésus-Christ, d’une foi lumineuse et vive, d’une charité humble et ardente, d’une droiture reconnue, pouvant offrir au peuple l'exemple qui édifie et faire fleurir partout, dans le champ béni du Seigneur, les œuvres et les vertus chrétiennes.

Cet homme, ce savant, cet administrateur habile, cet esprit pondéré, ferme et doux à la fois, ce prêtre et ce pasteur modèle, Dieu nous l’a donné. Ai-je besoin de le nommer ? son nom “est sur toutes les lèvres, son éloge dans tous les ‘Cœurs. Cinquante années de sacerdoce proclament ses vertus ; plus de vingt années, consumées dans les travaux d’un épiscopat florissant, ont tressé autour de son front une admirable couronne.

Ah! que n’a-t-il pas fait, cet auguste vieil-

lard, pour le bien de son Eglise et pour celui de toute la société canadienne! ?

Sous son règne, les études classiques, les sciences philosophiques et religieuses, ont pris un essor nouveau ; et c’est en se conformant à sa haute et ferme pensée, qui est la pensée même de Rome, que l’Université Laval adoptait naguère dans ses cours les enseignements si sûrs et les méthodes si remarquables de saint Thomas d'Aquin. Cette jeune institution, dont il fut l’un des fondateurs, et dont il a su remplir avec un égal succès, au travers des phases diverses qui en ont ralenti la marche, les charges de Recteur, de Visiteur et de Chancelier, lui doit en grande partie de s'être maintenue et de pouvoir aujourd’hui, de ses deux sièges de Québec et de Montréal, sous la puissante égide de Rome et de l’épiscopat, tourner avec confiance ses yeux vers l’avenir. Il a secondé de tous ses efforts le mouvement colonisateur ; et ce ne sera pas l’une de ses moindres gloires d’avoir béni de sa main tant de nouvelles églises, d’avoir oint les fondateurs de plusieurs diocèses, et d’avoir assisté, dans notre province, à l'expansion merveilleuse de la vie et

1. L'œuvre considérable attribuée dans ce discours au cardinal Taschercau, héritier du siège de Mgr de Laval, n'exclut évidemment pas celle qui s’est accomplie par d’autres prélats canadiens d’une façon si hautement utile et si éminemment digne d’éloges.

de la hiérarchie catholique. Que dire de son zèle pour l'établissement ou le soutien des maisons et des familles religieuses ? Que dire du nombre infini de lettres et de mandements émanés de sa plume, et qui sont allés, en tant d’âmes dociles, nourrir la piété, et ranimer le culte de Notre- Seigneur et l’amour de la sainte Eglise ? Que dire de ses directions si sages et si pratiques, qui ont éclairci tant de doutes, et qui ont fixé, sur tant de points obscurs et imprécis, la discipline de ce diocèse et celle d’un très grand nombre de diocèses de ce pays ?

Ce qu’a été Léon XIII, ce grand docteur des temps modernes, pour l'Eglise universelle, notre très éminent archevêque s:mble lavoir été, sur un théâtre plus restreint, pour l'Eglise du Cenada.

De tels mérites et de telles œuvres, relevés par un dévouement inaltérable au Saint-Siège, appelaient et justifiaient les honneurs les plus éclatants. Le jour vint où l'Eglise de Québec vit son chef désigné pour les plus hautes dignités et investi solennellement des insignes de la pourpre romaine. Ce jour-là, un tressaillement courut dans toutes les âmes, et le Canada entier, sans distinction de race ni même de religion, n’eut qu’une voix pour acclamer ce fils illustre entre tous, l’orgueil de notre patrie.

Quelques années déjà nous séparent de ces fêtes. Et, depuis, les fortes pensées et les labeurs

ardus ont blanchi cette tête vénérable. Mais sa gloire n’a pas vieilli. Et elle se revêt à nos Yeux d’un lustre et d’une grandeur devant lesquels tous les fronts s’inclinent, et que seuls l'éclat du mérite et la majesté de l’âge peuvent donner.

Combien de fois, mes Frères, ne vous est-il Pas arrivé, par un beau soir d’été, de contempler et d’admirer les superbes couchers de soleil de nos latitudes boréales ! L’astre du jour, sur le point de disparaître, rase longtemps l'horizon : il baigne de ses feux adoucis les vallées, les lacs, les collines, les montagnes ; il projette au loin ses reflets sur les nuages du ciel, leur donnant une teinte de pourpre ; et son éclat persiste encore, lorsque déjà d’autres astres, qui lui doivent leur propre lumière, montent au fi-mament.

L’éminentissime cardinal Taschereau laissera dans l’histoire du Canada français et de toute l’Amérique du Nord un nom célèbre et vénéré.

L’auréole de ce nom marquera aux yeux des peuples une ère de progrès et d’épanouissement de la foi; et, bien loin de s’éteindre ou de pâlir avec les années, elle ira grandissant avec les œuvres elles-mêmes issues de ce règne fécond.

C’est pourquoi, en ce jour d’universelle allégresse, bénissons Dieu, mes Frères, de ses desseins miséricordieux et de ses faveurs touchantes à l’égard de notre pays : Exultate Deo adjutori nostro ; jubilate Deo Jacob.

Remercions-le d’avoir conservé à notre estime et à notre respect celui dont la parole pèse encore d’un si grand poids dans la balance de nos destinées, mais dont la seule présence serait déjà pour nous un gage d’heureux avenir, Remercions-le d’avoir permis qu’en cette fête de ses noces d’or, notre bien-aimé cardinal ait pu voir réunis autour de son trône, comme une couronne de gloire, d’un côté d’éminents prélats dont la pensée s'élève à la hauteur même de la sienne, de l’autre, avec un fils distingué de la vielle France!, de cette France catholique que nous sommes toujours si fiers d'appeler notre mère, les plus hautes personnalités civiles ; puis tant de membres du clergé séculier et régulier, accourus de plusieurs diocèses ; puis enfin cette foule de fidèles, si pieuse et si recueillie, et qui représente si dignement toutes les classes du peuple canadien.

L’anniversaire que nous célébrons n’est pas seulement la fête de son Eminence l'archevêque de Québec. C’est toute l'Eglise de cette province, et c’est toute l’Eglise de notre pays qui y prend part et qui chante avec nous l'hymne de joie,

Et il me semble qu’à la vue de cette France d'Amérique, jadis si dénuée de ressources et aujourd’hui si prospère, formant le seul groupe catholique compact de toutes nos régions, peut-être même

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