‹ Discours et allocutions [microforme]Chapitre 23 sur 58 · Encyclique Libertas præstantissimum · texte numérisé non relu

Encyclique Libertas præstantissimum

empereurs de la Chine et du Japon ont promis protection pour les missionnaires catholiques. En Occident, qui ne connaît les bienfaits inappréciables dont cette puissance Sociale est la source ? Sans parler de l'Autriche, de l'Espagne, du Portugal, ni de l’Angleterre, ni dela Belgique, l’action papale a empêché la France, dominée par les sectes, de déchirer les dernières pages du concordat. Elle a inspiré à la Russie des sentiments plus équitables. Partout, elle entretient une sorte d’équilibre ; et elle constitue, aux yeux des peuples, une force pondératrice avec laquelle les gouvernements même les plus hostiles sont obligés de compter. Mais c’est surtout en Allemagne, ia patrie de Luther, la patrie de Frédéric IT et par adoption aussi de Voltaire, que le génie de Léon XIII a remporté son plus beau triomphe.

En 1878, l'Eglise catholique allemande, notamment dans la Prusse, présentait aux regards chrétiens le spectacle le plus lamentable. Les ordres religieux bannis, plusieurs séminaires fermés, des évêques condamnés à la prison ou à l'exil, quantité de paroisses privées de leurs pasteurs, sans sacrements et sans culte, toutes les sources de l'éducation atteintes et viciées : tels étaient les tristes effets des fameuses lois de Mai qui couvraient depuis six ans d’un voile d’iniquité la persécution religieuse. L’orgueil germanique, luthérien et antiromain, enflé par le succès des

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récents événements militaires, s'était dressé dans toute sa morgue, et on eût dit qu’il voulait venger l’humiliation de Canossa. — Pendant ce temps, le socialisme, sortant de l’ombre des conventicules, faisait entendre sa voix menaçante. Les catholiques, de leur côté, accentuaient leurs griefs ; le parti du Centre s’organisait ; ei un malaise profond pesait sur toute l’Allemagne.

Léon XIII, à peine élu pape, se hâte de renouer des relations avec Berlin. Il écrit diverses lettres à l’empereur Guillaume ; et, d’un ton calme et digne, il démontre la nécessité de clore cette lutte déplorable, désastreuse pour l'Eglise et fatale à l'Etat lui-même.

L’encyclique qu’il fit paraître, dès le début de son règne, contre les socialistes, produisit sur l'Empereur et sur son chancelier l'impression la plus favorable. Des négociations furent entamées. Elles marchaient, mais lenternent, lorsque soudain éclata au sujet des îles Carolines ce terrible différend qui faillit allumer la guerre entre l'Allemagne et l'Espagne. Soit pour préparer d’avance un changement de front sur la question religieuse, soit plutôt pour obéir, quoique à son insu, aux desseins et à l’action mystérieuse de la Providence, Monsieur de Bismark proposa à l'Espagne, comme moyen définitif d’apaiser le conflit, l’arbitrage décisif du Pape. Cet acte, qui rappelait les plus beaux

jours de la papauté, mettait en pleine lumière la sagesse de Léon XIII, Je prestige croissant de son nom et l'autorité indiscutable de sa parole. Ce prestige et cet ascendant, joints à la crainte que lui inspirait l'influence politique du Centre, ébranlèrent le chancelier et finirent par le faire plier. La bataille était gagnée. Bientôt,

Sant par le mot Sire, formule où tout le monde sut voir, avec l'expression de l'estime et de la gratitude du ministre, un hommage virtuel rendu au Pontife-roi.

Léon le Grand, nous dit l’histoire, arrêta jadis Attila, la terreur et le fléau des peuples, aux portes mêmes de Rome. Un autre Léon non moins illustre, l’honneur de notre siècle, a pu courber sous la force du droit et sous l'empire de la vérité un second Attila, le chancelier de fer, ennemi juré du catholicisme, de la papauté et de la France.

Il existe, Mesdames et Messieurs, un rapport d'harmonie et une affinité profonde entre les

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problèmes les plus graves et les plus troublants qui agitent la société ; de même on voit les seconds se passionner pour toutes les grandes causes, gémir sur toutes les misères, aspirer à la défense de tous les droits méprisés. L'histoire des papes, qui n’est autre que l’histoire de l'Eglise ellemême, nous en offre de nombreux exemples.

C’est l'Eglise qui, par ses prêtres, ses évêques, ses pontifes, a levé au-dessus des peuples l’étendard des saines libertés ; et c’est elle qui, comme l’ange envoyé jadis à saint Pierre, est descendue avec tendresse dans les cachots de l’esclave et a fait trmber ses fers.

Léon XIII est fils de l'Eglise ; plus que cela, il en est le chef. Ilen a toutes les lumières, tout le dévoûment, tout l'amour. C’est pourquoi, on l’entendit un jour, se tournant vers le monde civilisé, jeter avec éloquence ce cri de douleur et d'angoisse! : ‘“ Jusques à quand l’humanité régénérée dans le sang du Christ laissera-t-elle une partie d'elle-même, — cette pauvre race africaine, — traîner sur les marchés comme un bétail de vil prix ?”” C'était le signal d’une levée d’armes, d’une véritable croisade antiesclavagiste. Et si ce beau mouvement dû au cœur d’un Pontife privé lui-même de sa liberté, n’a pas

1. Voir la lettre Catholicæ Ecclesiæ sur l’œuvre destinée à combattre l'esclavage.

produit tous les résultats qu’on en pouvait attendre, il a du moins éveillé l'attention de l’Europe et Provoqué à plusieurs reprises l’action et l'intervention libératrice des gouvernements.

C’est le même sentiment d'humanité et de justice, le même souci de la dignité et de la gran-

ami dévoué de la nation martyre. Ce que l’Irlande désire, £e qu’elle demande au droit commun,

elle. Ses actes l'ont Prouvé, ses déclarations! en font foi. Et s'il a cru devoir censurer le crime et la violence, c'était Pour mieux dégager d’ombres Compromettantes une cause noble et juste. Et le jour qui verra s'ouvrir pour la race longtemps malheureuse, dans le libre et plein exercice de son autonomie, une ère de fierté et de prospérité

celles qui firent battre, à l’heure de son triomphe, le cœur du grand O’Connell.

n'a-t-on pas dit, Mesdames et Messieurs, que Léon XIII était démocrate ?

Je n’ai, certes, ni la mission ni la prétention de parler au nom du chef de l’Eglise, et de formuler ici pour lui une profession de foi politique. J’ignore ses vues personnelles. Ce que je sais, c’est que saint Thomas, cet oracle du moyen âge auquel le pape actuel se plaît à emprunter ses doctrines les plus lumineuses, enseigne positivement la supériorité de la monarchie, — d’une monarchie sagement tempérée, — sur toute autre forme gouvernementale. Ce que je sais encore, c’est que la papauté est elle-même une monarchie à part dont le chef règne et gouverne, et que ce chef souverain en exerce sous nos yeux les pouvoirs dans toute leur plénitude.

Quant à l'Eglise dont l'unique but est de sauver les âmes, indépendante de tous les partis, elle les domine de toute la hauteur de sa céleste origine ; elle ne fait pas les pouvoirs humains, mais elle les couvre du respect qui seul peut maintenir et consolider la paix publique. Et si, au lieu de couronner les Charlemagne et les Louis IX, nous la voyons aujourd’hui bénir la démocratie’, si cette main qui jadis faisait couler sur le front des rois l'huile consécratrice s’ap-

1. Allusion à la politique dite de “ ralliement ” approuvée par Léon XIII pour la France.

sont les empires, ce sont les nations au sein desquelles la classe Populaire, brisant avec effort les liens hiérarchiques de l’ancien ordre social, a créé une nbuvelle Puissance qu’il importe de contenir dans les limites du devoir, si on ne veut Pas que cette force, aveugle et indomptée, reje-

Léon XIII, esprit perspicace, a compris . ce besoin des temps. Et c’est Pourquoi, sans né-

zèle charitable, il déployait naguère dans l'étude, de plus en plus nécessaire, des questions économiques. Cest une joie pour le grand Pontife d'accueillir au pied de son trône, en audience S0-

lennelle, les foules ouv ières qu’un pieux enthousiasme pousse chaque année vers Rome, et de déposer dans ces âmes confiantes, par de sages et utiles conseils, la semence des enseignements contenus dans ses encycliques.

Léon XIII a confiance en l'efficacité de la presse pour diriger l'opinion. Aussi demande-t-il aux Catholiques instruits de s'emparer partout de cette force et d’en faire, pour la vérité, une tribune toujours ouverte et un moyen de défense toujours prêt. Il leur demande de mettre en œuvre, pour l° triomphe de l'Eglise, tous les ressorts de la vie publique. Il encourage les congrès, les associations catholiques générales et particulières, tout ce qui peut agir sur les masses.

C’est le propre des hommes de génie d’étonner par l’imprévu de leurs résolutions. Désespérant de voir en France, pour le moment du moins, l'antique dynastie royale réapparaître sur le trône et renouer la chaîne des traditions religieuses, que fait le pape diplomate ? Il s’adresse aux catholiques ; il leur suggère un changement de tactique ; il les supplie et il les adjure de faire trêve à leurs dissentiments, de rallier dans un même effort toutes les âmes droites et honnêtes, de prendre pied sur un même terrain, — le terrain constitutionnel, — pour monter à l'assaut de la république sectaire, en déloger l’athéisme, et y replacer Dieu. Là est je salut de la France,

158 DISCOURS ET ALLOCIUTIONS

Quelle que soit cependant sa vive sollicitude pour les peuples du vieux monde, il semble que Léon XIII éprouve pour l’Amérique, cette réédition de l’Europe, des sentiments de particulière complaisance. Le Canada n’a-t-il Pas reçu de

pre le siège archiépiscopal de Québec, le plus riche don que l'Eglise puisse faire à ses enfants té Que dire des Etats-Unis, nation colossale, née d’hier, et où s’élaborent, dans l’alliage des éléments les plus variés, les destinées les plus mysté-

sorties du palais des Papes, aillent mêler leur gloire aux gloires industrielles et artistiques des

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deux Amériques, tout cela est de bon augure et ne peut que favoriser, à un très haut degré, les intérêts catholiques.

L’avenir inspire confiance, quand ce sont les clefs de saint Pierre qui en ouvrent providentiellement les portes.

Ceux qui ont opposé le pontificat actuel au pontificat de Pie IX semblent n’avoir pas compris les sages dispositions et le jeu varié de l’opération divine dans les actions humaines. Il ya un temps pour la lutte, pour les paroles indignées et les condamnations courageuses, et c’est quand la cité du mal se dresse orgueilleusement contre la cité du bien. Il y a aussi un temps pour la trêve, pour la suspension au moins partielle des armes, et c’est lorsqu'il s’agit de relever les ruines amoncelées par la tempête. Pie IX a défendu l'édifice menacé ; Léon XIII le restaure. Le règne de Pie IX a préparé celui de Léon XIII, comme le règne de Léon XIII complète celui de Pie IX.

Grâce, en partie, aux dogmes de la primauté et de l’infaillibilité proclamés par les Pères du Vatican, la papauté a vu s’accroître de façon vraiment remarquable la foi et la confiance des peuples, et elle a vu, par cela même, se fortifier et grandir au-delà de toute espérance l'autorité de son nom. Jamais peut-être, à aucune époque, elle n’a joui d’une telle influence. Confinée

dans un palais, elle est partout, elle remplit le monde. Les évêques, les prêtres, les fidèles lui sont unis par d’indissolubles attaches. Un seul mot tombé des lèvres du Vicaire de Jésus-Christ subjugue les intelligences, enchaîne les volontés. On écoute et on bénit ses conseils ; on exécute ses ordres. Un schisme serait impossible. Ce prestige merveilleux s'étend même en dehors des sphères catholiques ; et l'esprit transcendant du successeur de Pie IX, si bien fait pour servir d’organe ‘au magistère suprême et réunissant comme en un foyer toutes les lumières dont les sociétés ont besoin et toutes les forces qui régissent l’empire des âmes, constitue à l’heure actuelle le centre d’attraction non seulement de l'Eglise, non seulement du monde chrétien, mais aussi du monde politique, économique et social.

Encore un mot, et je termine. Le Pontife, dont nous célébrons les fêtes jubilaires, personnifie dans les temps modernes le génie de la pensée et le génie de l’action. Ce double génie rayonnera, comme un double soleil, sur les âges à venir ; car Léon XIII est de ceux qui, fils d’un pays et d’une époque, appartiennent cependant à tous les pays et à tous les siècles. Sa doctrine est impérissable, son action de portée immense et d’incalculable influence.

L'une et l’autre ont élevé sur les confins de

notre âge un monument superbe, chef-d'œuvre de foi et de science, de charité et de vertu, admirable portique qui, en s’ouvrant sur les temps nouveaux et sur le siècle qui va comnicncer, do-

mine toutes les œuvres humaines, et ;: tout:

les nations à venir chercher dans l'E: -+ “uù Ci: ce temple de l’humanité, et ce f2:thé6an peuples, tout ce qui est beau, ‘ont ©: oui est juste, tout ce qui est grand, la paix, ls vérité, Ia

sécurité, l’honneur, le progrès véitille ct !a véritable civilisation.

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SERMON SUR L’AUTORITÉ RELIGIEUSE Prononcé à l’occasion de l'imposition du Pallium de S. G. Mgr Bégin

archevêque de Québec dans la Basilique de Notre-Dame de Québ:

le 22 janvier 1899

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Et hoc tibi signum, quia unzi te Deus in principem.

Et ce sera là la marque du pouvoir royal, dont Dieu vous a investi.

1 Reg., x, 1.

Monseigneur!,

L n'y a encore que quelques mois, appelée [ par la voix de Dieu à recueillir le vaste héritage laissé entre vos mains par un prince illustre de l’Eglise, votre Grandeur gravissait au

1. S. G. Mgr L.-N. Bégin, à qui le Pape venait d’octroyer le Pallium.

ment suivi du soleil oui se lève.

Aujourd’hui, Par un autre bienfait de la divine Providence et du grand Pape qui nous gouverne, nous voyons ces fêtes solennelles de votre intronisation recevoir, dans l'acte sacré de l'imposition du Pallium, leur juste couronnement. Le Pallium étant le symbole des augustes prérogatives par lesquelles l’archevéque catholique participe à la dignité et à la sou-

Certes, Monseigneur, souffrez que je le dise, non pour blesser par d’inutiles louanges une

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DISCOURS ET ALLOCWTIONS 165

voulu recouvrir vos nobles épaules. Théologien de haut rang, également versé dans les sciences historiques et les études bibliques qui préoccupent à si bon droit l'esprit de nos contemporains, orateur élégant et disert, humaniste délicat, ami dévoué de l’éducation et du vrai progrès, vous aviez tous les dons qui ajoutent à l'autorité officiellement constituée, comme autant de fleurons d’une royale couronne, le prestige, l’influence et l'éclat. Votre douceur bien connue, votre bonté généreuse, jointes à la fermeté et à la conscience du devoir, assurent à votre gouvernement deux caractères si bien faits pour s’allier ensemble et qui marquent en traits si frappants le gouvernement divin lui-même : la mesure et la force.

Aussi, Monseigneur, est-ce avec un réel bonheur que nous voyons Léon XIII, de cette main qui a couronné tant de têtes épiscopales, déposer par delà les mers sur votre front déjà chargé de gloire, une nouvelle auréole, et attacher à votre sceptre la plénitude du pouvoir sacré. Nous nous réjouissons des témoignages de cordiale estime et de profonde sympathie donnés à Votre Grandeur par tant de vénérables prélats ici présents, et tous ensemble, prêtres et laïques, nous apportons avec empressement aux pieds de votre trône l’hommage respectueux de nos vœux les plus ardents, de notre soumis-

sion la plus sincère, de notre plus entier dévouement.

Messeigneurs!, Mes Frères,

La fête solennelle dont nous sommes en ce moment les témoins, le sens et l'esprit de cette cérémonie, m'’invitent tout naturellement à traiter devant vous un Sujet aussi ancien que l'Eglise, mais qui n’# jamais cessé d’être souverainement actuel : je veux parler de l'autorité religieuse. Ce sujet est immense, et je ne saurais prétendre

les plus précieux.

1. $S. G. Mg Duhamel, archevêque d'Ottawa, qui présidait la cérémonie de l'imposition du prélats canadiens.

Pallium, et Plusieurs autres

évoue-

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