‹ Discours et allocutions [microforme]Chapitre 3 sur 58 · Luc · texte numérisé non relu

Luc

et revendiquant les droits de l’homme avec les droits du chrétien ; l’hérésie réduite et apaisée ; près de quatre-vingts diocèses issus de l’humble berceau de Québec ; l'élite de nos jeunes gens volant à la défense du Pontife-Roi ; nos séminaires versant sur toutes les missions des légions de prêtres et d’apôtres ; nos collèges rivalisant de zèle pour l'instruction et de dévouement pour la jeunesse ; et, sortant de ces asiles du savoir, des hommes pieux et probes, des magistrats intègres, des professionnels de toute classe et des politiques de tout rang soumis à Dieu et à ses ministres ; le Canada enfin étonnant l’Europe par la vitalité de sa foi, par l'éclat imprévu de la pourpre, par les progrès croissants et par la marche parallèle de l'élément français et de l'influence catholique : voilà, mes Frères, le spectacle qui s’offre à nos yeux, et dites-moi s’il n’est pas évident que, chez nous, le drapeau national et le drapeau religieux marient harmonieusement leurs couleurs, et que, si l'Eglise sert avec amour les intérêts du peuple, le peuple, lui aussi, sait servir fièrement les intérêts de l'Eglise,

J'ajoute que, Par Sa nature même, notre race est un instrument particulièrement propre à ce rôle providentiel.

Ce qu'il faut, en effet, pour remplir une tâche si noble, et pour répandre sur tous les terrains

la semence de la foi chrétienne, n'est-ce pas le zèle brûlant d’âmes expansives et l’ardeur désintéressée d’esprits pénétrés et persuasifs ? Or, Pourquoi le taire ? descendants d’un peuple et d’une race en qui l'Eglise se plut à reposer son plus ferme espoir, et qui mit si souvent et si valeureusement sa parole et son épée au service des plus saintes causes, nous sommes, tout nous permet de le dire, les héritiers légitimes des qualités si riches et des traditions si chevaleresques de notre mère-patrie, L'âme tendre, généreuse, communicative du Canadien français semble naturellement faite pour semer les germes du bien et pour propager les principes du vrai, de même que son attachement au sol, et à la vie rurale, lui est un sûr moyen de les cultiver et de les conserver.

Aussi bien, cet apostolat, notre nation l’exerce, non seulement de tout l'effort de sa foi, mais ci, l'esprit du mal n’a point tari en nous les sources de la famille. Au contraire, comme elles sont bénies, ces sources de l’avenir ! et comme elles s’épanchent en flots pressés et en générations puissantes ! Dans quelles merveilleuses Proportions Je paternité canadienn

auquel il prête l’aide de son bras, et dont il alimente si généreusement les autels ?

Rappelons encore que notre race a été la première à éclairer des lumières du christianisme cette partie du continent américain. Et, si elle s’est acquis cette gloire, pourquoi le flambeau civilisateur tomberait-il de ses mains ? Sans doute, au-delà des frontières, une nation a surgi, qui prend conscience de sa force, et qui grandit comme un géant. Le catholicisme y fait des progrès. Mais vouée passionnément au culte de la matière, est-ce sur elle que l’Eglise d’Amérique peut fonder ses meilleures espérances ? Il importe de le remarquer : ce qui, après la grâce de Dieu, contribue davantage au soutien de la religion et à la diffusion de la foi, ce n’est ni l’affluence des capitaux ni la puissance des machines, mais l’action de l’idée et du sentiment, l’ascendant de la rairon et l’autorité de la conscience. De cette autorité et de cet ascendant, toute notre personnalité morale témoigne : le culte de la pensée et des lettres, de ce qu’il y a de plus juste, de plus pur, de plus spirituel et de plus élevé dans la vraie civilisation, constitue l’un des plus beaux fleurons de notre couronne nationale. Aussi, l'influence religieuse du Canada français va-t-elle se dilatant et se propageant dans tous les sens. Déjà l’émigration d’un grand nombre de nos prêtres, d’un trop grand nombre de nos

frères, a imprégné de catholicisme plusieurs centres de la république voisine. Déjà, notre foi volant sur les ailes de la parole évangélique, achève de parcourir ‘omme une traînée lumineuse l'immense voie Canadienne qui traverse ce continent. Un jour viendra où notre race notablement accrue, forte alors de plusieurs millions, pourra déployer ses paisibles phalanges de l'Est à l'Ouest, de l’Atlantique au Pacifique, et commander par la voix du nombre et par le prestige des croyances à toute l'Amérique britanique. à

Telle est, du moins, notre espérance. L’espérance naît de la foi; elle en jaillit comme de sa source naturelle. Et puisque nous croyons le Canada français chargé, en ce monde nouveau, d’une mission et d’une fonction religieuse, pourquoi, mes F-ires, n’espérerions-nous pas qu’il y restera fidèle ?

La Providence veille avec un égal souci sur les individus et sur les nations. C’est là une vérité surabondamment démontrée, et, s’il en était besoin, l’histoire seule des Franco-canadiens suffirait à l’établir.

Notre nationalité, depuis qu’elle existe, a couru deux grands dangers : Je danger des armes hos-

tiles, et le danger du fanatisme sectaire. Les armes auraient pu tuer chez nous la race française ; le fanatisme triomphant eût pu lamoindrir, la dénaturer, et l’avilir. Or, ni l’un ni l’autre de ces obstacles ne l'ont arrêtée dans sa marche, ni détournée de sa voie.

Après un siècle d’agressions et de menaces, le sauvage enterra sa hache de guerre ; la barbarie céda le PaS au mouvement civilisateur.

Longtemps aussi, les forces canadiennes tinrent, en échec l'invasion anglaise ; et si, À une heure critique, et à la veille d’une révolution qui devait fatalement nous atteindre, Dieu permit enfin un changement de régime, comment ne pas

. reconnaître, derrière cette évolution politique, la main qui frappe pour sauver ?

Le salut, toutefois, ne va pas .sans la lutte. Aux combats de l'épée succédèrent ceux de la parole ; et ici encore apparaît dans tout son éclat la protection divine.

Il fallait, au sortir de cette crise, et malgré mille tentatives adverses, ouvertes ou cachées, il fallait, Par tout moyen, garder à la patrie ce qui la fait elle-même : sa langue, ses lois, sa religion. Grâce à l’admirable ténacité de nos pères et à l’attitude prudente et ferme d’un Briand et d’11 Plessis, la religion maintint ses droits. Nos ::s civiles restèrent, s’adaptèrent, se consolidèrent. Notre langue, cette belle langue française, chargée d’im-

périssables souvenirs et porteuse d’incomparables traditions, retint sur les lèvres canadiennes sa pureté et sa liberté ; et on la vit, et au foyer et à l’école, et dans la vie privée et dans la vie publique, et dans l'expression de la foi et dans la défense de la race, continuer ce rôle d’interprète fidèle et de sentinelle vigilante qui est son honneur et qui fait notre force.

C’est ainsi que Dieu, aux heures douloureuses du passé, n’a cessé d'appuyer nos efforts et de soutenir notre Courage ; et c’est de même, par l'effet combiné de son action et de la nôtre, de Sa puissance et de notre vaillance, que se réaliseront pour nous les promesses de l’avenir.

Nous devons coopérer aux desseins de Dieu sur nous ; et cette collaboration que sa Providence attend de nous, c’est, mes Frères, notre travail bien réglé, et bien inspiré, de chaque jour. C’est l’usine, l'atelier, le comptoir ; c’est le champ inculte, remué et fécondé ; c’est l’école, où se forme la jeunesse : l’art et la profession, où s’exerce le talent. C’est encore, et avant toute chose, l’harmonieuse entente et l’action concordante des guides et des chefs du peuple, de ses chefs spirituels et de ses chefs temporels, des hommes de pouvoir qui gèrent les biens terrestres et des hommes de prière, des prêtres, du clergé qui relève les esprits vers l'idéal céleste.

J’ai nommé le clergé. Qu’est-il besoin de vous

déciarer avc quelle ardeur il entend servir son PAYS, comine il le veut heureux et fort, glorieux et puissant, comme il le veut surtout sincèrement chrétien et profondément catholique !

La religion ne se contente pas du soin immédiat des âmes et de la Sauvegarde directe des intérêts éternels, Attentive à tous les besoins, elle se préoccupe également de la prospérité temporelle, selon que ce progrès peut concourir au bien moral et à l’avancement social.

Aussi l'Eglise du Canada s’empresse-t-elle, en toute occasion, de seconder tous les efforts faits par nos Bouvernants pour accroître par de sages mesures, et sans manquer de justice envers les autres races, le crédit et l'influence de la race Canadienne-française. Bien plus, que ne fait-elle pas elle-même en cette vue ? Elle fonde des sociétés ; elle s’associe aux entreprises et aux travaux les plus humbles ; elle s'efforce de retenir sur le domaine ancestral les fils du sol Elle à des prêtres qui, par ses soins et sous sa direction, consacrent leur vie entière aux œuvres patriotiques et vraiment nationales de l’agriculture et de la colonisation.

C’est l'Eglise qui aide l'Etat ; l'Etat, de son côté, doit done travailler pour l'Eglise.

Aussi longtemps que les chefs de la société canadienne sauront apprécier les bienfaits de cet accord; aussi longtemps que nos hommes

d'Etat sauront voir et respecter, dans l'Eglise de Jésus-Christ, une institution supérieure, créée pour le plus grand bien des peuples, et qui, pour le procurer, dispose de moyens spéciaux et d’exceptionnelles lumières, les faveurs de la Providence nous seront assurées ; et nous pourrons en toute confiance et en toute sécurité envisager les problèmes de l'avenir.

J’ai dit, mes Frères, qu’il faut croire, et d’une foi haute et profonde, aux destinées de son pays ; qu’il faut espérer, et d’un espoir actif et confiant, en leur réalisation. Ce n’est pas tout. Notre foi, en réalité, serait morte, et notre espérance inféconde et trompeuse, et toutes ces manifestations par lesquelles nous célébrons avec tant de pompe et à si juste titre le vingt-quatre juin, ne laisseraient après elles que l'écho stérile de cymbales retentissantes!, si nos cœurs n'étaient animés par le souffle qui inspire les grands et nobles dévouements, par l'amour de la patrie.

L'amour ardent, généreux, désintéressé de son pays, voilà bien le troisième et principal élément du vrai patriotisme?.

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