Major autem horum est caritas (Ibid, xm
Je ne vous ferai pas l’injure de définir devant vous, en ce jour de ferveur patriotique et du haut de cette chaire canadienne, ce que c’est qu’aimer sa patrie.
Cette définition, nos ancêtres l'ont écrite en lettres de sang dans les pages de nos annales. Ils l'ont gravée en caractères de feu dans le cœur de leurs enfants. Aimer le Canada, semblent nous dire ces pionniers de la foi, c’est vouloir que la croix plantée à Stadaconé et Hochelaga s’avance triomphante par tout le Nord de l’Amérique, et qu’elle rallie sous son emblème tous les hommages et toutes les croyances. Aimer le Canada, reprennent les fiers champions de la race, c’est le placer dans sa pensée au-dessus de tous les égoïsmes ; c’est s’attacner de toutes les fibres de son âme aux saines libertés conquises, et c’est user de ces libertés pour favoriser le règne du bien, l'adoption de lois équitables, le triomphe des droits les plus sacrés et des usages les plus chers. Aimer le Canada, s’écrient de leurs tombes glorieuses tant de vaillants soldats et les plus héroïques martyrs, c’est souffrir, et c’est mourir pour lui.
En vérité, l'amour de la patrie, quand il s’unit dans un cœur au culte et à l’amour de Dieu, est plus fort que toutes les armées et plus puissant que la mort. C’est lui qui enflammait le Courage des fondateurs de notre nationalité et
de ses immortels défenseurs, et qui a fait de toute notre histoire une véritable épopée digne de la lyre des poëtes et de l'admiration des siècles. C’est ce sentiment et cette passion qui nous haussera nous-mêmes à la hauteur de toutes les tâches utiles et de tous les sacrifices nécessaires.
Sachons d’abord prêter à notre pays le secours de nos prières : Dieu aime les nations qui lèvent vers lui leurs mains suppliantes. Soyons, en toute circonstance et sur tous les théâtres, des chrétiens fervents et des citoyens modèles. Ne reculons devant aucun devoir, soit privé, soit public, dicté par la conscience ou imposé par l’honneur : ce sont les œuvres de chacun qui font le bonheur de tous. Que l’amour national, ce ciment infrangible des peuples, maintienne toujours unis les groupes dispersés de notre race. Nous sommes frères par le sang, frères par la foi, frères par la pensée et les aspirations communes. Par-dessus les barrières, et à travers les espaces et les divisions de parti, aimons-nous et fraternisons.
Très chers compatriotes, rassemblés par la voix de votre patron en cette grande cité de Montréal, et dans l'enceinte de ce temple, le plus vaste que notre foi ait élevé et l’un des plus illustres dont s’honore notre Pays, vous représentez ici le peuple canadien-français. Vos yeux cherchent d’instinct l’autel de la patrie. Regerdez :
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la religion vous montre le sien. Religion et patrie n’ont qu’un seul et même autel. En face de ce symbole de foi, et aux pieds de ce Dieu toutpuissant dont lunique royauté domine toutes les grandeurs de la terre, s’échappent du fond de vos cœurs un immense credo, et ces élans de confiance et d’amour par lesquels respire, pour ainsi dire, l’âme des nations.
Croyez-le : vous accomplissez un acte digne de tous les éloges. Et de ces dalles où il s'incline, votre patriotisme, plus sûr de lui-même et plus conscient de son but, se relèvera tout à l’heure plus fort, plus éclairé et plus généreux. Vous. sortirez d'ici riches de lumières et de grâces, remplis d’un courage nouveau, et fiers d’emporter avec vous un drapeau dont les plis auront flotté. au vent de la prière, et qui s’en ira chargé des. promesses de l'avenir, confiant dans les faveurs. du ciel, et honoré des plus hautes bénédictions de l'Eglise,
DISCOURS SUR L'ÉGLISE ET LA PATRIE CANADIENNE | prononcé dans Ja Basilique de Québec | à l'occasion de la fats nationales des Canadiens français et de l'inauguration du monument Cartier-Brébœuf, le 23 juin 1889
ÈS
Magnificuvit Dominus Jfacere { nobiscum ; facti : 1mus lætantes.
è Le Seigneur a opéré en nous de grandes choses ; voilà pourquoi nous sommes dans la joie.
Ps. cxxv, 4.
Eminence!,
Mes Frères et chers compatriotes,
Gus société humaine est faite pour le bonheur, Dans l'essor général qui emporte les
peuples vers le terme de leurs destinées, un même
1. Son Eminence le cardinal E.-A, Taschereau, archevêque de Québec.
besoin les presse, ur une soif commune et insatiable les tourmente : le besoin, le <- ‘, la s du bonheur. I] n'en est pas d'obtenir ce bien précieux
arts de la paix et au développement régulier de la richesse publique.
Or, parmi ces peuples, tous avid tous passionnés de gloire, grandeur, combien Y en a-t-il qui soient vraiment heureux, qui jouissent effectivement des
bienfaits et des douceurs d’une félicité temporelle solide et assurée ?
es de progrès, de succès et de
» Sourit. Les unes, privées encore » Se traînent ignorées dans l'ornière des vices et dans les bas-fonds de la
mises en contact avec les
flits, les divisions religieuses et les injustices sociales. Presque tout le vieux monde gémit sous le lourd fardeau d’armements redoutables,
ec les brillantes richesses dont l’étalage! fait en ce moment l’admiration publique ne peuvent voiler aux regards des signes trop manifestes de décadence morale et d’antagonismes meurtriers. On se regarde, on s'inquiète, on s’agite : l’Europe est sur un volcan.
Quoi donc! ne se trouve-t-il pas sur toute la surface du globe un seul pays, un seul peuple, quelque petit soit-il, qui se puisse dire heureux, et dont la conscience honnête et sereine porte, sans trembler, ses espérances et sa fortune ?
Oui, mes Frères, il en est un.
Dieu merci, il est un peuple, jeune et modeste sans doute, mais que le ciel bénit et que le Tout- Puissant protège, un peuple fier du passé, satisfait du présent, confiant dans l'avenir, et dont la vie se déroule, paisible et féconde, dans les joies du travail et dans l’honneur de la probité : et ce peuple comblé de biens, tout le proclame en ce jour, c’est vous, c’est nous, c’est le peuple canadienfrançais.
Nous sommes un peuple heureux? : tel est le