RaMEaw, La France aux colonies, p
notre histoire. -t qui a fait jusqu'ici l'honneur de notre race . Usons des biens matériels, non Pour eux-mêmes, mais pour les biens plus précieux qu’ils peuvent nous assurer ; usons de la richesse, non pour multiplier les vils plaisirs des sens, maïs pour favoriser les plaisirs plus nobles, plus élevés de l’âme ; usons du progrès, non pour nous étioler dans le béotisme qu’engendre trop souvent l’opulence, mais pour donner à nos esprits des ailes plus larges et à nos cœurs un plus vigoureux élan.
Notre vocation l'exige. Et plus nous nous convaincrons de cette vocation elle-même, plus nous en saisirons le caractère vrai et la puissante portée moralisatrice et religieuse, plus aussi nous saurons trouver dans notre patriotisme ce zèle ardent et jaloux, ce courage éclairé et généreux qui, pour faire triompher un principe, ne recule devant aucun sacrifice. L’intelligence de nos destinées nous interdira les molles complaisances, les lâches abandons, les résignations faciles.
Soyons patriotes, mes Frères : soyons-le en désirs et en paroles sans doute, mais aussi et surtout en action. C’est l’action commune, le groupement des forces, le ralliement des pensées et des volontés autour d’un même drapeau qui gagne les batailles. Et quand faut-il que cette action s'exerce ? quand est-il nécessaire de
serrer les rangs ? Ah! chaque fois que la liberté souffre, que le droit est opprimé, que ce qui est inviolable a subi une atteinte sacriiège ; chaque fois que la nation voit monter à l'horizon quelque nuage menaçant, ou que son cœur saigne de quelque blessure faite à ses sentiments les plus chers.
N'oublions pas non plus que tous les grou- , Où circule une même sève nationale, sont
solidaires. Il est juste, il est opportun que cette solidarité s'affirme ; que tous ceux à qui la Providence a départi le même sang, la même langue, les mêmes croyances, le même souci des choses spirituelles et immortelles, resserrent entre eux ces liens sacrés, et poussent l’esprit d’union, de confraternité sociale, aussi loin que le permettent leurs devoirs de loyauté politique. Les sympathies de race sont comme les notions de justice et d'honneur : elles ne connaissent pas de frontières.
Enfin, me: Frères, pour conserver et consolider cette unité morale dont l'absence stérili-
serait tous nos efforts, rien n’est plus essentiel
qu’une soumission filiale aux enseignements de l'Eglise et une docilité parfaite envers les chefs autorisés qui représentent Parmi nous son pouvoir. Cette docilité et cette soumission sont assurément nécessaires À {ot tes les nations chrétiennes ; elles le sont bien davantage à un peu-
200 DISCOURS ET ALLOCUTIONS ple qui, comme le nôtre, nourri tout d’abord et, pour ainsi dire, bercésur les genoux de l'Eglise, n’a vécu que sous son égide, n’a grandi que par ses soins pieux, et poursuit une mission inséparable des progrès de la religion sur ce continent. Plus une société témoigne de respect, plus elle accorde d'estime, de confiance et de déférence au pouvoir religieux, plus aussi elle acquiert de titres à cette protection, parfois secrète, mais toujours efficace, dont Dieu couvre, comme d’un bouclier, les peuples fidèles, Quelle garantie pour notre avenir! et combien le spectacle de ce jour est propre à affermir notre foi et à soutenir nos meilleures espérances ! L'Eglise et l'Etat, le clergé et les citoyens, toutes les sociétés, toutes les classes, tous les ordres, toutes les professions, se sont donné la main pour venir au pied de l’autel,en face de Celui qui fait et défait les empires, renouveler l'alliance étroite conclue non loin d'ici, à la naissance même de cette ville, entre la patrie et Dieu. Et pour que rien ne manquêât à la solennité de cet acte public, la Providence a voulu qu’un représentant direct de Sa Sainteté Léon XIIL, que d’illustres visiteur des fils distingués de notre ancienne mère-patrie, rehaussassent par leur présence l'éclat et la beauté de cette cérémonie. Eh! bien, mes frères, ce pacte social dont vous êtes les témoins émus, cet engagement na-
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tional auquel chacun, ce semble, est heureux de souscrire par la pensée et par le cœur, qu'il soit et qu'il demeure à jamais sacré ! Qu'il s'attache comme un signe divin au front de notre race! C’est la grande charte qui doit.
désormais nous régir. Cette charte, où sont.
inscrits tous les droits, où sont reconnues toutes les saines libertés, qu’elle soit promulguée partout, sur les portes de nos cités, sur les murs de nos temples, dans l'enceinte de nos parlements et de nos édifices publics ! Qu'elle dirige nos législateurs, qu’elle éclaire nos magistrats qu’elle inspire tous nos écrivains ! Qu'elle soir la loi de la famille, la loi de l’école, la loi de l’atelier, la loi de lhôpital! Qu'elle gouverne, en un mot, la société canadienne tout entière !
De cette sorte, notre nationalité, jeune encore, mais riche des dons du ciel, entrera d’un Pas assuré dans la plénitude de sa force et de sa gloire. Pendant qu’autour de fous d’autres peuples imprimeront dans la matière le sceau de leur génie, notre esprit tracera plus haut, dans les lettres et les sciences chrétiennes, son sillon lumineux. Pendant que d’autres races, catholiques elles aussi, s'emploieront à développer la charpente extérieure de l'Eglise, la nôtre par un travail plus intime et par des soins plus délicats Préparera ce qui en est la vie, ce qui en est le cœur, ce qui en est
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l’âme. Pendant que nos rivaux revendiqueront sans doute, dans des luttes courtoises, l’hégémonie de l’industrie et de la finance, nous, fidèles à notre vocation première, nous ambitionnerons avant tout l'honneur de la doctrine et les palmes de l’apostolat.
Nous maintiendrons sur les hauteurs le drapeau des antiques croyances, de la vérité, de la justice, de cette philosophie qui ne vieillit pas parce qu'elle est éternelle ; nous l’élèverons, fier et ferme, au-dessus de tous les vents et de tous les orages ; nous l’offrirons aux regards de toute l'Amérique comme l’emblème glorieux, le symbole, l'idéal vivant de la perfection sociale et de la véritable grandeur des nations.
Alors, mieux encore qu’aujourd’hui, se réalisera cette parole prophétique qu’un écho mystérieux apporte à mes oreilles et qui, malgré la distance des siècles où elle fut prononcée, résume admirablement la signification de cette fête : Eritis mihi in populum, et ego ero vobis in Deum!. Vous serez mon peuple, et moi je serai votre Dieu.
Ainsi soit-il, avec la bénédiction de Mgr l’Archevêque !