‹ Discours et allocutions [microforme]Chapitre 38 sur 58 · Cor. x · texte numérisé non relu

Cor. x

Et ce prélat lui-même, trop tôt enlevé à l'affection des siens, à la vénération de son clergé, à l'estime et au respect de tous ses diocésains, disons, pour clore ce modeste éloge, qu’il fut tout à la fois un noble évêque et un grand chrétien : un noble évêque, dont les œuvres redisent ‘ à l’envi l'intelligence et le zèle ; un grand chrétien, dont les vertus, poussées dans la douleur jusqu’à l’héroïsme, font et feront toujours l’admiration de ses concitoyens.

Du haut du ciel où l’ont sans doute déjà porté tant de mérites, où le porteront sûrement vos suffrages, il continuera, mes Frères, d'étendre sur ce diocèse son regard et son bras protecteurs. Il l’édifiera par le souvenir de sa vie hautement chrétienne ; il le soutiendra par la force et l’ardeur de ses prières. Il obtiendra du cœur de Dieu que les belles et saines traditions de foi et de patriotisme si fortement attachées au sol nicolétain, bien loin de subir aucune atteinte, s’y développent toujours davantage ; que les institutions et les œuvres d’où dépend votre avenir, marchent de progrès en progrès ; qu’une commune charité puisée aux sources divines, unisse tous les esprits, toutes les volontés, tous les cœurs, sous la houlette de celui qui sera dorénavant, et dans le sens le plus vrai, l'artisan éclairé de vos destinées et le père surnaturel de vos âmes.

Ainsi soit-il.

ÉLOGE DE MGR CYPRIEN TANGUAY Prononcé à la Société Royale du Canada .le 22 juin 1904

Messieurs,

"HONNEUR que vous m'avez fait en m’appe- L lant, je ne dirai pas contre mon gré, mais assurément contre mon attente, à prendre place ‘ dans vos rangs!', m’impose, avant toute chose, l’agréable devoir de vous en remercier. Je me sens, laissez-moi vous le dire, d'autant plus flatté de cette haute faveur qu’elle m’ouvre les portes d’une société où les sciences et les lettres j semblent s’être donné rendez-vous pour en faire ; un cénacle digne des vieilles contrées de l’Europe.

Avec une bienveillance et un désintéressement que j’admire, vous usez de l'autorité mise entre vos mains pour en opérer le partage ; vous vous

1. L’orateur prenait séance, ce jour-là même, à la Société eysh qui l'avait élu à la place vacante par le décès de Mgr anguay.

votre sollicitude toutes les productions de l’es-

prit, même les plus modestes ; Vous n’estimez

aucune science étrangère à ’œuvre d’encourage-

ment, d’émulation et de Progrès, que vous Pour-

suivez depuis plus de vingt ans, et qui a fait

surgir de notre sol littéraire toute une Végétae.

en laquelle tous se plaisent à reconnaître la plus Pure et la plus élevée des sciences,

la terre, et Comment aussi de ce foyer allumé et entretenu par Ja flamme religieuse s'échappe, à

buts SE

travers toutes les manifestations de la pensée de l’homme, un rayonnement de vie, de vérité et de beauté. Le plus haut génie poétique de l'Italie, Dante, ne puisa-t-il pas aux sources des dogmes et des mystères chrétiens ses meilleures et ses plus sublimes inspirations ? Et n’a-t-on pas vu, en des temps plus rapprochés de nous, un autre génie transcendant, l’immortel Léon XIII, donner au monde le spectacle d’une alliance merveilleuse entre la foi et l’art, entre la religion et les lettres, entre la théologie et la poésie ?

Ces ‘considérations, Messieurs, suffiraient, s’il en était besoin, pour établir quels rapports d’intimité et d’étroite parenté unissent la théologie et les autres branches du savoir ; elles suffiraient en même temps pour m'ouvrir toute grande la sympathie de vos esprits, si je n’en avais déjà reçu, par le fait même de mon élection, l’incontestable témoignage.

C’est pour moi un grand honneur que d’être admis à siéger dans cet aréopage des lettres canadiennes. Et c’est une faveur, dont je suis fier, que d’avoir été désigné comme le successeur, dans votre société, du regretté Mgr Tanguay.

Le nom de ce prélat n'est-il pas synonyme de labeur, d’érudition et de patriotisme ? Si nos travaux ne se ressemblent guère, et s'ils ne se sont développés ni dans le même ordre d'idées, ni dans le même cadre de vie, ils semblent ce-

pendant se rejoindre et se confondre dans une commune pensée et dans un commun désir : la pensée et le désir de servir la cause religieuse.

En effet, Messieurs, l’œuvre de Mgr Tanguay a été tout d’abord, et elle demeure avant tout une œuvre de religion.

L'auteur du “ Dictionnaire généalogique des familles canadiennes ”’ nous le déclare lui-même dans l'introduction de son ouvrage! : ‘“ Chargé comme curé de faire observer les lois de l'Eglise qui concernent les alliances entre parents, j'avais, dit-il, souvent remarqué comme ceux-ci oublient avec facilité les liens qui les unissent. Mais j'avais surtout été frappé des embarras de tout genre qu’on éprouve quand il faut déterminer, quelquefois au moment même du mariage, quels degrés de parenté existent entre les futurs époux. Mes vénérables confrères le savent mieux que moi. Les recherches auxquelles je dus me livrer dans ces circonstances, tout en augmentant mon goût et en me donnant plus de facilité pour ce genre d’études, me firent comprendre l'utilité, la nécessité même, d’un pareil dictionnaire : dès lors, je me décidai à l’entreprendre. ”

L'abbé Tanguay, comme tous les artisans de travaux durables, tenait de la nature même un goût inné et de singulières aptitudes pour l’œuvre

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