‹ Discours et allocutions [microforme]Chapitre 6 sur 58 · FERLAND, Cours d'Hist, du Canada, t. 1, p · texte numérisé non relu

FERLAND, Cours d'Hist, du Canada, t. 1, p

et cimenté de leurs Sueurs chacune des pierres sur lesquelles repose notre édifice social.

Qui ne se rappelle leur rôle bienfaisant dans les guerres qui mirent tant de fois en péril le sort de la colonie ? S’agissait-il de négocier la paix avec quelque tribu sauvage ? la croix du missionnaire désarmait les cœurs les plus farouches, et le prestige de sa voix, le spectacle de son courage, imposaient à l’égal de la plus puissante

ministres de Dieu que le colon soldat allait demander, en Partant, l’intrépidité dans la lutte

si troublée de son existence ; voyez-le aux prises, tantôt avec les fiers enfants des bois, tantôt avec les fils ambitieux d’Albion. Toujours la religion apparaît à ses côtés Comme son meilleur conseil et comme son plus ferme appui. On ne peut lire sans émotion ces pages dramatiques où l’histoire, mettant sous nos Yeux, parallèlement aux luttes suprêmes du régime français, les actes émanés de la chaire épiscopale, nous fait voir quelles Sympathies profondes régnaient entre le pasteur et son troupeau. On dirait un même cœur battant sous deux poitrines amies. Chaque victoire retentit dans l'âme de l'évêque comme un écho triomphant ; chaque défaite lui arrache

des larmes amères et des cris de doüleur.

Grâce à Dieu, cette union et cette collaboration de notre clergé et de notre peuple n’ont point cessé avec les guerres ni avec les besoins primitifs. Aujourd’hui comme jadis, l'Eglise est l’espoir du pauvre, le rempart de la race, la bienfaitrice de l’ouvrier, et l’inséparable compagne du colon. On sait avec quel courage elle dénonça, lorsqu'il le fallait, les visées tyranniques du pouvoir, et joignit sa voix à celle de toute la nation pour détourner de notre pays ce qu’elle regardait comme un très grave péril.

Cette liberté de langage, et cette noble et franche attitude ont soutenu les nôtres dans leurs revendications courageuses. On n’a pu sans doute terrasser, on a du moins fait reculer la secte fanatique si acharnée, chez nous, contre tout ce qui est catholique et français?.

De quel œil réjoui, mes Frères, l'Eglise canadienne ne voit-elle pas les vastes progrès qui vont s’accomplissant par la main de ses enfants ! Elle seconde de tous ses suffrages vos projets ingénieux ; elle loue de toute son Âme vos initia-

1. Voir, par exemple, au sujet de l’union projetée du Haut et du Bas Canada, les Mandements des Evêques de Québec, vol. Int, pp. 378-381.

2. Nous avons le regret de constater que, depuis 1889, le fanatisme combattu par nos pères s’est réveillé et a repris plusieurs fois l'offensive.

tives fécondes ; elle favorise de tout son pouvoir vos œuvres de transport, d'amélioration du sol, d'expansion et de rénovation agricole ; elle ouvre elle-même des paroisses, des comtés, des diocèses, et elle ne cesse d’appeler sur vous et sur tous vos travaux les bénédictions du ciel.

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Cependant, hâtons-nous de le dire, le progrès matériel, quelque enviable qu’il soit, n’est luimême qu’un élément bien médiocre dans le bonheur des peuples. C’est moins par la force des bras et des machines que par le jeu de l’intelligence qu’une nation s'élève au-dessus du niveau vulgaire où rampent les races inférieures.

Rien n’égale en ce monde la souveraineté de l’idée. Image du Verbe créateur, verbe elle-même de l'esprit humain, elle fait et défait les trônes ; elle domine les empires, les meut et les gouverne. C'est un soleil qui rayonne, une influence qui s'exerce, une autorité qui commande. Quand ce soleil luit sur une nation, quand les sciences et les lettres, dignes de la vérité qu’elles sont chargées de répandre, en projettent la lumière sur toutes les classes sociales, on peut affirmer sans crainte que cette nation grandit, et qu’elle s’achemine vers les sommets de la civilisation véritable.

Or, je le demande, n’est-ce pas l’Eglise catholique qui la première, par ses prêtres, ses missionnaires et ses apôtres, a fait briller sur ce continent d'Amérique, avec les clartés de la foi, le flambeau glorieux des lettres humaines ? n'est-ce pas À elle, pour une grande part, que nous devons cet amour de la science, ce culte de la vérité, cette religion de la pensée, dont nos pères nous ont légué l'héritage, et qui n’est Pas, nous pouvons le dire sans jactance, le moindre joyau de notre couronne ?

La colonie yenait de naître. Et déjà, malgré l’inévitable pénurie des hommes et des choses, et grâce au zèle d’âmes admirables et liées par le vœu du bien, non seulement l'instruction primaire était donnée aux enfants, mais les sciences fleurissaient sur ces plages nouvellement découvertes. Dès cette époque, en effet, dans le collège érigé par les Révérends Pères Jésuites, et qui se montrait l’émule des meilleures institutions de France, des thèses sur la philosophie et la physique pouvaient être soutenues avec succès en présence des autorités civiles et militaires.

À peine établie sur les rives Canadiennes, l'Eglise se faisait une gloire d’allumer au foyer du pays et au cœur même de la race, cette flamme d’idéal dont nos esprits ont vécu, et qui fait partout l’honneur des peuples civilisés.

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De quels bienfaits donc les générations actuelles ne sont-elles pas redevables au passé, à nos premiers centres scolaires, à nos premiers instituts d'hommes et de femmes, qui, pendant si longtemps, soit P&r eux-mêmes, soit par des écoles issues de leur sein, et alimentées de leurs sacrifices, ont répandu l'instruction dans toutes les classes du peuple, et ont tissé le fil d’or des nobles traditions de l'esprit entrées dans la substance même de notre patrimoine national !

Sans doute, en ce dernier siècle, les gouvernements civils, justement soucieux du progrès de l'éducation dans notre patrie, ont fait beau- Coup pour venir en aide à l'insuffisance des parents. Mais qui pourrait nier que, dans cet essor des idées et dans ce progrès des études, le Concou:3 le plus efficace appartienne à l'Eglise ? qui pourrait méconn-ttre les immenses services

que le catholicisme, protecteur né des arts, des sciences et des lettres, rend chaque jour à notre pays et à la jeunesse canadienne ?

Religion et lumière sont filles du ciel. Ouvrez, mes Frères, les mandements de nos évêques, les actes de nos conciles ; voyez ce que décrètent ces voix autorisées sur l'instruction de l’enfance, sur le rôle des sciences et des études philosophiques, sur le rôle et l'importance de l’enseignement supérieur ; comptez dans cette province les maisons d'éducation fondées par des

prêtres, et où la religion parle, enseigne, et dirige ; nombrez les hommes éminents, hommes d'Etat, hommes de plume, hommes de conseil, hommes d'action, que sa main a façonnés et que ses lèvres ont inspirés, et dites-moi si l'Eglise n'a pas été pour notre société sa boussole la plus sûre et son phare le plus lumineux.

Notre littérature elle-même doit à la religion ses conceptions les plus hautes et ses accents les plus pénétrés. Par elle ont été formés, et, soutenus, et encouragés la plupart de nos hommes de lettres ; et c’est d’elle, et de son esprit, que sont nées ces pages toutes Canadiennes qui célèbrent la foi de nos pères, la grandeur de leurs travaux, et l’héroïque simplicité de leur œuvre patriotique.

Un grand orateur a diti: « Les lettres sont le palladium des peuples véritables. Il n’y 8 que les peuples en voie de finir qui n’en connaissent. plus le prix; parce que, plaçant la matière audessus des idées, ils ne voient plus ce qui éclaire et ne sentent plus ce qui émeut. ” Sachons toujours, mes Trères, mettre les idées au-dessus de la matière, les progrès de l’esprit au-dessus du mouvement des affaires et du miroitement des richesses. C’est par le spiritualisme et la haute culture qu’une nation monte à la gloire.

L LACORDAIRE, 6e conf. de Toulouse.

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Mais cette gloire serait-elle solide, si elle n'avait

que la raison humaine pour appui ? et ne savonsnous pas que les esprits les plus cultivés et les peuples les plus policés, s'ils sont vides de Dieu, manquent de leur plus nécessaire élément de vie ? Malheur aux sociétés sans autels ! “La justice, dit l'Ecriture!, élève les nations ; mais le péché les abaisse et les rend misérables. ”

Et par justice, ici, que faut-il entendre ?

une religiosité vague ? Ja seule religion naturelle ? L'histoire proteste contre cette interprétation mensongère. Les Grecs avaient de l’esprit; les Romains, du savoir et des légions.

Et cependant, personne ne l’ignore, ces deux nations fameuses, viciées et dégénérées, ont roulé, avec leurs forums et leurs temples, sur la pente fatale d’une irrémédiable décadence. — Non, mes Frères ; une seule force peut prévenir de telles catastrophes : la religion du Christ, et l'Eglise que le Christ a constituée son orgar.e et l’indéfectible gardienne du décalogue et de la loi divine.

Cette religion, ai-je besoin de l'ajouter, c’est la nôtre. Cette Eglise, elle s’est penchée, amoureuse, sur notre peuple au berceau. Et c’est

1, Prov., xi1v, 34,

d’elle que nous tenons le trésor inestimable de notre vie religieuse. Et c'est par ses soins que cette vie de l’âme, jaillie, il y a deux siècles, des flancs de la France chrétienne, s’est maintenue

Ici se placent sur mes lèvres des noms que votre reconnaissance appelle, que votre piété exalte, et que les anges acclament. Brébœuf, Jogues, Lallemant : ah ! quels ancêtres dans la foi, quels héros de la charité, quels initiateurs <t quels apôtres ! vous fûtes, Ô martyrs glorieux,

a été pour l'humanité entière. C’est dans le sang d’un Dieu que l'Eglise universelle puise sa force et sa fécondité ; c’est dans le vôtre, dont vous fûtes si prodigues, et qui a rougi pro-

Cette sève surnaturelle, et cette vie si pure infusée dans l’âme de nos pères, l'Eglise, -par son influence et Par son travail, n’a cessé d’en activer les mystérieuses énergies.

Je ne redirai Pas avec quel zèle l’épiscopat ‘Canadien, suivant l'exemple du premier évêque de Québec, sut veiller, à toutes les époques, au maintien intégral des croyances et à Ja pureté

des mœurs publiques. Ces réflexions m'entrafneraient trop loin. Deux faits, cependant, dominent par leur importance les phases variées de notre histoire : et de deux manières également remarquables, je tiens à le rappeler, les chefs spirituels de notre race eurent l’honneur de la préserver des plus mortels périls.

L’hérésie, maîtresse de notre sol, eût voulu compléter son triomphe en extirpant du cœur des nôtres cette foi catholique qui en garde si jalousement le seuil. D'autre part, quelles pressions exercées sur notre peuple, et quels motifs spécieux offerts à son esprit, pour le soulever contre l'autorité légitime et pour l’entraîner hors des voies d’une franche loyauté !

Ces tentatives opposées n’ont pu faire fléchir la vertu de nos pères. Dociles aux enseignements de l'Eglise, ils sont restés fidèles et à leur Dieu et à leur Roi ; ils ont marché d’un pas assuré entre l’abîme de l’hérésie religieuse et le piège menteur de l’hérésie politique, et cette sage et loyale attitude les a sauvés.

Le catholicisme canadien grandit. Il se révèle, il s'affirme, il franchit même les bornes de ce pays.

Qui n’a présente à l'esprit cette mémorable expédition entreprise, il y a vingt ans, par une poignée de braves dont le drapeau mêle aujour-

d’hui sa gloire à celle de Carillon! ? C’es naturelle se,‘ la vie

reflue vers sa Source. Rome était menacée, Rome, la tête du monde chrétien, le centre d

t une loi

s, et aller, nouveaux ‘“ croisés

ne témoignent-ils tude morale mer-

un des signes dont Dieu se plaît à peuples prédestinés ?

Mais je vois d’autres si core, et par lesquel la faveur divine.

Dans un coin renommé de cet s'élève un Sanctuaire où affilu

de toutes nos paroisses, et jusque des États-Unis,

1. Les Zouaves Poutificaux, prése avec eux le drapeau de Carillon.

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