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LA LANGUE FRANÇAISE DANS LES ÉCOLES DE L'ONTARIO

Il nous paraît opportun de dire ici un mot des difficultés scolaires qui se sont récemment produites dans la province d'Ontario. Il y a deux ans, on se le rappelle, les dénonciations malheureuses de Mgr Fallon contre le système des écoles bilingues a provoqué contre ces dernières une agitation très vive. Il en résulta la nomination d'un commissaire, le docteur Merchant, qui fut chargé de faire une enquête sur la condition de ces écoles. Ce commissaire fit un rapport qui fut diversement apprécié. Et quelque temps après, au mois de juin dernier, le ministre de réducation de la province d'Ontario adressa aux commissions scolaires des écoles bilingues une circulaire, — portant le numéro 17, — qui a conquis une malheureus-e célébrité ! En voici les dispositions principales, celles qui ont provoqué chez nos compatriotes d'Ontario une légitime opposition. Les règlements et programmes d'études, prescrits pour les écoles publiques, devront être mis en vigueur dans les écoles confessionnelles, anglaises ou anglo-françaises, sauf en ce qui concerne l'instruction et les exercices religieux. De plus les modifications suivantes pour-

ront être faites au programme dans les écoles anglo-françaises: ''Là où c'est nécessaire, dans le cas d'élèves de langue française, le français pourra être employé comme langue de l'instruction et des communications, mais cet usage du français ne devra pas être continué au-delà du premier cours, sauf durant Tannée scolaire 1912- 1913, où le français pourra être aussi employé comme langue d'instruction et de communication, dans le cas d'élèves ayant dépassé le premier cours et qui, par suite d'un défaut de formation antérieure, sont incapables de parler et de comprendre l'anglais.'' Voilà pour le français comme médium d'instruction dans les écoles. Et voici pour le français comme matière d'étude : 'Tour l'année 1912-1913, dans les écoles où le français a été, jusqu'ici, une matière d'étude, les commissions d'écoles publiques ou confessionnelles, selon le cas, pourront, sujet aux conditions qui vont suivre, pourvoir à l'instruction en lecture, grammaire et composition française, dans les cours ou classes de I à IV [voir aussi, pour ce qui concerne le cours ou la classe V, le règlement des écoles publiciues, article 145(5)], en plus des matières prescrites pour les écoles publiques et confessionnelles. 1. Cette instruction en français ne sera donnée qu'aux seuls élèves dont les parents ou tuteurs en auront manifesté le désir. 2. Telle instruction en fran-

çais ne devra pas nuire à l'efficacité de 1" instruction anglaise, et les prévisions, pour cette instruction en français, dans Thoraire de l'école, seront sujettes à l'approbation et à la direction de l'inspecteur surveillant ; on ne devra pas, pour chaque journée, y consacrer plus d'une heure, dans chaque salle de classe.'' Une autre disposition de cette circulaire décrète que les écoles anglo-françaises ou bilingues seront soumises à la juridiction d'un inspecteur-surveillant, outre celle des inspecteurs ordinaires.

De ces dispositions il résulte que l'usage du français comme matière de classe, est restreint à une heure par jour. Nous n'hésitons pas à déclarer qu'à nos yeux, comme à ceux d'un grand nombre, ces dispositions sont mal inspirées et vexatoires. Elles constituent une restriction indue de l'usage du français comme médium d'instruction dans les écoles bilingues, et à l'enseignement du français dans ces écoles.

Nous tenons pour incontestable que les parents canadiens-français d'Ontario ont un droit naturel et sacré à ce que leurs enfants apprennent parfaitement leur langue maternelle. Le français n'est pas une langue étrangère, au Canada. C'est la langue, la langue magnifique et harmonieuse de l'une des deux grandes races qui ont fondé et développé ce pays. Et les parents canadiens-français d'Ontario ont un droit absolu à

ce que, dans les écoles maintenues par le produit de leurs taxes et de leurs cotisations, cette noble langjie ne doit pas ostraciser ni étoulîer l'autre ; ^%^\ïïpiS)i!iû enseignée à leurs enfants. Ils tiennent énergiquement à ce droit, et ils ont raison. Cela ne les empêche pas de comprendre, d'autre part, que, dans l'intérêt même de leurs enfants, ils doivent leur faire apprendre également Tanglais. Non, dans les écoles bilingues d'Ontario, une langue ne doit pas ostraciser ni étouffer l'autre ; mais il faut trouver le moyen de les faire enseigner toutes deux aussi bien que possible. Voilà ce à quoi doivent tendre les efforts du gouvernement ontarien. Ce résultat peut être obtenu si l'on y met du bon vouloir, un grand esprit de libéralité et d'équité, une entente judicieuse de la situation. Nous estimons qu'un homme à l'esprit large comme Sir James Whitney devrait être tenté par cette tâche éminemment patriotique.^

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