DISCOURS A L'ASSOCIATION DES ÉTUDIANTS
est la parole ; ne l'appelez pas, ne la pressez pas. Je vais vous donner à cet égard quelques-unes de mes recettes. Reposez-vous d'un travail par un autre; ayez des objets d'étude assez divers. Les cases du cerveau occupées par un travaillaissent des vides, qui sont avantageusement remplis par un autre travail. Il y a un beau mot d'un vieux rabbin du premier siècle. On lui reprochait de faire déborder le vase de la Loi en y mettant trop de préceptes: « Dans un tonneau plein de noix, répondit-il, on peut encore verser plusieurs mesures d'huile de sésame. » Que c'est bien dit! Oui, on peut faire à la fois des choses très diverses, à condition de les caser dans les interstices les unes des autres. Le temps qu'on donne au travail n'est pas seulement celui qu'on passe devant sa table et son écritoire. Il faut savoir travailler toujours , ou , pour mieux dire , il faut s'arranger pour que le temps du travail et celui du repos ne soient pas distincts. Pendant que vous causez, si la conversation ne vous passionne pas beaucoup, suivez vos idées. De même, pendant vos promenades, pendant vos repas, pendant tous les actes de la vie.
Ne mettez pas de bornes à votre curiosité ; aspirez à tout savoir ; les limites viendront d'ellesmêmes. C'est ici surtout que je vous porte envie.
24a DISCOURS ET CONFÉRENCES.
Dans rhiimanité, les derniers venus sont les privilégiés. Que de choses vous saurez que nous ne saurons jamais! Que de problèmes dont j'achèterais la solution par des années de vie, si j'en avais à ma disposition, seront clairs pour vous ! Les sociétés modernes sortiront-elles de la crise où elles sont engagées? Les questions sociales sont-elles des impasses comme les essais manques du xiv' et du xv^ siècle, ou bien Irouveront-elles des solutions applicables? Que sera le monde en 1920 ou 1930? Et, dans l'ordre purement scientifique, à quelles vues arrivera-t-on sur la race, l'embryon, l'espèce, l'individu, la vie, la conscience? En histoire, de quelles admirables découvertes vous jouirez, si ces belles recherches se continuent. Dans cinquante ans, la littérature babylonienne comptera des vingtaines de volumes, et on la lira. A l'heure qu'il est, nous avons deux inscriptions hébraïques anciennes, qui sont pour le pauvre historien comme des phares lumineux dans cette obscure antiquité. Vous verrez peut-être un temps où l'on en connaîtra des dizaines. Voilà un bonheur dont vous vous ne doutiez pas. Ah î que je vous porte envie ! Que je voudrais ressusciter dans cinquante ans !
Soyez toujours de très honnêtes gens. Vous ne pourriez pas bien travailler sans cela. II me semble