DISCOURSA L'ASSOCIATION DES ÉTUDIANTS
qu'on ne saurait bien travailler, ni même bien s'amuser, que si on est un honnête homme. La gaieté de la conscience suppose une bonne vie. Il y a des sujets déUcats; il est convenu qu'on n'en parle pas. Mais vous me témoignez tant de confiance que je vous dirai tout ce que je pense. Ne profanez jamais l'amour ; c'est la chose la plus sacrée du monde; la vie de l'humanité, c'est-à-dire de la plus haute réalité qu'il y ait, en dépend. Regardez comme une lâcheté de trahir la femme qui vous a ouvert pour un moment le paradis de l'idéal ; tenez pour le plus grand des crimes de vous exposer aux malédictions futures d'un être qui vous devrait la vie et qui, par votre faute peut-être, serait voué au mal. Vous êtes des hommes d'honneur; regardez cet acte, qu'on traite avec tant de légèreté, comme un acte abominable. Mon opinion est que la règle morale et légale du mariage sera changée. La vieille loi romaine et chrétienne paraîtra un jour trop exclusive, trop étroite. Mais il y a une vérité qui sera éternelle, c'est que des relations des deux sexes résultent des obligations sacrées, et que le premier des devoirs humains est de s'interdire, dans l'acte le plus gros de conséquence pour l'avenir du monde , une coupable étourderie.
N'oubliez jamais que, par votre éducation excep-
tionnelle, vous avez des devoirs plus stricts que les autres envers la société dont vous faites partie. Pauvre France!... Vous la verrez, j'en suis sûr, vengée, florissante, apaisée. Ayez une règle absolue : c'est de suivre la France, c'est-à-dire la légalité, malgré toutes les objections, toutes les répugnances, toutes les antipathies. Que ce soit là le panache blanc qui vous guide. Ne vous brouillez jamais avec la France. Donnez-lui toujours de bons conseils ; ne vous fâchez pas si elle ne les suit pas. Elle a peutêtre eu ses raisons pour cela. Quelque chose de mystérieux agite ce peuple; suivez-le, même quand il refuse de vous écouter, quand il s'abandonne aux plus indignes. Ne vous croyez pas obligés de prendre des airs consternés, parce que les choses ne vont pas de la façon que vous croyez la meilleure. Que de fois on arrive à se féliciter que l'avis qu'on avait émis n'ait pas été suivi et que les événements vous aient donné tort.
En politique, si c'est à une brillante carrière que vous tenez, ne suivez pas trop mes conseils. J'ai visé par-dessus tout, dans ma vie, à conserver le repos de ma conscience, et j'y ai réussi. Je suis, par essence, un légitimiste; j'étais né pour servir fidèlement, et avec toute l'application dont je suis capable, une dynastie ou une Constitution tenues pour autorité