FUNÉRAILLES DE M. STANISLAS GUYARD
latanisme et de toute hypocrisie. On sentait, derrière sa modestie, les qualités essentielles du savant, la droiture et l'indépendance du caractère, la sincérité absolue de l'esprit.
Bientôt des travaux de haute valeur se succédèdèrent. Guyard s'attaqua successivement aux problèmes les plus difficiles des langues et des littératures de l'Asie occidentale. Les questions déhcates relatives au khalifat de Bagdad, l'histoire des Ismaéliens et des sectes incrédules au sein de l'islam, la métrique arabe, où tant de choses nous surprennent, les formes bizarres de ce qu'on appelle les pluriels brisés, chapitre si curieux de la théorie comparée des langues sémitiques, furent pour notre savant collègue l'objet de travaux approfondis, toujours fondés sur l'étude directe des sources. Sa lecture de l'arabe était rapide et sûre. Quand une société composée des arabisants les plus éminents de toute l'Europe se partagea le travail immense d'une édition complète du texte des Annales de Tabari, M. Guyard se chargea d'un volume, et c'est grâce à lui que la France a été représentée dans cette entreprise monumentale. L'achèvement de la traduction de la Géographie d'Aboulféda, commencée par M. Reinaud, lui fut confié. Attaché comme auxiliaire au Recueil des historiens arabes des croi -
sades, publié par TAcadémie des inscriptions et belles-lettres, M. Guyard a été, en ce travail, pour M. Barbier de Meynard, le plus précieux de ses collaborateurs.
Tous les grands problèmes l'attiraient. L'intérêt hors ligne que présente l'assyriologie le frappa; il est probable que, s'il eût vécu davantage, il eût de plus en plus tourné ses études de ce côté. Il voyait l'immense avenir d'une science qui nous fournira un jour sur la haute antiquité des lumières inattendues. Son nom figurera parmi ceux des vaillants travailleurs qui auront marché au premier rang à la conquête de ce monde nouveau.
Comme professeur d'abord à l'École des hautes études, puis parmi nous, M. Stanislas Guyard n'a pas rendu de moindres services. Il savait s'attacher ses élèves, leur inspirer le goût du travail qui le remplissait lui-même. Son assiduité était admirable ; il aimait à dépasser à cet égard les obligations qui nous sont imposées. L'amour du bien public, le sentiment abstrait du devoir formaient l'unique mobile de sa vie. Il était, dans les relations privées, d'une douceur charmante; ses frères, ses sœurs> l'adoraient. Tout ceux qui Tout approché ont gardé de lui l'impression de quelque chose de supérieur.