LE 10 MAI
Messieurs,
L'Académie des inscriptions et belles-lettres ne saurait rester muette devant cette tombe, près de se refermer sur Tun des hommes qu'elle est le plus fière d'avoir possédés dans son sein. On vient de vous dire avec éloquence les services de l'homme d'Etat, les qualités de l'orateur, les rares mérites de l'écrivain. Qu'il soit permis à notre compa-
gnie, gardienne des souvenirs et des œuvres du passé, de montrer les sources où M. Yillemain puisa cette noble et saine activité, cet amour désintéressé du beau, cette libérale conception de la vie, qui le soutint dans sa longue carrière et Tempêcha de défaillir jamais. L'étude de l'antiquité n'était pas pour lui une simple recherche de curiosité; il demandait aux anciens des exemples et des leçons, des exemples de l'association intime du bien faire et du bien dire, des leçons de goût, de mesure, d'honnêteté, données avec l'autorité du génie. Expressions parfaites d'un idéal où la raison, la vertu et la beauté sont inséparables, les littératures antiques, soit sous leur forme profane, soit sous leur forme chrétienne, étaient pour lui une révélation lumineuse, où il trouvait à toute heure ce qui nourrit l'esprit et réchauffe le cœur. Son goût littéraire n'était pas l'admiration banale qui s'arrête au beau langage ; c'était un salutaire commerce avec un monde plus pur que le nôtre, un sentiment fdial pour ces vieux sages dont nous faisons à bon droit les précepteurs et les consolateurs de notre vie.
Aux plus brillants succès de son talent d'écrivain et d'orateur, il eût préféré la bonne fortune de découvrir un de ces chefs-d'œuvre de la poésie