II PRÉFACE
offrent des pensées qui se ressemblent. On a mieux aimé compter sur cette indulgence que de pratiquer des suppressions qui eussent changé le caractère de petites pièces marquées au coin d'une inspiration toute spontanée. La parole une fois émise est un l'ait qui a une date. Il n'y faut rien changer, même quand, en se relisant à huit et dix ans de distanco, on peut trouver que certaines assertions seraient à confirmer, d'autres à atténuer, quelques-unes à présenter sous un jour différent.
Le morceau de ce volume auquel j'attache le plus d'importance et sur lequel je me permets d'appeler l'attention du lecteur, est la conférence : Qu'est-ce quime nation ? J'en ai pesé (Jiaque mot avec le plus grand soin ; c'est ma professiondefoiencequitoucheleschoseshumaines, et, quand la civilisation moderne aura sombré par suite de l'équivoque funeste de ces mots : nation, nationalité, race,]e, désire qu'on se souvienne de ces vingt pages-là. Je les crois tout à fait correctes. On va aux guerres d'extermination, parce qu'on abandonne le principe salutaire de
PRÉFACE. m
Tadhésion libre, parce qu'on accorde aux nations, comme on accordait autrefois aux dynasties, le droit de s'annexer des provinces malgré elles. Des politiques transcendants se raillent de notre principe français, que, pour disposer des populations, il faut préalablement avoir leur avis. Laissons-les triompher à leur aise. C'est nous qui avons faison. Ces façons de prendre les gens à la gorge et de leur dire : « Tu parles la même langue que nous, donc tu nous appartiens, )> ces façons-là sont mauvaises ; la pauvre humanité, qu'on traite un peu trop comme un troupeau de moutons, finira par s'en lasser.
L'homme n'appartient ni à sa langue, ni à sa race : il n'appartient qu'à lui-même, car c'est un être libre, c'est un être moral. On n'admet plus qu'il soit permis de persécuter les gens pour leur faire changer de religion; les persécuter pour leur faire changer de langue ou de patrie nous paraît tout aussi mal. Nous pensons qu'on peut sentir noblement dans toutes les langues et, en parlant des idiomes divers, poursuivre le même idéal. Au-dessus de la