ADRESSE
DE LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE A SA GRANDEUK MONSBIGNEUR BÉGIN, ARCHEVÊQUE DE QUÉBEC
MOXSEIGNEUR,
Une des traditions les plus chères de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec est celle qui la ramène tous les ans devant le premier pasteur de ce diocèse, pour lui renouveier l'expression fe son respect et de son filial attachement, Notre association voit dans cette démarche autre chose qu'un acte de courtoisie officielle et banale ; elle y voit l'affirmation du lien indissoluble qui unit notre foi patriotique à notre foi religieuse. Ce Len, formé à la première aurore de notre vie nationale, existe depuis bientôt trois siècles 5 il à fait notre force, il a été notre sauvegarde aux jours de crises, et si nous sommes aujourd'hui un peuple homogène et libre, c'est à Iui que nous Île devons.
Cette vérité historique, reconnue même par des écrivains étrangers qui ne partagent pas nos croyances, nous tenons à la proclamer plus solennellement que jamais en ce jour où notre so-
ciété célèbre le soixantième anniversaire de sa fondation. Nous tenons à redire que, dans nos cœurs, l'amour de l'Eglise et l'amour de la Patrie se confendent en une harmonie grandiose, que ces deux saintes et pures flammes n'en font qu'une, et que le patriotisme canadien-français est d'une trempe qui lui à permis de traverser victorieuse ment les plus grands désastres, parce qu'il est un patriotisme à la fois religieux et national.
Notre histoire porte à chaque page la démonstration de ce grand fait. Qu'il nous suftise de éappeler ici deux noms et d'évoquer deux souven'es: Laval et Plessis ! Laval, la fondateur de l'Eglise canadienne, le créateur d'institutions qui ont donné à notre peuple l'aliment intellectuel et moral, sans lequel aucune nation ne peut vivre ; et Plessis, l'athlète intrépide, le défenseur de nos libertés religieuses et politiques, qui, pendant un quart de siècle, fut la plus grande figure de notre rice, La vie de ces deux glorieux évêques met en pleine Jumière le pacte qui a été conclu dès Porieine entre l'Eglise catholique et la nationalité canadienne-française ; pacte auguste et fécond que nous demandons à Dieu de maintenir toujours dans son intégrité admirable et dans son efficacité puissante, pour ie bonheur de notre bien-aimée patrie.
Monseigneur, vous êtes le digne successeur de
ces illustres prélats, sur Ie vénérable siège de
Québec. Héritier de leur cœur et de leur génie, vous continuez glorieusement leur œuvre. Au nom de la Nociété St-Jean-Baptiste.—disons mieux, sans crainte d'être démenti par le peuple qui nous entoure,—au nom de notre nationalité tout entière, profitant de l'inoubliable démonstrition qui nous réunit dans ce site superbe et fameux, si fertile en émouvantes réminiscences, devant cet autel où votre parole a fait descendre la majesté de Dieu, nous venons renouveler entre vos mains notre serment de fidélité à l'Eglise, qui pour aucune nation du monde ne s'est Montrée plus mate nelle qu'elle ne l'a été pour nous.
Veuillez recevoir, Monseigneur, cette affirmation de notre religieuse allégeance. Et daignez accepter en même temps l'assurance de notre plus entier et de notre plus respectueux dévouement pour votre personne.
Québec, 23 juin 1902.