‹ Discours et conférences [microforme]Chapitre 7 sur 53 · VIE · texte numérisé non relu

VIE

Pour compléter l'œuvre accomplie graduellement pendant le cours du dix-neuvième siècle, il ne reste donc plus au parlement anglais qu'à délivrer le roi de cette déclaration répudiée par tout le monde. Nous espérons avoir démontré dans

cette étude que cet acte ‘impose, que le parlement impérial ne peut S'y soustraire, qu'il doit

cela au souverain, et qu'il le doit aussi aux douze millions de catholiques, fidèles sujets de ce vaste empire, dont la loyauté mérite autre chose qu'une sanglante injure, qu'un éclatant soufflet donné par la main royale à l'aurore de chaque nouveau règne,

Pourquoi cette déclaration, débris nuisible d'un âge disparu, serait-elle maintenue aujourd'hui ? ülle n'est pas nécessaire pour garantir la succession protestante de la couronne. Cette garantie est sous la sauvegarde du Bill of Rights et de l'Act of Settlement. D'un autre côté, le serment du couronnement contient des engagements qui datent de la révolution de 1688, et qui sont de nature à satisfaire les plus défiants. Par conséquent la déclaration est inutile. Et de plus, elle est offensante, Donc elle doit disparaître.

Elle à été condamnée par la chambre des commures, elle à été condamnée par la chambre des lords, elle a été condamnée par l'esprit de notre âge, et par tout l'ensemble des lois réparatrices et libératrices qui ont été adoptées depuis un siècle. Désormais les catholiques sont les égaux de leurs concitoyens protestants dans la jouissance des droits civils et politiques, dans l'accès aux charges, aux fonctions et aux dignités de l'Etat. Ils peuvent être membres du parlement ; ils peuvent administrer la justice au nom du roi ; ils peuvent commander les armées et les flottes ; ils

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peuvent être gouverneurs des colonies, vice-rois des Indes ; ils peuvent faire partie du conseil privé du souverain ; ils peuvent entrer dans le cabinet, et demain un catholique peut devenir premier ministre de l'empire britannique. Pour eux, —grâces en soient rendues à Dieu et à l'équité de l'Angleterre contemporaine, —la liberté, la considération, l'estime et la possession de tous les droits, a remplacé l'ostracisme, la haine et Ta persécution, Le trône n'a pas de soutiens plus dévoués, la patrie de fils plus passionnément épris de sa grandeur et de sa gloire. IIS versent leur sang pour le drapeau sur les champs de bataile lointains, et, dans la vie civile, ils figurent parmi les plus actifs et les plus efficaces coopérateurs à l'œuvre du bien public.

Et l'on continuerait à imposer au souverain d'Angleterre l'indigne obligation de leur € acher à la figure, au moment solennel où il monte les degrés du trône ! Ce jour de réjouissance et d'allégresse nationales, devrait rester un jour de honte et d'humiliation pour douze millions de sujets britanniques ! Dans la cérémonie auguste et pacifique où le monarque constitutionnel de la Grande-Bretagne et de l'Irlande rencontre, pour la première fois, les représentants de la nation, unis dans un commun sentiment de joie, de fidélité et d'harmonie patriotique, il serait forcé d'évoquer le spectre des antiques discordes, des passions

mortes, des haines évanouies ! Ces pairs, les premiers de leur ordre par l'illustration de leur race, ces commoncrs distingués, ces ministres éminents, ces guerriers intrépides, ces prélats vénérables par leur science et leurs vertus, il reconnaîtrait leur dévouement et leurs services en leur imprimant une flétrissure ! Voyons, nous le demandons à tout homme de bonne foi, est-ce que cela n'est pas absurde et indéfendable ?

Le roi l'Angleterre, en montant sur le trône, a été obligé de traiter d'idolâtres quelques-uns des hommes qui ont fait l'honneur de l'Angleterre, Idolàtre, Faber, idolâtre, Newman, idolâtre, Manning, idolâtre, lord Russell, juge-en-chef de la Grande-Bretagne, idolâtre, lord Ripon, vice-roi des Indes ! Il a été obligé de traiter d'idoltre l'immortel et saint Pontife Léon XITT, à qui sa mère la reine Victoria témoignait une si juste vénération, et qui venait de lui exprimer sa profonde sympathie à l'occasion de la mort de cette noble souveraine ! Il à été obligé de traiter d'idolàtres les rois ses alliés, le roi des Belges, le roi du Portugal, qui, hier encore, S'inclinaient à ses cÔôtés, sur la tombe de la royale défunte !

Non, elle ne peut être maintenue, cette déclaration odieuse qui constitue le plus monstrueux des anachronismes, qui reste comme un souvenir immuable d'intolérance et de tyrannie, lorsque tout s'est transformé en Angleterre sous le souffle de

Ja liberté, Elle ne peut être maintenue, cette déelaration dans laquelle le roi seul, le souverain de trois cent millions d'hommes, reste emprisonné, lorsque tous ses sujets ont été libérés de son humiliante servitude,

Au nom de la justice, au nom des lois émancipatrices, au nom du droit publie de l'Angleterre contemporaine, au nom des temps nouveaux, et pour l'honneur de li couronne et de la nation britanniques, nous demandons qu'elle soit abrogée, qu'elle soit effacée des stituts de cet empire,

Québec, mars 1901.

Neuf ans après.—Ce ne fut qu'après plusieurs tentatives infructueuses, sous le règne d'Edouard VII, que la formule outrageante fut modifié, à l'avènement de Georges V. Au mois de juin 1910, le gouvernement Asquith présenta un projet de loi qui substituait à l'ancien texte le suivant: “Nolennellement et sincèrement, en présence de Dieu, je professe, témoigne et déclare être un membre fidèle de l'église protestante réformée, établie par la loi en Angleterre, conformément à l'esprit véritable des décrets qui assurent la succession protestante au trône de mon royaume, Je soutiendrai et maintiendrai les dits décrets de tout mon pouvoir, conformément à la loi.” Au dernier moment, M. Asquith, sous la pression des

non-conformistes, dut changer les mots : “je déclare être un membre fidèle de l'église protestante réformée", par ceux-ci: “je déclare que je suis un fidèle protestant.” Le texte ainsi amendé fut voté par 410 voix contre S4 dans la chambre des communes. La chambre des Lords l'adopta sans division, Cet heureux événement inspirait à l'auteur de l'étude sur le Serment du roi, repr'oduite plus haut, ies commentaires suivants:

“Dieu soit loné! Le Parlement d'Angleterre 4 consommé l'acte de justice et de réparation que réclamaient douze millions de catholiques, fidèles sujets de Sa Majesté George V. Le bill adopté par la chambre des Communes pour amender ja formule du serment royal, comme nous l'avons indiqué dans notre dernière revue, a été voté par la chambre des lords, sans que les rares oppo- Sants aient osé demandé que la chambre se divi- St. Lorsque la seconde lecture du projet de loi a été proposée, lord Kirmaid a fait une motion dilatoire—pour ajourner la question àÀ l'automne—qui à été repoussée à la quasi unanimité de la chambre. Dans la discussion sur le mérite du bill, l'archevêque de Cantorbéry, le primat protestant d'Angleterre, a prononcé les paroles suivantes: “Nous touchons au terme d'une vieille inimitié qui a été pernicieuse et vexatoire au plus haut degré. Le changement proposé, en libérant le souverain d'ane obligation désagréable, fera

honneur à notre sens commun chrétien.” Et lord Lansdowne, à son tour, a fait cette déclaration : “Saluant les très heureux auspices d'uu nouveau règne, je désire qu'il ne soit pas défiguré à son début par des animosités religieuses." Le due de Norfolk, au nom des catholiques, à exprimé la joie et la gratitude que leur fait éprouver la modification de la formule. Lord Halifax, le chef laïque le plus éminent de ce que l'on appelle la High Church, à aussi chaleureusement approuvé l'amendement de la déclaration royale. Après un débat de deux heures et demie, le bill a passé sans division. Nous nous réjouissons de cette victoire catholique, qui est, pour mieux dire, une victoire de la justice et de la raison. Et nous nous applaudissons que l'esprit de tolérance et d'équité ait fait depuis dix ans d'aussi urands progrès en Angleterre, A l'avènement d'Edouard VIE, en effet, les catholiques de l'empire tentèrent de faire modifier la formule outrageante pour leurs croyances, IIS pétitionnèrent, ils écrivirent, ils parlèrent, ils adoptèrent des résolutions, ils agitèrent énergiquement la question, Et tout cela en vain. Je me trompe; rien de tout cela ne fut stérile. A ce moment, Îles revendications catholiques ne triomphèrent pas, sans doute. Mais la semence était jetée en terre, l'opinion anglaise était ébraniée, les derniers

préjugés étaient sapés à leur base, et les appro-

ches étaient déblayes pour un dernier et décisif assaut. Les efforts, les protestations, les plaidoyers, toute la campagne d'il y a neuf ans portent aujourd'hui leurs fruits. Et c'est là une leçon précieuse de constance et de persévérante énergie. Quand on combat pour une cause, il ne faut pas songer seulement au succès immédiat, à la victoire prochaine ; il ne faut pas se laisser décourager par les échecs même répétés, ni par les nuages qui barrent devant soi l'horizon. Il faut lutter quand même pour la vérité et la justice, et combattre, d'abord par devoir, et ensuite en vue de l'avenir, qui fréquemment répare les erreurs et les iniquités du présent.

“Nous écrivions en 1901: “Pour compléter l'œuvre accomplie graduellement pendant le cours du dix-nenvième siècle, il ne reste plus au parlement anglais qu'à délivrer le roi de cette déclaration répudiée par tout le monde.” Au:

jourd'hui elle est complétée, cette œuvre de réparation nécessaire ; et c'est un honneur pour la chambre des communes et la chambre des lords de la Grande-Bretagne d'avoir rempli ce devoir. Cet acte heureux nous semble d'un favorable augure pour le règne de notre nouveau souverain," (Rerue Canadienne, septembre 1910, p.

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