PRONONCÉ À L’UNIVERSITÉ LAVAL
Monseigneur,
Mesdames, Messieurs,
Ce n’est pas sans une profonde émotion que je me lève en ce moment pour rendre un funèbre hommage à la mémoire de l’éminent disparu dont on m’a prié de prononcer l’éloge. En m’inclinant, il n’y a pas deux mois encore, devant la tombe où il allait attendre son dernier réveil, j’y voyais descendre avec lui trente-six ans de relations amicales et de constants rapports intellectuels. Et les réminiscences lointaines, les souvenirs vivaces accouraient en fou-
le, assiégeaient mon esprit et remuaient mon coeur. Ces impressions, je les ressens de nouveau ce soir au moment de vous rappeler en quelques mots ce que Joseph-Edmond Roy a été et quelle fut son oeuvre. Et il me faut en écarter le flot tumultueux pour savoir me circonscrire, tel qu’il est convenable dans une séance comme celle qui nous rassemble.
Ce qu’il a été! Au lendemain de ses funérailles, il y a quelques semaines, ses amis se félicitaient avec une joie mélancolique de l’extraordinaire et magnifique concours qui les avait signalées. Et ils y voyaient avec raison un pur hommage, un témoignage sincère et désintéressé rendu à la valeur personnelle, au talent, à l’intelligence, au travail de la pensée, au labeur et aux productions de l’esprit. En effet ce n’était pas un personnage officiel que l’on escortait au lieu du repos. Joseph-Edmond Roy n’avait occupé aucune de ces grandes fonctions publiques qui, par elles-mêmes, mettent un homme en lumière et le désignent à l’attention de la foule. Brièvement, voici quel était le résumé de sa carrière. Il était né à Notre- Dame de Lévis en 1858. Après d’excellentes études au séminaire de Québec et à l’université Laval, suivant l’exemple paternel il avait embrassé la profession notariale. Admis à la pratiquer en 1881, il instrumentait paisible-
ment dans sa ville natale pendant un quart de siècle, essayant vainement, à trois reprises — en 1883, en 1886, et en 1896 — de prendre pied dans la politique, et n’atteignant, en fait d’honneurs civiques, dans toute sa carrière, que les fonctions honorables de conseiller et de maire, dans la sphère modeste de l’administration lévisienne. Entre temps, il avait usé quelques plumes à faire du journalisme impersonnel et souvent ignoré. Et plus tard, ses confrères lui avaient confié la tâche ardue de rédiger et de diriger une revue destinée à un public spécial, La Revue du Notariat. Elu membre de la Société Royale en 1899, il en était devenu le président en 1908; et c’était là assurément, dans l’ordre littéraire, une distinction flatteuse. Mais presque toute sa vie devait s’écouler dans son étude silencieuse, au milieu de ses dossiers et de ses livres. Durant ces dernières années seulement, après beaucoup d’hésitations, il avait quitté ce milieu familier pour accepter une charge d’officier spécial dans le bureau des archives canadiennes à Ottawa, où la maladie et la mort étaient venues prématurément le surprendre. Et c’était tout.
Je me trompe, Messieurs, ce n’était pas tout. Durant trente ans, cet homme avait fourni un labeur immense ; il avait accumulé des trésors d’érudition; projeté des clartés nouvelles
sur la vie de nos ancêtres, et sur les époques primitives de notre histoire ; conçu et édifié des oeuvres fortes et substantielles, où la science des faits s’alliait au charme du style; contribué à donner parmi nous aux études historiques une puissante impulsion. Il avait écrit ces deux ouvrages d’une valeur capitale, l’Histoire du Notariat au Canada, et l’Histoire de la Seigneurie de Lauzon, la première en quatre volumes, la seconde en cinq volumes, qu’un tome posthume viendra compléter bientôt, nous en avons l’espoir. Et, outre ces livres considérables, il laissait encore je ne sais combien de savoureuses monographies: l’Ordre de Malte en Amérique, Voyage au pays de Tadoussac, le Premier colon de Levis, Claude de Bermen de la Martinière, le Baron de Lahontan, Lettres du Père Duplessis, Bacqueville de la Potherie, et d’autres encore, sans compter une foule d’études, de- conférences et d’articles, éparpillés dans nos journaux et nos revues. On reste étonné lorsque l’on considère la prodigieuse somme de travail accompli par ce cerveau fécond et par cette inlassable plume.
Arrêtons-nous un instant devant ses deux oeuvres majeures. L 'Histoire du Notariat, nous l’affirmons aux profanes qui seraient tentés d’y voir une aride et indigeste étude, est de nature à intéresser ceux-là mêmes qui ne peu-
vent réclamer le titre antique de tabellions, conféré jadis aux membres de la profession notariale. Par un procédé qui lui est familier, et que l’on retrouve à chaque étape de son oeuvre si vaste, l’auteur élargit son cadre, et y fait entrer, comme par une annexion toute naturelle, une foule de sujets qui n’auraient pas semblé d’abord pouvoir y trouver place. On voit des notaires jouer un rôle honorable, dès les premières pages de nos annales. Ils ont été secrétaires, greffiers des gouverneurs ou des conseils. Ils ont rempli des fonctions de confiance. Ils se sont trouvés mêlés intimement aux développements et à la vie sociale de la colonie naissante. Et cela permet à M. Roy de nous esquisser des tableaux, de nous rappeler des souvenirs, d’évoquer des figures historiques, de reconstituer pour nous un passé souvent mal connu, tout en ne s’écartant pas — ou en s’écartant si peu — de son sujet : le notariat et les notaires. Heureuse profession ! pins heureuse que sa soeur du barreau, pourtant plus ambitieuse; car celle-là est étroitement liée à notre vieille et glorieuse histoire, tandis que celle-ci en fut longtemps bannie par un propos outrageusement délibéré, comme l’atteste une solennelle déclaration du Oonseil Souverain de Québec, où l’on peut lire en toutes lettres: “Il n’v a point d’avocats et de procu-
reurs en ce pays, et il n’est pas à propos d’y en établir.” Heureuse, surtout, ajouteronsnous, la profession notariale, d’avoir eu dans son sein un membre éminent, doué du don historique, et capable, en écrivant ses fastes, d ’en faire une partie intégrante des annales mêmes de la patrie.
L 'Histoire de la Seigneurie de Lauzon réserve au lecteur une jouissance intellectuelle du même ordre, mais peut-être plus accentuée encore. La seigneurie de Lauzon, c’est Lévis et ses alentours; et Lévis, nous l’avons vu, fut le berceau de l’écrivain. C’est donc avec une prédilection, avec une joie, avec une ferveur spéciales, qu’il aborda ce sujet et qu’il écrivit ce livre. Pour celui qui s’intéresse à notre histoire, et, afin de préciser notre pensée en insistant sur une nuance, pour celui surtout qui s’intéresse non seulement à l’histoire de notre pays mais à celle de notre peuple, cette oeuvre est pleine d’un irrésistible attrait. Des esprits critiques me diront peut-être qu’elle est d’une extraordinaire amplitude, que ses proportions sont bien vastes, qu’elle s’approprie et s’incorpore une pléthore de matériaux superflus, qu’elle nous promène à travers une trop opulente végétation documentaire et une efflorescence d’érudition trop touffue. Sans vouloir m’attarder à discuter ces ré-
serves, je m’empresserai d’affirmer, même en consentant quelques admissions, que V Histoire de la Seigneurie de Lauzon est la manifestation d'une merveilleuse capacité de travail, d’une science profonde, d’un rare talent d’écrivain, et qu’elle mérite le premier rang parmi nos grandes monographies historiques. Avec quel charme nous en avons parcouru les chapitres, à mesure que se succédaient les volumes. On y voit l’éclosion d’une de ces cellules nationales dont la lente et progressive agglomération a constitué notre peuple. On y voit naître, grandir, s’ accroître, un de ces établissements seigneuriaux, qui ont servi de base à nos organisations paroissiales, et d’assise à tout notre développement économique et social durant notre ancien régime. Débuts pénibles de notre oeuvre de défrichement et de colonisation, construction de moulins, construction d’églises, constitutions des patrimoines, ouverture des voies publiques, premiers essais d’industrie, coutumes et traditions, moeurs familiales et populaires: tout est là, et tout ce passé de notre race, par lequel nous avons une physionomie, une force, et un nom couronné d’honneur, revit à nos yeux émus et nous parle de persévérance, de fidélité et de courageux espoir.
Veut-on savoir quelle fut l’idée mère de ce bel ouvrage? Qu’on lise la magnifique préfa-
ce qui lui sert de péristyle, et qui restera l’un des morceaux les plus achevés qu’ait écrits M. Roy. “Le simple récit de la vie intime de quelques paroisses perdues au fond clu nouveau monde, dit-il, ne peut intéresser le grand public. J ’ai conscience, cependant, d’avoir fait un travail utile, l’oeuvre de celui qui fouille le sol, déblaye le terrain et apporte une pierreà l’édifice commun. Charlevoix, Garneau, Ferland, Bibaucl ont été les ouvriers de la première heure. Ils ont pourvu au plus pressé, ils ont apporté les matériaux, creusé de larges fondations et construit un vaste édifice sur des assises solides . Les grands traits étaient des¬
sinés. Il restait à reconstituer la vie de ces masses, de cette collectivité de colons dont on ne parle nulle part et dont pourtant l’endurance et le dévouement avaient donné un monde à la France. Il fallait faire connaître comment avaient vécu, pensé, agi ces obscurs. Quels ressorts, quelle influence les avaient fait se mouvoir? Quelles étaient leur aspirations, leurs volontés? Des chercheurs consciencieux et patients ont entrepris cette tâche. Ils se sont faits pour ainsi dire les contemporains de ces disparus, ils ont vécu au milieu d’eux dans les bois, dans les champs, au village; ils les ont suivis à travers les contrées inconnues dont ils devenaient les découvreurs. Ils se sont pé-
nétrés de leurs idées et de leurs sentiments .
Combien d’ignorés ont été ainsi sauvés de l’oubli! Que de noms passeront à la prospérité grâce à une mention qui en aura été rapidement faite ! Que de collaborateurs importants laissés dans l’ombre ont été replacés sur la scène du monde! Que d’efforts inconnus, méconnus
même, ont été glorifiés ! . Le meilleur moyen
de saisir sur le vif la physionomie des temps primitifs, de pénétrer dans leurs moeurs, leurs idées, leurs coutumes, leurs croyances, c’est de les étudier chez un groupe quelconque d’individus org-anisés et vivant sur un même coin de terre, à la lumière des documents manuscrits de l’époque, papiers de famille, archives des paroisses, greffes des notaires, dossiers des tribunaux. C’est ainsi que l’on pourra rétablir la chronique primitive du Canada sur sa véritable base, et lui restituer le caractère original et pittoresque qui lui est propre.” Dans ces lignes, l’auteur nous a révélé toute l’inspiration de son oeuvre ; il nous a exposé son objectif et sa méthode ; il nous a laissé entendre quel est le genre d’histoire qu’il préfère, sans doute parce qu’il le pratique en maître. Et c’est avec une satisfaction non dissimulée qu’il nous cite cette parole de M. Hameau: “La vieille histoire solennelle, académique, philosophique, a son utilité et son mérite, mais elle est insuffisante sur
l’étude des grands personnages et des intrigues qui s’agitent autour d’eux.” Tout ceci nous remet en mémoire le -célèbre assaut, au fleuret moucheté — comme il convient à l’Académie — qui eut lieu entre M. Brunetière et M. Frédéric Masson, le jour où ce dernier fut admis au rang des Immortels. L’historien, si prodigieusement documenté et si étonnamment précis, de Napoléon, avait écrit quelque part: “Un temps viendra, s’il n’est déjà venu, où cette histoire qu’on a appelé la grande histoire, l’histoire des prétextes, qu’accompagne le récit à l’infini des événements, sera mise en oubli.” A cela, toujours combatif, — encore que sa combativité fût, ce jour-là, tempérée par la courtoisie protocolaire des réceptions académiques — Brunetière répondait: “Il ne faut abuser de rien, pas même de la “grande histoire,” mais il ne faut pas non plus la nier. Elle a sa raison d’être, qui est, en faisant rentrer les histoires particulières et même nationales dans le plan de l’histoire universelle, de nous ramener au sentiment des destinées communes de l’humanité! Marathon, Actium, Poitiers, Lépante, Waterloo, ne sont pas seulement des noms de batailles, -ce -sont aussi des faits de l’histoire du monde. C’est à ce point de vue que l’histoire ap pelée la “grande histoire” se place pour les étudier, et ce point de vue n’est-il pas légitime ?
Si don Juan d 'Autriche eut été vaincu dans les eaux de Lépante, que serait-il advenu de la chrétienté? C’est une question. Et, permettezmoi de vous le demander, qu’a-t-elle de com mun avec la question de savoir qui était don Juan d’Autriche, quel homme, de quelle origine, s’il tenait davantage de son père ou de sa mère, quels goûts furent les siens, comment il a vécu, quelles femmes il a aimées, et combien il avait, à son chapeau, de plumes, ou dans sa garde-robe, de hauts-de-chausse et de pourpoints?” Ces traits n’empêchaient pas M. Brunetière de rendre un éloquent hommage aux études napoléonniennes de Frédéric Masson, qui, si elles relevaient de la “ petite histoire”, n’en apportaient pas moins à la grande des clartés et des aperçus, des explications et des analyses, dont l’utilité et le vivant intérêt ne pouvaient être trop appréciés. Et nous voici revenu — après cette digression dont je m’excuse — à l’oeuvre de M. Rov qui, elle aussi, si elle n’appartient pas au genre qu’on est convenu d’appeler la “grande histoire”, y confine par un apport constant de faits, de constatations, de démonstrations et d’épisodes qui donnent à ces livres une valeur inappréciable. Ces distinctions de genre ne sont pas d’ailleurs absolues ni inflexibles. Et nous savons tel chapitre de la Seigneurie de Lciuzoyi, — pre-
nons par exemple, celui où il est question du siège de Québec — dans lequel l’auteur s’élève sans effort au ton, à l’allure et au style de la “grande histoire”.
C’est qu’il avait le double don sans lequel il n’y a pas d’historien véritable: la science et l’imagination. Oui, l’imagination! La science, l’érudition toute seule ne font que des collectionneurs de faits et de dates. C’est l’imagination qui met en oeuvre, qui rassemble et dispose, qui colore et anime, qui insuffle une vie nouvelle aux personnages couchés dans le tombeau, et qui redonne au passé la figaire et l’accent qu’il avait eus un jour avant d’être obscurci par les ombres du temps. Cette faculté que rien ne remplace, M. Roy la possédait sans conteste et c’est ce qui rend si attachantes ses monographies historiques.
Nous avons le devoir d’être bref; et cependant. comment ne pas signaler, comment ne pas accorder au moins une mention spéciale à ce livre émouvant et charmant intitulé: Souvenirs d’une classe au Séminaire de Québec. Je sais bien qu’il a un intérêt plus spécial pour les condisciples de l’auteur et pour les anciens élèves du vieux séminaire. Mais il a vraiment une portée générale. Réminiscences, tableaux de vie écolière, aperçus historiques, impressions de jeunesse, effusions d’une âme sen-
sible, il forme un ensemble singulièrement captivant, et c’est peut-être le livre le plus prenant que Josepli-Edmond Roy ait écrit. Ses autres ouvrages font honneur à son esprit ; celui-ci fait de plus honneur à son coeur.
Il nous faut terminer cette rapide esquisse. Nous espérons avoir réussi à montrer combien fut laborieuse et féconde la carrière de notre collègue défunt. Mais il manquerait à la physionomie que nous avons voulu reproduire un trait essentiel si nous ne rappelions, ce que nous avons déjà indiqué, que chez M. Roy, le patriote inspirait i’ historien. Patriote, il l’était do toute son âme. Il aimait son pays et sa race, et il n’était pas de ceux — on en rencontre parmi nous — qui se laissent prendre au goût trop accentué, de l’exotisme, et pour qui les cieux étrangers ont plus d’attraits que les rives natales. Il aurait pu inscrire au frontispice de son oeuvre ces vers du poète :
A tout préférons la Patrie,
Avant tout soyons Camadienis.
La patrie canadienne, il lui rendait un culte pieux et fidèle, comme l’atteste son ardeur inlassable à retracer ses origines, à redire ses épreuves et ses gloires. Ajoutons que dans la grande patrie, sa prédilection particulière allait vers sa petite patrie, vers cette ville de Lévis dont les
merveilleux horizons avaient ravi ses premiers regards, vers le sol natal qui avait conservé pour lui jusqu’au dernier jour tout son charme évocateur et toute sa puissance d 'attraction mystérieuse. Que dis-je ! La terre sacrée où Dieu avait naguère mis son berceau, le domaine ancestral, le foyer des aïeux, il les aimait si passionnément que, déjà touché au front par le doigt glacé de la mort, il voulut partir par un effort surhumain, franchir une distance immense, dominer la douleur et faire reculer le trépas, pour venir expirer aux lieux que son enfance avait chéris et où s’était épanouie sa jeunesse. L’Hôtel-Dieu de Lévis s’élève sur le site de la vieille maison de son aïeul maternel, demeure aimée, dont il écrivait, lorsque les bonnes soeurs hospitalières l’acquirent pour leur oeuvre de miséricorde : “Les pauvres, les vieillards et les malades l’habiteront désormais. Je souhaite très sincèrement bon séjour à ses nouveaux maîtres. Je souhaite, avec le poète, que les ombrages deviennent pour eux encore plus frais, les gazons plus verts, les fruits plus savoureux, les plates-bandes plus éclatantes et plus parfumées. Je souhaite surtout qu’ils se prennent d’affection pour le vieux logis transformé en asile de charité. On dit quelquefois que les vieillards reviennent aux goûts et aux habitudes de leur enfance. Qui sait si, un
jour, après avoir traversé les orages de la vie, nous ne viendrons pas à notre tour, “traînant l’aile et tirant le pied”, demander la paix et la tranquillité à cette demeure transformée en hôpital?” Etait-ce un pressentiment qui dictait ces lignes à notre pauvre ami? Oui, il est venu demander la paix à la vieille demeure transformée. Mais c’était la paix suprême dans laquelle on entre par le por tail de la mort. Il y entra dans cette paix, avec le calme espoir d’un croyant chez qui les “orages de la vie” n’ont pas déraciné la foi au Christ Sauveur.
Depuis moins de deux mois, il repose sous les ombrages funéraires de Mont-Marie. Et déjà sa renommée est consacrée par le suffrage de ses pairs, et par l’universel éloge de notre classe intellectuelle. Il incombait ce soir à l’université Laval de proclamer par mon humble parole que monsieur Joseph-Edmond Roy fut l’un de ses professeurs et de ses docteurs les plus distingués, et que sa mort prématurée est pour elle un deuil très profond et une perte très cruelle.