‹ Discours et éloges académiques (volume 2)Chapitre 17 sur 58 · XLVI DISCOURS DE RÉGBPTIOK · texte numérisé non relu

XLVI DISCOURS DE RÉGBPTIOK

Il ne m'appartient pas d'envisager cette partie considérable de la vie de M. Guizot qui s'est écoulée à l'ambassade de Londres ou au ministère des affaires étrangères ; ce soin est réservé à une plume plus autorisée. Je n'ai pas à le suivre dans ce monde d'élite où il a laissé de si nobles souvenirs, car aucun ambassadeur français n'a joui en Angleterre d'une popularité supérieure à la sienne, et il est peu de ministres des affaires étrangères qui aient possédé à un degré plus complet la confiance de l'Europe. La correspondance de M. Guizot reste comme un des plus beaux monuments de nos archives diplomatiques par l'élévation des vues, la droiture des intentions, la loyauté des procédés et la noblesse du langage.

La catastrophe qui emportait à la fois le ministère qu'il présidait, la dynastie qu'il servait et le trône qu'il croyait consolidé pour de longues années marque à son nom une place dans l'histoire. M. Guizot a mérité d'y figurer à un titre plus éclatant. Pendant un tiers de siècle, avec une conviction que rien n'a pu ébranler et qui a duré autant que sa vie, il s'est fait le défenseur du gouvernement représentatif et constitutionnel; il a cherché sincèrement à l'asseoir sur une base ferme. En moins de quatre années, le tiers état, appelé au pouvoir en 1789, au milieu de fçrandcs résolutions et de salutaires réformes,

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avait été conduit par les fureurs des chefs dont il subissait le sanglant despotisme à supprimer la noblesse et la royauté, à disperser le clergé et à fermer les églises, à épuiser le trésor et à ruiner le pays affamé. M. Guizot n'a pas désespéré, éclairant ce tiers état sur ses intérêts et sur ses devoirs, d'en faire le soutien du trône, le défenseur de la religion, l'allié de la noblesse et le gardien de la richesse publique, comme il en est la source. Il n'a pas réussi; il n'a pas créé ce tiers état politique. On répète volontiers qu'il n'a rien fondé, que ses pensées ont péri avec lui ; que les chefs des peuples en sont le fléau stérile, le luxe onéreux, qu'il en coûte cher, pour employer ses propres expressions, d'assister au spectacle donné par leur activité, et que, la toile baissée, il n'en reste rien. Serait-il vrai que les hommes dont notre pays a recherché l'autorité depuis le commencement du siècle n'ont laissé qu'un vain souvenir? Ne resterait-il rien, en effet, des victoires éclatantes de l'Empire, de ces longs jours de paix consacrés au travail sous la Restauration et le gouvernement de Juillet, des réformes économiques et des larges travaux publics du dernier règne, de ces nobles débats de la tribune qui, tour à tour, ont appelé sur la France l'admiration, l'espoir ou les regrets du monde?Cela ne se peut pas. Tous ces efforts ont

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