XLIY DISCOURS DE RÉCEPTION
séance mémorable, pourquoi M. Guizot n'est-il pas toujours resté ministre de Tinstruction publique, en dehors des luttes de la politique! Il eût étendu lui-même à l'instruction secondaire et à l'instruction supérieure cette initiative qu'il avait appliquée avec tant de sûreté à l'organisation de l'éducation populaire, restée à l'état de promesse avant que la loi de i833 sur l'instruction primaire en eût permis la réalisation sincère.
Œuvre de M. Guizot, cette loi, si bien pondérée cependant, n'aurait pas suffi ; il fallait en marquer le but, en circonscrire l'objet, en créer les instruments. En vrai ministre, qui, tout en innovant, sait rester pratique, il s'adresse aux préfets, aux recteurs, aux maires, aux commissions d'examens, aux instituteurs eux-mêmes. Ses circulaires sont de vrais modèles de précision et de clarté; l'esprit politique et l'esprit de charité, unis au plus profond bon sens, y rencontrent, sans la chercher, l'éloquence la plus vraie et la plus touchante. Jamais on ne fut mieux inspiré, en parlant de cette humble école de village où l'enfant du pauvre viendra chercher la lumière. Avec quelle autorité M. Guizot rappelle à l'instituteur qu'il est chargé, par sa parole et par son exemple, de contribuer pour sa part à élever dans la nation le niveau de Tàme humaine! Combien on regrette que Tinstruclion publique en
A l'agadêmib française. xlv
France ne soit pas demeurée pendant tout un règne entre les mains de M. Guizotl II réunissait tant de qualités! Sentiment religieux et profond respect de toutes les croyances; connaissance sérieuse des langues anciennes, des langues vivantes et de la philosophie; autorité incontestée dans renseignement de l'histoire, rien ne lui manquait du côté de ces études classiques qui conservent Theureuse tradition de notre esprit national parmi la jeunesse oii se recrutent l'armée, la magistrature, les professions savantes et le clergé.
Familiarisé avec les méthodes pédagogiques en usage dans les pays étrangers, il aurait importé en France leur sentiment moderne au profit des études usuelles que réclame le tiers état; il aurait fait accepter par l'Université des devoirs nouveaux dont elle n'a pas compris la profonde importance sociale. Les avertissements lui ont été prodigués dans les temps heureux, elle les a dédaignés; aujourd'hui, ce serait manquer de patriotisme que d'ajourner les réformes. Il faut assurer enfin une instruction en rapport avec sa destinée à chacun des enfants du pays, à tous une éducation qui place toujours le devoir à côté du droit et qui développe en eux l'amour profond de la patrie, le respect absolu de la loi, l'esprit de sacrifice.