L DISCOURS DE RÉCEPTION
dres lueurs de cette lumière éclatante qui s'éteignait pour toujours, M. Guizot mourant exprimait encore en quelques paroles entrecoupées les mêmes sentiments, les sentiments de toute sa vie : « ... il faut servir la France!... c'est un grand pays..., pays malaisé à servir, inconstant et incertain...; mais il faut le bien servir I... » Même en jugeant la France, il l'admirait, il l'aimait; les derniers mots qui aient flotté sur ses lèvres, se confondant avec son dernier soupir, exhalaient sa passion pour cette patrie qui, tour à tour, l'avait comblé d'honneurs ou rempli d'amertumes et sur laquelle, dans l'effort où se concentrait sa pensée expirante, il appelait encore tous les dévouements des hommes et toutes les bontés de Dieu.
Nous possédons plus d'un portrait de M. Guizot; les uns le représentent à la fin de sa carrière, rappelant l'austère physionomie de sa mère ; d'autres le montrent aux premiers jours de sa célébrité; mais l'admirable portrait que Paul Delaroche a légué à la postérité en restera pour elle l'idéale personnification. Ce n'est plus le professeur dans la chaire savante de la Sorbonne, exposant, jeune alors, ses larges vues historiques devant un auditoire sympathique; ce n'est pas le philosophe chrétien méditant au déclin de l'âge les leçons du passé : c'est l'homme
A l*acad6hie française. li
(l*Ëlat à la tribune dans sa force et sa maturité. L'autorité du professeur reparait, cependant l'œil profond révèle un sentiment plus grave de la responsabilité, un travail plus austère de la réflexion. Le noble mouvement de la tête, la fermeté de Tattitude font revivre dans toute son énergie l'orateur politique fidèle a ses hautes pensées, maître du tumulte de son cœur en face des partis, mettant au service de la vérité une parole puissante mais réglée, une passion énergique mais domptée, une âme calme dans un corps ému.
Ce n'est pasDémosthène, l'honneur de l'ancienne Grèce; ce n'est pas Cicéron, l'honneur de la vieille Rome; c'est leur émule, l'honneur de la jeune tribune française, c'est M. Guizot, que l'histoire, dans sa justice, associera sans eflbrt aux deux plus grands orateurs de l'antiquité. Plus heureux que ses illustres prédécesseurs, il n'est pas mort par le poison comme Démosthène, fuyant la vengeance d'Antipater; il n'a pas été lâchement égorgé comme Cicéron, victime de la fureur d'Antoine. Pour notre consolation dans ces jours de douloureuses épreuves, la Providence a permis, nous épargnant une grande affliction, qu'après avoir soutenu les mêmes combats et subi les mêmes vicissitudes, il ait fini ses jours en paix, dans une demeure respectée, au milieu des soins pieux de son fils, de sa fille et