‹ Discours et éloges académiques (volume 2)Chapitre 26 sur 58 · ISIDORE GEOFFROY SAINT-IIILAI R E · texte numérisé non relu

ISIDORE GEOFFROY SAINT-IIILAI R E

dotait la France d'une institution qui a fait également le tour du monde, en donnant asile, le 4 novembre 1793, sans hésiter, quoique sans ressources, sans locaux disponibles et sans crédit, aux animaux vivants, dont la police venait subitement d'interdire Texhibition dans Paris, et en créant ainsi la ménageriepublique du Jardin desplan tes. Lorsqu'on visite cette collection ou les jardins zoologiques des pays étrangers qui l'ont imitée, faut-il donc oublier aussi que c'est à notre Etienne Geoffroy que la science et le public doivent ce moyen d'étude et cette source intéressante d'instruction ou de délassement ?

Faut-il oublier surtout ce qui s'est passé en Egypte k l'époque où la capitulation de l'armée française mettait un terme à sa glorieuse expédition ? Un savant anglais, Hamilton, avait introduit dans le traité un article qui faisait passer aux mains de l'Angleterre les collections précieuses recueillies par l'Institut d'Egypte, seul profit qui nous restât de notre conquête, si l'on compte pour rien la gloire des armes, l'honneur du drapeau et l'amitié du vaincu.

L'Anglais se montrait sourd à toutes les réclamations. Sa dure insistance révolte le même Etienne Geoffroy, qui tout à coup s'écrie : « Non! nous n'obéirons pas. Votre armée n'entre à Alexandrie que dans deux jours. Eh bien , d'ici là le sacrifice sera con-

sommé, nous brûlerons nous-mêmes nos richesses! vous disposerez de nos personnes. » Hamilton demeure frappé de stupeur. « Oui, nous le ferons, répète Geoffroy, alors appuyé par tous ses collègues. C'est à la célébrité que vous visez! Comptez sur le souvenir de l'histoire. Vous aussi, vous aurez brûlé une bibliothèque a Alexandrie! » Les rôles, dès ce moment, étaient renversés ; Hamilton, qui aimait les lettres, savait que ce n'est pas en vain qu'on brûle les bibliothèques; il céda, éparj^nant à son pays un de ces abus de la force que la postérité, dans sa justice, appelle des crimes.

Grâce à Etienne GeofTrov, les collections scientitiques de tout genre, les notes et dessins qui les accompagnaient, conservés à la France, enrichirent nos musées, servirent de base à l'histoire de l'expédition d'Egypte, œuvre sans égale, et fournirent à ChampoUion les matériaux de la découverte la plus importante du siècle, la lecture des hiéroglyphes, qui nous a permis de pénétrer enfin les mystères des anciens peuples de l'Orient et de remonter aux origines de la civilisation.

Cinquante ans après, lorsque Isidore Geoffroy Saint-Hilaire établissait, sur un plan heureux et souvent copié à l'étranger, la Société et le Jardin d'acclimatation, féconds instruments d'étude pour ' les sciences, de progrès pour l'agriculture, d'utiles

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