‹ Discours et éloges académiques (volume 2)Chapitre 27 sur 58 · ISIDORE GEOFFROY SA INT-H IL AI RE. 2QI · texte numérisé non relu

ISIDORE GEOFFROY SA INT-H IL AI RE. 2QI

échanges pour les nations et de relations affectueuses pour tous les esprits éclairés, peut-on croire que le souvenir de son père ne l'excitait pas, ne le protégeait pas?

Pourquoi méconnaître dans ce retour et dans celte continuité de services considérables rendus aux sciences et au pays, à deux siècles de distance, par des membres de la même famille, l'influence d'une hérédité salutaire, celle aussi de l'émulation des bons exemples et des souvenirs glorieux, souvent évoqués dans un de ces milieux domestiques où tout respire l'honneur?

Il y a deux manières d'assurer à un pays la filiation des grands talents : Buffona choisi Daubenton ; Daubentona choisi Geoffroy Saint-Hilaire; Geoffroy Saint-Hilaire a choisi Cuvier; le Jardin des plantes peut être fier de cette admirable succession de génies extraordinaires produite par la désignation libre et spontanée de ceux qui auraient pu redouter le paraJlèle, et qui, au lieu de se laisser guider par l'intérêt étroit de la vanité, ont pensé surtout aux larges intérêts de la science, en suscitant euxmêmes leurs propres rivaux.

Mais ne contestons pas cette autre continuité des talents, par voie héréditaire, k laquelle nous devons les Geoffrov dans les sciences, les Vernet dans les arts, tant de noms plusieurs fois illustrés dans les

lettres, et qui, unissant dans une même famille trois de nos Académies, remonte à Alexandre DuTal, de l'Académie française, se continue à Victor Regnault de l'Académie des Sciences et se termine, hélas ! à Henri Regnault, leur petit-fils et fils, noble victime de nos malheurs, que l'Académie des beaux-arts attendait et que la France pleure aujourd'hui !

Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, dont la vie a été consacrée aux recherches de la philosophie transcendante, avait pris cependant pour devise un seul mot : utilùali; son fils a poursuivi, à son tour, les études de zoologie les plus élevées et les applications zootechniques les plus utiles.

La viande de cheval conslitue-t-elle un aliment nourrissant, salubre et même agréable? Convientil d'en autoriser la vente et d'en propager la consommation? Faut-il, au contraire, en proscrire le débit? Ces questions, hélas ! peuvent sembler bien oiseuses, quand les habitants de Paris ontconsommé soixante mille chevaux pendant la durée d'un siège cruel et sans pitié; nous en connaissons tous le goût; l'opinion do chacun est faite.

Mais, lorsque Isidore Geoffroy Saint-Hilaire préconisait l'usage de la viande de cheval, il y a vingt ans, il traitait une thèse économique et physiologique, ne songeait qu'aux temps de paix et disait :

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La yiande manque à la consommation; celle que le cheval fournit est perdue; elle est saine, elle est bonne; soutenir le contraire, c'est soutenir une ancienne erreur, et, s'il est vrai que le respect soit dû k la vieillesse, une erreur du moins n'en devient pas plus respectable en vieillissant.

Les espèces rapprochées du cheval constituent, ajoutait-il, d'excellents gibiers. Le cheval sauvage est chassé comme tel en Asie, en Afrique, en Amérique. Le cheval domestique est encore utilisé comme ressource alimentaire par toutes les races humaines. Au vui^ siècle, son usage, lié, il est vrai, à certaines pratiques du paganisme, était général chez plusieurs grandes nations de l'Europe occidentale, et, s'il en a disparu, c'est seulement avec leur conversion à la foi chrétienne. Mais, continuait notre confrère, les voyageurs, les troupes en campagne, les habitants des villes assiégées, s'en sont nourris depuis lors, de temps à autre, en cent occasions, sans inconvénient.

Tels étaient les arguments de notre confrère, fondés sur des faits certains, réunis par une solide érudition ou par des informations personnelles incontestables, appuyés d'ailleurs par les dîners des hippophages, où d'habiles cuisiniers faisaient apparaître, même au naturel, mais non sans apprêt» la viande de cheval sous les plus séduisants aspects.

Il n'obtint cependant pas sans peine rouvcrturo (les boucheries de cheval à Paris. Des répugnances qui ne se discutent pas et des considérations de police dont il faut bien tenir compte dans une grande ville, où tant de cupidités veillent à l'affût de tous les moyens de fraude, retardèrent l'adoption de ces vues; cette résistance ne fut pas étrangère au plan plus vaste qu'il réalisa dans les derniers temps de sa vie.

Quand on ouvre le catalogue des animaux connus des zoologistes, on y voit inscrites cent quarante ou cent cinquante mille espèces distinctes, parmi lesquelles quarante-sept seulement ont été assujetties à l'état domestique; encore ce chiffre en comprendil qu'on distingue à peine entre elles : trois sortes d'abeilles, par exemple, employées à la production du miel. Les espèces que la France ne possède pas étant supprimées, il en reste trente environ que nous avons appropriées à nos besoins; et, comme nous sommes accoutumés a nous regarder comme le centre de la création, nous dirions volontiers que, pour une seule espèce utile, la nature en a produit cinq ou six mille qui no servent a rien, puisque nous n'en tirons aucun profit direct. Est-il nécessaire, après avoir rappelé ces nombres, d'expliquer la passion avec laquelle Isidore Geoffroy

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