‹ Discours et éloges académiques (volume 2)Chapitre 30 sur 58 · ISIDORE GEOFFROY S AINT-11IL A 1 RE · texte numérisé non relu

ISIDORE GEOFFROY S AINT-11IL A 1 RE

dans notre éminent vice-président, M. de Quatrefages,qui écrivait, il y a dix ans, une notice savante et complète sur la vie et les travaux de notre laborieux confrère.

Parmi les œuvres sur lesquelles il appelle l'attention et les regrets, l'ouvrage malheureusement non terminé qui l'occupait au moment de sa mort, V Histoire générale des régnes organiques^ mérite qu'on s'y arrête. C'est le fruit de trente années d'observations et d'études personnelles, ajoutées à celles que la longue carrière de son père lui avait permis de recueillir et de transmettre à son fils.. Quatrevingts années de travail de deux grands esprits, qui devaient se résumer dans ces pages inachevées, donnent un prix infini à ce qui nous en est resté.

C'est là que nous trouvons l'expression de leur pensée sur la méthode, sur l'unité, de composition des êtres, sur les classifications, sur l'espèce, sur l'hérédité, sur les races et sur l'unité du genre humain.

Notre confrère, en publiant ce livre dédié à son illustre père, inscrivait modestement à la première page ce vers connu :

Mémo étant fait par moi, celouvrajîo est le tien.

Personne, mieux que lui, n'avait le droit de prendre le rôle de continuateur et d'interprète des

idées philosophiques de son père. Celui qui veut les connaître et qui désire les apprécier avec exactitude doit lire, en effet, Tœuvre qu'il a consacrée à la mémoire du créateur de la philosophie anatomique, sous le titre de : Vie, Tras^aux et Doctrine scientifique d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire. Ce beau volume n'est pas seulement une biographie pleine d'intérêt, mais c'est surtout un lucide exposé des opinions professées par son père ou par ses contemporains sur les points les plus élevés de la science.

L'unité de plan considérée comme ayant présidé à la composition des animaux y joue le rôle prépondérant; elle y est ramenée k ses vraies limites et défendue contre les fausses conséquences qu'on en tirait déjà.

S'il est plus facile d'affirmer que de démontrer qu'un seul plan ait été suivi dans la création de tous les êtres, sans exception, il est incontestable que les animaux, les plantes, les minéraux et même les productions de la chimie offrent de vastes groupes dont toutes les espèces peuvent être rapportées à un même type. L'unité de plan qui préside à la constitution des vertébrés, mise en pleine évidence par Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, reparaît dans chacun de ces groupes et constitue une loi de la nature.

Mais, loin de considérer cette formule comme

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motiant une entrave à la liberté du Créateur ou comme imposant une gène k sa puissance, l'illustre anatomiste voyait dans la découverte de ce principe nouveau, au profit de la pensée humaine, un pas do plus vers la connaissance de Dieu.

Son fils rappelle avec raison, a ce propos, que Newton, si profondément religieux, après avoir admiré l'unité de plan qui règne dans les cieux; après l'avoir signalée comme démontrant l'intervention de la sagesse et de l'intelligence de l'Être toujours vivant, en reconnaît une nouvelle preuve dans cette autre unité de plan et d'exécution, signe caractéristique de toute beauté, qui s'observe chez les animaux.

Isidore Geoffroy, s'éloignant de quelques naturalistes qui avaient appartenu à l'école de son père, démontre de plus, dans cet ouvrage, que celui-ci n'a jamais mis l'unité de l'homme en doute et qu'il n'a pas considéré le genre humain comme formé de plusieurs espèces qui auraient paru sur la terre en des temps et des lieux différents. Il va plus loin, même» a ce sujet, comme s'il prévoyait que les doctrines de sa famille seraient un jour travesties, et comme s'il voulait protester d'avance contre cette humiliation et cette douleur. Il s'était déjà séparé, dès sa jeunesse, de ces savants qui classent l'homme dans le règne animal, en considération de

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sa nature physique, sans tenir compte de sa nature morale. Dans ses derniers écrits, notre confrère veut même qu'on fasse de Thomme un seul règne, le règne humain^ le soustrayant ainsi à cette étude brutale, qui, ne prenant dans Tbomme que ce qui n'est pas l'homme, sa chair périssable et mortelle, ne sait plus comment le distinguer des animaux. Haller, le premier et presque le seul de son temps, avait compris la faute involontaire commise par Linné, qui, tout en appelant l'homme le sage par excellence, Homo sapiens^ ne le plaçait pas moins à la tête du règne des animaux et parmi eux. Il n'ose pas, s'écriait Haller, indigné de cet abus de la classification, il n'ose pas affirmer que l'homme n'est pas un singe et que le singe n'est pas un homme ! Notre confrère se fût mis du côté de Haller et non de celui de Linné, et il n'eût pas accepté pour l'homme cette origine bestiale dont il convient de laisser la gloire et le profit moral aux écoles de l'Allemagne où elle est en honneur.

En terminant cette étude, arrêtons nos regards sur le tableau que présentait, pendant les grandes joutes scientifiques des années voisines de i83o, l'intérieur de la famille Geoffroy, souvenir historique bien cher à ceux, en petit nombre, qui ont le droit d'en parler comme témoins.

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