ISIDORE GEOFFROY SAINT-HILAIRE. S
Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, plein de vie et de gloire, appuyé par Goethe et Ampère, soutenait contre Cuvier au sein de TAcadémie des sciences la plus grande discussion philosophique du siècle, tenant en suspens tous les savants de l'Europe et partageant les jeunes talents en deux camps. Appuyé sur une compagne digne de partager les émotions de son âme élevée, et sur un fils capable de comprendre ses pensées ou de les deviner, sa demeure était embellie par deux jeunes filles, dont l'une devait quitter ce monde avant l'heure, tandis que l'autre, M"*"" Stéphanie, était réservée par la providence pour adoucir les dernières années de son illustre père.
En ce moment, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire venait de s'unir k la fille d'un éminent industriel, M"** Louise Blacque, la grâce même et la plus exquise bonté; jeune femme, dont un statuaire illustre a immortalisé les traits délicats et charmants, dont le souvenir aimable et sympathique est demeuré dans tous les cœurs.
C'est dans ce milieu patriarcal, au sein de cette famille justement fière de son chef, vouée au culte de tous les bons sentiments et dès longtemps adoptée par les plus hautes amitiés; c'est dans ce Jardin des plantes, temple de la nature, dont il devait enrichir lui-même les collections; c'est avec le secours
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(l'une érudition précoce, favorisée par la possession de la plus précieuse des bibliothèques, que notre confrère Isidore Geoffroy Saint-Hilaire entrait, à la fois, dans la vie du monde et dans celle de la science.
La mort de Cuvier fut le premier coup porté à cet ensemble de conditions où toutes les satisfactions de l'intelligence et toutes les jouissances du cœur se trouvaient réunies. Cuvier tombait dans sa force, en i832, le jour même où il terminait son cours au Collège de France avec un éclat incomparable; sa mort imprévue blessait profondément à la fois le Muséum d'histoire naturelle et l'Académie des sciences. Elle mettait un terme aux savants débats qui s'agitaient entre lui et Geoffroy et qui tenaient l'Europe attentive. Nulle part la perte que la France et la science venaient d'éprouver ne fut plus vivement sentie que dans la famille Geoffroy.
Pour le père, tous les souvenirs de jeunesse, de travail en commun, de nobles émulations, se ravivaient et venaient troubler son âme; condamné désormais à énoncer ses doctrines sans contestation et sans contrôle, il voyait descendre le débat du piédestal élevé où la rivalité de Cuvier l'avait placé; il restait dans la situation d'un athlète prêt à la lutte, qui, ne trouvant pas d'adversaire, laisse tomber dans le vide ses bras découragés. Je l'entends