‹ Discours et éloges académiques (volume 2)Chapitre 4 sur 58 · XII DISCOURS DE UÉCEPTION · texte numérisé non relu

XII DISCOURS DE UÉCEPTION

fond, d'un homme d*Etat dont le nom est inscrit avec éclat dans les annales de notre pays. Mais on ne remplace pas M. Guizot, on lui succède, et quand on satisfait à l'obligation difficile d'en parler devant vous, on sait qu'aucune pensée de parallèle ne pourra s'offrir a votre souvenir, entre le noble représentant des lettres que vous avez perdu, et le savant reconnaissant et ému de cette faveur insigne, que votre unanime bienveillance est venu chercher dans son laboratoire.

Les travaux de M. Guizot ont été considérables, variés et nombreux. Critique, il a éclairé d'une vive lumière le génie de Shakespeare ; professeur, il a renouvelé les sources de l'histoire ; philosophe, il a cherché les voies de l'humanité dans les desseins de la Providence; biographe, il a fait revivre les plus hautes physionomies des temps modernes; orateur politique, il a connu peu de rivaux; premier ministre, il a dirigé pendant la prospérité les affaires du pays avec une rare élévation : trahi par la fortune, il a supporté le malheur sans découragement, les injustices sans fiel et les tristesses de la patrie sans désespoir, confiant, pour la France meurtrie, dans la justice de Dieu, dont il avait si souvent signalé la main protectrice s'étendant sur elle et la relevant de ses ruines.

Devant une telle existence on est saisi de respect;

A l'académie française. Xlll

impuissant à la suivre dans toutes les études auxquelles elle fut consacrée et dans les actes qui l'ont illustrée, on voudrait pénétrer du moins le secret de ce talent infatigable où se réunissaient la vive intelligence des races du Midi et la raison réfléchie des peuples du Nord, la chaleur de la foi la plus sincère et la tolérance du plus libre esprit.

Né à Nîmes en 1787, M. Guizot avait été élevé en Suisse. Sa vie intellectuelle a été d'une étendue remarquable; la nature l'avait préservé jusqu'à la fin des atteintes de la vieillesse, les désastres de sa famille et ceux du pays l'avaient fait passer brusquement de l'enfance à la virilité. 11 avait sept ans, à peine, lorsque son père, avocat distingué, montait sur l'échafaud, l'une des victimes de la tyrannie de Robespierre, et quand sa noble mëre, fuyant une ville pleine de souvenirs cruels, se réfugiait à Genève, sûre d'y trouver pour elle-même des consolations et pour ses fils une éducation forte, qu'elle voulut diriger avec une fermeté virile, et dont sa haute intelligence connaissait tout le prix. C'est ainsi que M. Guizot, dès l'âge de quinze ans, était en possession de deux langues classiques et de trois langues vivantes, familier même avec leurs chefsd'œuvre, lisant dans leur idiome Démosthène ou Cicéron, Dante, Shakespeare ou Schiller. Deux années consacrées ensuite à des études d'histoire et de

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