‹ Discours et éloges académiques (volume 2)Chapitre 5 sur 58 · XIY DISCOURS DE RÉCEPTION · texte numérisé non relu

XIY DISCOURS DE RÉCEPTION

philosophie, dont tous ses travaux ont gardé la profonde empreinte, l'avaient préparé à venir à Paris pour y fréquenter les cours de droit.

Ce jeune homme, qui avait quitté le midi de la France, poursuivi par l'image sanglante de son père, entrait dans la vie parisienne au moment où la frivolité, la licence, les intrigues, les désordres, legs déplorable de la société corrompue du Directoire, disputaient encore la place aux bonnes mœurs, au^ plaisirs honnêtes et aux habitudes sérieuses. Bientôt, cependant, une hospitalité paternelle s'offrait à lui dans la maison d'un ancien ministre de Suisse, M. Stapfer, qui, appréciant les dons de sa belle nature, se plaisait à lui faire part de sa profonde érudition philosophique. Il trouvait, près de cet homme savant et bon, dont la mémoire m'est chère, un asile honoré; son patronage bienveillant lui ouvrait les salons de M*"* d'Houdetot, de M"* de Rumford, et celui de votre secrétaire perpétuel M. Suard, où l'attendait le roman de sa vie.

C'est là qu'il rencontra M"^ Pauline de Meulan, aimable personne, qui s'était fait un nom distingué par d'excellents ouvrages d'éducation, connus de toutes les mères, et dont le souvenir respecté me reporte aux temps éloignés de ma jeunesse. Elle rédigeait le Publiciste, pour soutenir sa famille ruinée par la Kévolution, lorsqu'une maladie causée par la

A l'académie française. xy

fatigue vint arrêter sa main courageuse et menacer de la misère tous ceux qui Tentouraient. Au milieu de sa détresse, elle reçut un article qu'elle aurait pu signer. L'auteur, prenant sa place, s'inspirânt de son esprit et de son style, la priait de permettre que, jusqu'à sa guérison, le service du journal fût assuré par une collaboration anonyme et discrète. Elle accepta noblement cette charité délicate et n'obtint pas sans peine, rendue à la santé, que le jeune homme pâle et réfléchi qu'elle rencontrait dans la société de M. Suard fit connaître son secret; aveu qui devait en amener un autre, couronné bientôt par une union commencée sous les plus touchants auspices et trop promptement brisée par la destinée.

Ne nous étonnons pas si M. Guizot s'écriait plus tard, en parlant des habitués de ces salons : n Société charmante dont, après une vie de rudes combats, je me plais à retrouver les souvenirs; elle avait conservé le goût des plaisirs de l'esprit, la curiosité bienveillante, le besoin de mouvement moral et de libre entretien qui répandent sur les relations sociales tant de fécondité et de douceur. »

Comment relire ces paroles sans se rappeler un salon regretté que votre Compagnie avait fait naître/ et dont elle a été le charme et l'honneur, celui de M. le chancelier Pasquier? Dans radmirabie séré-

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