‹ Discours et éloges académiques (volume 2)Chapitre 52 sur 58 · SOCIÉTÉ NATIONALE D'AGBICULTORE DE FRANCE · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ NATIONALE D'AGBICULTORE DE FRANCE

PRO^iUXCIÎ

IIANS I.A SÊANCK PUBLIQUK AISIHUKLLE DU 27 JUIN l883.

Messieurs,

Je m'empresse, en" votre nom, de remercier M. Méline de l'honneur qu'il Fait à la Société en la présidant aujourd'hui et des paroles encourageantes qu'il vient de lui faire entendre. Les protestations de dévouement aux intérêts de la terre ne sont pas rares; chacun se dit prêt à lui venir en aide et répète volontiers avec Sully : « Labourage et pâturage sont les deux mamelles de l'État. »

Mais ce ne sont souvent que paroles vaines et nous avons raison de nous réjouir de voir nos affaires confiées à un ministre chargé spécialement de l'agriculture, prenant en main une cause qui lui est familière, pouvant en parler en homme politique devant le Parlement, en praticien devant le fermier, et sachant unir la chaleur d'âme la plus

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communicative aux appréciations viriles du bon sens.

L'agriculture européenne traverse une crise dont la France ressent plus particulièrement le dommage, à cause des pertes éprouvées par ses vignobles. Consultés naguère par le Gouvernement <lu pays, vous qui représentez à la fois la pratique et la science agricoles, vous n'avez pas admis cependant que cette crise dût avoir une funeste issue. Confiants dans les forces de l'agriculture française, vous avez dit : Les crises sont inévitables ; mais, de même que les espérances de bonheur sont souvent trompées, les chances menaçantes sont souvent adoucies; si l'on n'obtient pas tout ce qu'on désire, on ne subit pas tout ce qu'on redoute, et si le soleil ne mûrit pas tous les fruits, le vent ne fait pas tomber toutes les fleurs. Regardons, avez-vous dit, la crise en face : que l'Etat considère plus que jamais l'agriculture comme la source de sa prospérité; que la science élargisse avec soin les moyens de production dont elle dispose; que la pratique améliore encore ses procédés, et le péril sera bravé!

Des crises ! Il y en a pour tous les temps et pour tous les peuples. Tel se croit invulnérable aujourd'hui qui sera frappé demain. Des contrées maintenant en ruines, l'histoire nous les montre florissantes autrefois, et des régions jadis désertes se

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couvrent sous nos yeux d'une population abondante et prospère.

Cest la loi de la nature. Tout se meut et tout change. La routine seule prétend à Timmobilité. La routine, cette ennemie de la science qu'elle nie et de la pratique qu'elle ne veut pas regarder, ignorera toujours que supprimer le mouvement pour les êtres organisés, c'est la mort; pour la matière brute, c'est le chaos. Elle ne veut pas savoir que tout change : besoins des consommateurs, relations de peuple à peuple, sources de profits, moyens de production; qu'arrêter le mouvement serait Iblie et que manier le gouvernail quand le vent change, de manière à en tirer avantage, c'est la sagesse du nautonier.

Tout se transforme donc, et la fertilité du sol ellemême n'écha{)pe point à cette loi. Une seule contrée, riîlgypte, offre l'admirable phénomène d'une fécondité durable k travers de longs siècles et pour ainsi dire inaltérable. Mais, en Egypte, si l'homme semble toujours le même, la terre, au contraire, se renouvelle sans cesse et chaque année, sous un ciel toujours pur, le vieux sol épuisé se recouvre, par les apports du Nil qui l'arrose, d'un limon vierge qui le rajeunit.

Ces trois éléments, fondement de l'industrie agricole, la lumière, l'eau et les engrais, la nature les a

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prodigués à TÉ^ypte. Partout ailleurs, il faut com|H ter avec eux. Aussi, partout ailleurs, quelle sage institutrice que la terre! Sans travail, elle ne rend rien; la main-d'œuvre ne lui suffit pas, il lui faut à propos le soleil ou la pluie; sa fertilité n*est pas éternelle, il faut la ménager et savoir la rétablir, au besoin.

Voilà commeut le laboureur, plus que tout autre artisan, a besoin d'activité, de prudence, de prévoyance, de ténacité, de pratique et de science. Voilà pourquoi, dans n(»s climats, le problème de Tagriculture se montre si complexe. P(»sé depuis Torigine de la famille bumaine, ce problème était considéré comme inabordable il y a un demi-siècle à peine. J'aimais à rappeler alors un apologue cbinois toujours de circonstance. Certain voyageur rencontre près d'un puits un enfant tout en larmes et criant la soif; sur|)ris de voir entre ses mains une cruche vide munie de sa corde: « Pourquoi ne chercbes-tu pas à remplir ta crucbe? lui dit-il. Le puits serait-il à sec? — Il y a de l'eau dans le puits, mais il est trop profond. — C'est ta corde qui est trop courte, nigaud! Chercbes-en une plus longue et tu boiras à ton gré. »

Au temps de ma jeunesse^ le puits de la science agricole semblait aussi trop profond et plus d'un

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pleurait auprès de sa cruche vide. Dès qu'on se fut avisé que c*était la corde qui était trop courtCf on s'employa de toutes parts pour Tallonger; tous les jours on Tallonge encore, et ces cruches, qui demeuraient vides autrefois, se remplissent maintenant d'une eau limpide et saine, puisée aux sources mêmes de la vérité.

Quand on se demandait quelle est la structure intime du tissu des plantes, comment se forment les premiers rudiments de leurs organes, Tœil de rhomme restait impuissant devant ces mystères. J'obéis au sentiment de la justice en rappelant que nous devons à deux savants français, de Mirbel et Payon, les notions exactes que nous possédons à ce sujet. Pendant leurs longues études, on ne les entendait jamais se plaindre des difficultés du problème; non! mais de Tinsuftisance de leurs microscopes. Ils en changeaient sans cesse, gardant le meilleur <lu jour, mettant au rebut le meilleur de la veille. Ils ne disaient jamais avec découragement : le puits est trop profond; mais ils répétaient à chaque nouvel obstacle : la corde est trop courte; et ils faisaient appel au génie de l'optique. C'est ainsi qu'ils ont établi sur une base certaine la science de Tanatomie intime des plantes et la connaissance de la constitution primordiale de leurs tissus. C'est ainsi qu'ils ont fait connaître au physiologiste la présence du

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phosphate de chaux dans la trame du germe naissant, dans la paroi de h moindre cellule, et qu'ils ont appris à l'agriculteur le rôle prépondérant de ce sel dans la composition des engrais. Lorsque des ouvrages écrits a l'étranger, offerts comme modèles k la jeunesse de notre pays, mettent en oubli les travaux qui ont ouvert la voie et fixé les principes, on saisit volontiers l'occasion de protester contre ces défaillances de mémoire, de rappeler les droits de nos deux confrères et d'honorer publiquement leur souvenir.

Au commencement du siècle, qui connaissait la nature des matières composant les plantes et les animaux ou en provenant? Personnel Celte science, si populaire aujourd'hui, était encore enfouie dans un puits obscur et profond. Notre vénéré doyen, le premier, y a pénétré et en a rapporté sa magistrale Kiude sur les corps gras d'origine animale. Elle lui a coûté dix longues années d'efforts, mais doublement récompensés; praticien, il a créé la fabrication des nouvelles bougies, détrôné la cire dans les ménages riches et banni le suif des ménages modestes; théoricien, il a été le précurseur de cette explosion de la chimie organique, dont les espèces se multiplient à l'infini.

Ce n'est pas seulement une corde que M. Chevreul a mise en nos mains pour descendre dans le

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puits oii la vérité restait cachée, mais un câble solide à Taide duquel on en a fouillé toutes les galeries. Il y a quelque soixante ans, Tun des chefs du lycée qui avait Thonneur de compter notre doyen parmi ses professeurs énonçait à son sujet un jugement téméraire, auquel le temps devait donner le plus sanglant démenti, et dont il est bon que FUniversité conserve la mémoire: M. Chevreul, disait-il, ça n'a pas d'avenir! Que voulez-vous faire d'un jeune homme qui passe sa vie a analyser le beurre et la chandelle? Si ce triste prophète revenait au monde, la révolution immense produite dans l'économie domestique et dans la philosophie naturelle, par cette analyse du beurre et de la chandelle, objet de son dédain, lui apprendrait qu'elle a wsa place marquée parmi les plus heureuses productions de l'esprit humain. Ce n'est ni un poème, ni une tragédie, sans doute, mais une œuvre vraie, neuve, pénétrante et philosophique; c'est un tronc robuste et ferme, d'où sont sortis les rameaux vigoureux, à l'ombre desquels se développe la science de l'organisation. En accordant une longue vie à notre illustre et vénéré doyen, la Providence lui a permis, par grâce spéciale, d'assister à la moisson du grain qu'il avait semé, de recueillir les témoignages du respect <le toutes les nations et d'honorer la France, en donnant, presque centenaire, l'exemple de l'activité

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d'un débutant, de la modération d'un sage et de Tautorité d'on patriarche.

Im laboureur n'est pas le maître des orages ou des tempêtes; les grêles, les gelées, les sécheresses, les longues pluies, ne s'éloignent ni ne cessent à son commandement; mais, s'il n'a pas appris à gouverner l'atmosphère, il sait prévoir, du moins, les variations qu'elle va subir et mettre ses récoltes à l'abri.

Jadis, on ignorait d'où venaient les ondes aériennes apportant le chaud ou le froid, le sec ou l'humide. Avant que leur arrivée fût annoncée, on avait déjà subi leur influence. Aujourd'hui, le télégraphe électrique signale, cinq ou six jours à l'avance, leur point de départ, la direction de leur marche et sa rapidité. La corde destinée à sonder le puits de la science des météores dépassait à peine autrefois l'étendue d'un département ou d'une province ; elle atteint aujourd'hui le contour entier de la terre, ne connaît pas d'autres limites et trouve ménie que le globe est bien petit! Ce progrès, Lavoisier l'avait prédit, il va un siècle. Le Verrier l'a réalisé, il V a trente ans. C'est donc encore à deux savants français, illustres entre tous, que l'agriculture est redevable de l'un des éléments les plus efficaces de sa prospérité; honorons leur ménmire et n'oublions pas leurs bienfaits!

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I/art de prédire lé temps n'a cependant pas alteint sa perfection; reposant sur des données purement terrestres, ses prévisions sont à courte échéance; elles ne dépassent guère la semaine et nul météorologiste sérieux n'oserait signaler le temps qu'il fera le mois suivant. L'astrologie des Almanachs populaires se hasarde seule à annoncer la marche des saisons une année à Tavance. La vraie science demeurora-t-elle toujours étrangère à ces avertissements? Non! mais ce n'est plus sur la terre qu'elle ira chercher la solution du problème : c'est dans les cieux. Si l'origine des météores terrestres, hase des prévisions hebdomadaires, est placée vers les antipodes, celle des phénomènes annuels se trouve dans le soleil, mais nous n'en connaissons pas le secret, et l'explication des songes de Pharaon par Joseph reste, jusqu'ici, l'unique et vénérable modèle des prédictions du temps à longue période.

Ce n'est plus un cable que notre confrère, M. Pasleur, a mis aux mains de l'agriculteur pour le guider dans le labyrinthe obscur où s'agitent les infiniment petits de la vie, ce sont des fils conducteurs ténus, délicats et cependant rigides comme l'acier. Il a suffi de s'y confier pour voiries races de versa soie, reconstituées; la fabrication du vinaigre, réglée; la conservation des vins et de la bière, garan-

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lie; le bétail, mis à Fabri du cbarbon. Tandis que ces démonstrations pratiques de rexcellence de la méthode frappaient le public d'étonnement, et provoquaient la gratitude des agriculteurs, la science enregistrait la découverte de deux grandes vérités. La doctrine de la transformation spontanée de la matière brute en organismes vivants disparaissait; la vie reprenait ses droits et ne connaissait d'autre origine que la vie. En même temps un nouveau règne d'êtres organisés faisait son apparition.

On sait que les plantes et les animaux ne peuvent vivre sans air; voici toute une classe de nouveaux êtres, objets des études de M. Pasteur, qui sont tués par l'air et qui ne peuvent vivre que lorsqu'ils sont soustraits à son influence. A l'encontre des anciens naturalistes, si familiers avec les germes des plantes et des animaux dont ils s'occupent et qu'ils voient des yeux du corps, M. Pasteur ne connaît guère les germes des êtres sur lesquels il opère que par les yeux de l'esprit. Cependant, il les sème, les voit bientôt poindre, multiplier et fructifier. Au premier abord, il semblait se perdre dans les nues» un résultat précis, positif et saisissant, vient justifier ses théories et faire jaillir leurs conséquences pratiques.

C'est le triomphe de la méthode expérimentale, inaugurée par Galilée et Newton, adoptée par Lavoi-

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sior et recevant la plus éclatante confirmation des mains de M. Pasteur.

Mais, n'êtes-vous pas frappés du spectacle dont vous êtes témoins chaque jour? M. Pasteur, appelé par les populations reconnaissantes, se voit acclamé par elles à son arrivée; sa demeure est embellie de leurs dons, et ses travaux sont placés sous la protection de rÉtat. C'est que les agriculteurs ont le cœur chaud; ils ignorent Tenvie et la jalousie; ils savent bénir la main qui leur est tendue; ils ne marchandent pas leur gratitude à celui qui dévoue ses forces et son génie à leur service; ils divinisent encore leurs bienfaiteurs.

Il est un nom.que vous avez tous sur les lèvres, celui de notre confrère, M. Boussingault. Embrassant d'un œil ferme l'économie rurale dans son ensemble, il a jeté sur elle un vaste filet. Ce que Lavoisier avait rêvé, il l'a réalisé. Il a montré par des expériences agricoles comment on établit la comptabilité matière entre les récoltes exportées, le sol, l'eau, l'air et les engrais concourant a leur production, entre les animaux nourris et les aliments livrés à leur consommation.

Quelques jours avant sa mort, Lavoisier disait : « J'ai conçu l'espérance de pouvoir concourir à la prospérité nationale en agissant sur l'opinion publique par des écrits et par des exemples; en enga- II. 18

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géant les grands propriétaires de terres, les capitallistes, les gens aisés, à porter leur superflu sur la culture des terres. Un semblable placement ne présente pas, il est vrai, la brillante spéculation de Tagiotage ou du jeu des eflets publics, mais il n'est pas accompagné des mêmes risques ou des mêmes revers ; les succès qu'on obtient n'arrachent de larmes à personne; ils sont, au contraire, accompagnés des bénédictions du pauvre. Un riche propriétaire ne peut faire valoir sa ferme et l'améliorer sans répandre autour de lui l'aisance et le bonheur; une végétation riche et abondante, une population nombreuse, l'image de la prospérité, sont la récompense de ses soins. »

Lavoisier et >I. Boussingault nous ont appris que ce n'est pas dans le cabinet qu'il faut étudier l'économie politique, mais dans les champs, sur le théâtre même des richesses renaissantes qui assurent, mieux que toutes autres, l'équilibre des finances d'un grand pays et le bonheur des citovens.

Je ne répéterai pas que ce sont deux Français, deux confrères, qui ont répandu cette lumière sur l'agriculture, et que la nation et votre Société ont quelque droit de s'enorgueillir delà haute influence exercée par leurs travaux sur le monde entier.

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iVinsi, la science pure a contracté en ce siècle, avec la pratique agricole, une alliance étroite et définitive dont on peut se promettre les meilleures conséquences. Il y a quarante ans, examinant avec Liebig les motifs qui éloignaient encore les agriculteurs de profession des études théoriques, tandis que l'École centrale avait attiré immédiatement les fils de tous les grands industriels, nous en arrivions il conclure que les agriculteurs n'étaient pas assez instruits. Eh bien, vous aurez contribué, par votre exemple et par vos conseils, d'une manière efficace et plus que personne, à persuader les propriéUiires et à leur faire apprécier les avantages d'une sérieuse éducation scientifique. L'Institut agronomique, tant raillé à l'époque où j'étais chargé de son installation à Versailles, n'a pu renaître que par les réclamations instantes et réitérées de l'agriculture pratique; son succès, assuré désormais, promet à ses partisans la juste récompense de leurs efforts. Ne vous en séparez jamais; soyez son conseil de perfectionnement; encouragez ses élèves; associez-vous toujours ses maîtres. C'est par en haut qu'il faut instruire les hommes. Le reste vient par surcroît. L'Kcole Polytechnique a créé les services publics : l'Fîcole centrale a régénéré l'industrie; l'École normale a restauré les sciences et les lettres; l'Institut agronomique vous fera une agriculture perfection-

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née, la soiilo qui puisse l)raver IVffort dos Ktals- Unis et des autres pays.

Si l'agriculture traverse des crises, elle a donc devant el le un avenir plein de promesses. La science, aidée d'une pratique réfléchie, lui ouvre tous les jours de nouveaux horizons. Conibien il importe au pays que ces conditions de succès soient mises à profit! Le laboureur supporte la misère avec résignation, car il sait, lui, que si le Soleil se cache et chôme, il ne faut demander ni au capital ni à l'autorité de dissiper les nuages et de (aire reparaître l'astre radieux. Le laboureur jouit avec plénitude des années d'abondance, car en récoltant les biens de la terre, il fait provision de santé, de bien-être et de sécurité, de profit et de joie. Le coupon que le rentier touche le laisse froid; la paye que l'ouvrier reçoit ne dit rien à son imagination; le blé, le vin, l'huile, le bétail, les chevaux, la laine, la soie, toutes ces belles et poétiques productions, ces utiles compagnons de la terre, qui ont enchanté la Grèce et qu'elle avait divinisés, sont à la fois des sources de richesse, des sources d'émotion et des éléments de bonheur.

Un ancien roi de Lydie, ayant interrogé l'oracle d'Apollon pour savoir quel était le plus heureux des hommes de son temps : C'est, répondit l'oracle, Aglaiis, connu des dieux et inconnu des humains.

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Nul, ni effet, parmi les Lydiens, n'avait entendu parler de ce favori de la fortune, Aglaùs ! Après une longue recherche, on le découvrit dans un coin caché des montagnes de TArcadie, cultivant son étroit héritage, entouré d'une famille hien ordonnée et vivant a l'aise des produits d'une terre que le travail du maître ne trouvait jamais ingrate.

Quand le prince des poètes latins s'écriait, il y a deux mille ans : Vous seriez trop heureux, ô agriculteurs, si vous connaissiez vos hiens ! ne semhlet-il pas avoir contemplé le spectacle, retrouvé de nos jours en Toscane ?

Il n'y a pas de pays, dit un éminent historien moderne, où l'ouvrier de la terre soit ujieux nourri, mieux logé, mieux vêtu; où il accomplisse plus joyeusement sa tâche; où son travail soit entremêlé d'un repos plus complet et plus doux; où le déploiement des forces physiques'nuise jnoins à l'intelligence; où la vie de la pensée soit plus constamment associée aux exercices du corps; où le sentiment moral soitmieux défendu, l'imagination mieux excitée, les jouissances de Tart plus pratiquement associées k l'existence de l'homme du peuple.

Dans ce tableau, pris sur nature, où rien n'est chimérique, il s'agit, en effet, de l'homme du peuple, du vrai paysan, du cultivateur nourri du travail de ses mains. Quel est l'ouvrier citadin qui réunit

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un tel ensemble d'heureuses conditions : santé conservée par la vie au grand air, forces développées par des exercices variés, esprit ouvert au spectacle changeant de la végétation, culture morale enseignée par l'intimité du foyer domestique, tout ce qui assainitet ennoblit l'existence réuni sous un humble toit, au profit d'une humble famille?

Telle est la vertu de la terre, labourée par des mains patientes ! Dans sa modeste sphère, le paysan toscan connaît toutes les jouissances qu'Olivier do Serres regardait comme l'apanage de l'agriculteur favorisé de la plus large aisance. C'est à celui-là qu'il s'adressait, en effet, pour lui apprendre : à se bien loger, à bien conduire les siens, à récolter du blé, à cultiver la vigne, à élever bétes à quatre pieds fournissant travail, viande et laine; à soigner poulailler, pigeonnier, garenne, ruche, étang, magnanerie, verger, jardins maraîcher et fleuriste, n'oubliant rien et voulant que son livre servît, avec l'aide de Dieu, à montrer comment on vit honnêtement des fruits d'un sol exploité à la fois pour la subsistance, le bien-être et l'agrément.

Ces tableaux séduisants de la vie champêtre, faulil les reléguer dans les régions de l'utopie? Non ! Il est, en France, des coins paisibles où le paysan n'ignore rien des conditions de bonheur dont le paysan toscan se glorifie. Dans toutes nos provinces.

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on rencontre des propriétaires que les conseils d'Olivier de Serres n'ont pas trouvés sourds, sachant jouir des biens dont ils sont entourés, fidèles au culte des divinités champêtres et contents, dans leur médiocrité dorée, de n'avoir, parmi leur voisinage, ni pauvres à plaindre, ni riches à envier. Oui, notre pays connaît encore ces hommes dont on fait l'éloge d'un seul mot, en disant : c'est un bon laboureur; ces f'e .Times, leurs dignes compagnes, qui mettent leur gloire k s'entendre appeler bonnes

ménagères.

Bon laboureur! c'est-k-dire ouvrier robuste, habile et diligent. Bonne ménagère ! c'est-k-dire femme économe, prudente, prévoyante et vertueuse. L'un remplit les greniers, l'autre en garde l'entrée; l'un* fait la maison, l'autre en garantit la durée. L'un sait que du cabaret il ne sort rien de bon; l'autre, qu'à se montrer légère, dépensière, insouciante de sa réputation et vaniteuse, c'est le chemin de la ruine et du mépris.

Bons laboureurs, bonnes ménagères, vous que nos prix et nos médailles vont signaler k l'estime publique, puisse notre pays vous conserver longtemps et revoir toujours des enfants faits k votre image! Pendant la paix, c'est vous qui lui assurez l'ordre et l'abondance; quand vient la guerre, vos économies, lentement amassées, vont remplir le

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trésor des armées et vos fils robustes vont grossir les rangs de leurs soldats.

Honneur, respect et protection à l'agriculture : elle nourrit, enrichit, embellit et défend la patrie !

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