XLVHI DISCOURS DE RÉCEPTION
porté des fruits. De même qu’en se rangeant sous les lois du christianisme, la France avait préparé, il y a seize siècles, la conversion de l'Europe, de méme son code, sa philosophie, sa littérature, ses mœurs ont laissé son empreinte partout où elle a passé.
Le pays s'était appuyé sur M. Guizot, représentant du tiers état, élevé au premier rang par ses grands talents, soutenu par sa rare éloquence, touchant d’une main pure aux affaires publiques, religieux sans fanatisme, sympathique à la noblesse et fier de son nom plébéien, comprenant l'autorité qui s’attache aux richesses, et restant pauvre au faite du pouvoir. Ses desseins ne sont pas oubliés; sa trace reste imprimée sur son époque. Son intelligence a pu se tromper sur les moyens, et qui, d’entre nous, près du pouvoir ou dans les rangs du peuple, ne s’est pas trompé? Sa conscience, du moins, ne s'était pas méprise sur le but, et c’est une justice que la postérité lui rendra; ce qu'il voulait : l’ordre et la liberté, le gouvernement du pays par le pays, l'autorité aux plus dignes, le pouvoir aux plus expérimentés, l'administration aux mains Îles plus honnêtes, la patrie forte, honorée et calme; des instruments désignés par la Providence le réaliseront, mais non sans travail, sans efforts, sans épreuves.
A L’ACADÉMIE FRANÇAISE. XLIX M. Guizot, qui, dans ses premières leçons à la Sorbonne, avait fait assister la jeunesse à la naissance troublée de notre patrie, à son développement puissant mais laborieux, avait le droit de dire à la fin de sa carrière, dans sa modeste retraite du Val-Richer : « Nos pères n’ont pas vécu plus doucement que nous; il en coûte cher pour devenir la France. Pour conquérir un bon gouvernement, elle a beaucoup tenté, peu réussi, jamais succombé. Depuis quatorze siècles, elle a subi les plus éclatantes alternatives d’anarchie et de despotisme ; elle n’a jamais renoncé ni à l’ordre ni à la liberté. Le temps n’est pas compté aux peuples pour apprendre à réussir; la France l’apprendra. Ses succès ont toujours surmonté ses revers, et, lorsqu'elle aura vu pourquoi elle n’a pas réussi, elle obtiendra, en le méritant, le succès qui lui a manqué. » Graves paroles, paroles prophétiques, qui résument les pensées de M. Guizot, apaisées par le calme d’une longue retraite, éclairées par le spectacle des grands événements qu’il contemplait avec impartialité au temps de la lutte, qu'il jugeait avec sérénité depuis qu'il en était sorti!
À l'heure suprême, au moment où sa belle âme allait se séparer de sa dépouille terrestre, entouré de sa famille en pleurs, attentive à saisir les moin-