‹ Discours et mélangesChapitre 35 sur 51 · TT NE EP · texte numérisé non relu

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mique, elle ne renferme cependant pas, en mécanique céleste, des découvertes aussi capitales que celles d’un Lagrange ou Je ne puis insister ici sur le domaine abstrait des mathémaue pendant le. xixe siècle. Il faut citer cependant, parmi ceux qui ont ouvert les voies les plus fécondes, Cauchy, Galois, Gauss, Abel et Fourier. Le premier, en créant la théorie des fonctions de variables complexes, a donné une

vaux les plus modernes relèvent de lui; c'est ce qu'on oublie souvent en Allemagne. On doit les notions les plus essentielles

sur la théorie des groupes à Galois, qui en a fait d’admirables applications à la théorie des équations algébriques, et ces notions ont pu être transportées plus tard en analyse. Le - nom de Gauss, à qui la géométrie infinitésimale doit de grands progrès, domine surtout la théorie moderne des nombres, déjà explorée avant lui avec éclat par Fermat, Lagrange et Legendre. à Cette science du discontinu, si difficile pour nos esprits habitués parles phénomènes naturels à l’idée de continuité, a été souvent - appelée la veine des mathématiques; ce fut plus tard un des grands mérites d'Hermite d'introduire le continu dans cer- taines questions d’arithmétique supérieure. Les travaux sur les fonctions elliptiques et sur des transcendantes plus générales > ont rendu célèbre le nom du Norvégien Abel. Quant à Fourier, son ouvrage sur la théorie analytique de la chaleur a fait époque en physique mathématique: il contient le germe des méthodes : 2 employées dans l’étude des équations différentielles auxquelles conduisent de nombreuses théories physiques, et les séries qui portent le nom de Fourier ont fait l’objet d'immenses générali-

+ aus l’astronomie d'observation, on trouve, pour les temps ose. les véritables pionniers dans les pays latins ou anglo- saxons. Sans remonter jusqu'à Galilée, indiquons seulement , parmi les fondateurs de cette branche si captivante de la à science : Bradley, qui découvrit l’aberration, d’après laquelle 3 pehaque étoile semble décrire annuellement une très petite

+ ellipse, et la nutation, qui est une oscillation de l'axe terrestre - d'environ 18 ans, puis l’infatigable observateur que fut William Herschell, dont les puissants télescopes sondèrent avec tant de succès les profondeurs du ciel, et à qui l’on doit la découverte

… vie nouvelle à l'analyse mathématique, et, en ce sens, les tra--

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de la translation du système solaire. Nous pouvons rattacher à notre pays le Danois Roemer, qui séjourna longtemps en France et à qui l'observation des satellites de Jupiter révéla que la lumière a une vitesse finie. Le nom de l’astronome allemand Bessel doit être rappelé ici pour ses travaux sur les étoiles . doubles et sur la mesure de la parallaxe d’une étoile de la constellation du Cygne, ce qui faisait connaître, pour la première fois, la distance d’une étoile à la Terre. Dans le monde plus lointain encore des nébuleuses, l’astronome anglais Huggins ouvre une voie nouvelle par ses observations sur les nébuleuses planétaires; il mesure aussi le premier la vitesse avec laquelle une étoile s'éloigne ou se rapproche de la Terre. ” En physique générale, deux principes dominent l'énergétique. Sous leur forme thermodynamique primitive, le prernier principe, ou principe de l’équivalence de la chaleur et du travail, est attribué généralement au médecin allemand Robert Mayer à le second, concernant la dégradation de l'énergie, est le principe de Carnot. Toutefois l’histoire du premier principe serait à réviser. Tout d’abord les expériences de Rumford sur l’échaufiement produit dans le forage des canons conduisaient à l’idée de l’équivalence de la chaleur et du travail, et il en est de même des expériences de Davy sur le frottement l’un contre l’autre de deux morceaux de glace. Mais c’est dans l'ouvrage publié sur les chemins de fer par Seguin, l'inventeur des chaudières tubulaires, en 1830, c’est-à-dire quatre ans avant le travail de Mayer, que l’on rencontre des vues précises sur le premier ‘principe de la thermodynamique, et même un calcul sur l'équivalent mécanique de la chaleur présentant une grande analogie avec celui du médecin allemand. De plus, dix ans auparavant, Carnot, modifiant ses vues sur le calorique, avait nettement indiqué le premier principe dans des notes trouvées après Sa mort Survenue en 1832, mais qui ne furent publiées que longtemps après. Il est donc légitime de regarder Sadi Carnot (qui était le fils | aîné de Lazare Carnot) comme le créateur de la thermodynamique. En fait, comme l’a dit un bon juge, Lord Kelvin, dans toute l'étendue du domaine des sciences, il n’y a rien de plus grand que l’œuvre de Sadi Carnot. Il faut placer très haut Joule, Clausius et Helmholtz, mais Carnot les domine tous. En optique, Young et surtout Fresnel développent avec éclat l'optique ondulatoire entrevue par Huyghens. Quel merveilleux

| … . Dans histoire de l'électricité, l'Italie, la France, É AA tiennent le premier rang avec Volta construisant la pile électriqué, avec Ampère trouvant. les lois de l’action des courants "sur les courants, avec Faraday découvrant l'induction électrique. Plus récemment, le génie de Maxwell fonde l électro- “optique; grâce à lui, les phénomènes électriques et les phéno- -mènes lumineux ne nous apparaissent plus comme deux mondes E distincts. Dans l'étude des nouveaux rayonnements, rayons en cathodiques, rayons de Becquerel et autres, la part des physi- E . ciens anglais et français est prépondérante. La découverte du Eee radium par Curie nous a montré la matière dans des conditions + d’instabilité jusque-là insoupçonnées. Seul le chapitre des : ice X ou rayons de Rôntgen fut ouvert en Allemagne. Dans la fondation de la chimie moderne, Lavoisier occupe “une place à part. Un grand nombre de faits avaient été accu- RTS depuis un siècle, et la découverte des principaux gaz, fratne, oxygène, azote, chlore, venait d’être effectuée par Fes Anglais Cavendish et Priestley, et le Suédois Scheele. Lavoi- É sier prend Tous ces résultats antérieurs comme point de départ É de ses expériences, et, en les interprétant convenablement, il : constitue la chimie moderne. Sa manière d’envisager la com- - buüstion en général constitue une véritable révolution scien- Liane. Après lui Dalton, Humphry Davy, Berzélius, Gay- … Lussac, Dumas, Gerhardt ont été de grands créateurs. Aux …—. chimistes allemands Richter et Wenzel se rattache la doctrine des équivalents chimiques, tandis que la théorie atomique pro- : prement dite, dont la fécondité est si grande, trouve son origine “ dans les travaux de Dalton et dans ceux de Gay-Lussac. Les conceptions si simples de Haüy sur la matière cristallisée lui … font découvrir les lois fondamentales de la cristallographie. > La mécanique chimique et la chimie physique relèvent de - Ia statique chimique de Berthollet qui a montré que, dans les - réactions chimiques, il faut tenir compte des conditions phy- - siques.. Dulong montrait ensuite que, dans la décomposition É sels, peut intervenir la masse des réactifs. Puis viennent

— 158 — RU ME 2 les travaux de Berthelot, sur l’éthérification et de Sainte-Claire Deville et de ses élèves sur la dissociation. Les notions ainsi acquises d'équilibre chimique et de transformation réversible ont été, depuis lors, l'objet d’un nombre immense de recherches, où l'Allemagne a apporté sa part, mais n’a pas en somme intro- : duit les idées essentielles. La mécanique chimique et la chimie physique ont trouvé leur plus grand théoricien dans l’Américaïn Willard Gibbs qui, dès 1873, faisait connaître des résultats généraux sur les équilibres chimiques et sur la dissociation, retrouvés depuis, de divers côtés, par une voie indépendante.

Dans les sciences naturelles, l’orientation des recherches a été. changée depuis Lamarck et Darwin. La biologie tout entière est dominée aujourd’hui par l’idée d'évolution, idée qui fut d’ailleurs un ferment puissant dans d’autres domaines, comme la philosophie et l’histoire. Lavoisier doit être compté parrni les grands physiologistes; il a le premier assimilé la respiration pulmonaire à une combustion. Bichat a fondé l'anatomie générale et a été le créateur de la science des tissus. On a pu dire de Claude Bernard qu’il fut la physiologie elle-même; c’est surtout à lui que la physiologie est redevable de la démonstration de la - nature physico-chimique des actes élémentaires de l'organisme; et un de ses plus beaux titres de gloire est d’avoir créé la physio= logie cellulaire, base principale de la physiologie générale. Ia été aussi l’initiateur de la doctrine des sécrétions internes dont Brown-Sequard montra ensuite la véritable portée, et ses travaux pathologiques ont apporté une large “contribution au développement de la médecine expérimentale.

L'œuvre de Cuvier est immense: ses trois grands ouvrages sur l'anatomie comparée, sur les ossements fossiles, et sur la distribution du règne animal d'après son orgamsation ont trans: : formé les sciences zoologiques. Le souvenir est resté des débats célèbres entre Cuvier et un autre grand naturaliste du siècle dernier, Geoffroy Saint-Hilaire, qui fonda l’embryogénie. Un. peu plus tard, en Allemagne, l’embryologie comparée se développe avec von Baer, et Schwann établit la théorie cellulaire Dans certaines sciences spéciales, comme l’histologie et la cytologie, à la suite d'observations fondamentales faites ailleurs, des progrès importants sont réalisés en Allemagne, grâce à … l'excellence des techniques et au nombre considérable des chercheurs.

de ceux dé dark de Darwin, et de Clarde Bernard. Ses ravaux Sur les fermentations ont orienté la biologie dans des

ments indéfinis. Les perfectionnements apportés en Allemagne “aux méthodes de culture microbienne ont permis de faire de trés intéressantes découvertes, mais les idées et les faits essen- ; tiels apportés depuis Pasteur dans le domaine auquel se rattache le nom de ce grand bienfaiteur de l'humanité, tels que la phagocytose, la bactériolyse et l’hémolyse, l’anaphylaxie, sont dus à - des savants russe, belge, français.

“ On voit assez, par l'historique rapide qui précède, combien e peu la science allemande est fondée à prétendre à l’hégémonie

voies inattendues et son-œuvre a, en médecine, des prolonge-

É pneu Si important qu’'ait été l'apport de l'Allemagne,

| nous ne sommes pas injuste en constatant que les grandes idées

| directrices sont le plus souvent venues d’ailleurs. L'Allemagne

sans doute a eu des chercheurs de génie, et personne ne se don-

nera le ridicule de vouloir diminuer un Gauss, un Clausius, un

J | Kirchhof o ou un Helmholtz; mais il fut une singulière complai-

sance pour croire que l'Allemagne tient le premier rang dans les

ne, ire fondamentales qui ont depuis trois siècles contribué à la formation de la science moderne.

7 D nent de del ho Est-il possible de toute ne ÉASORE à oetfe croyance de tant de cerveaux germains

F2 par son Dieu de diriger le monde, donne une explication

- d'ordre général, mais il importe d'indiquer des raisons plus

particulières.

” Onest constamment frappé, en lisant les livres et mémoires . des auteurs allemands, de leurs prodigieuse incapacité à mettre en lumière les idées essentielles. Les détails accessoires et les À ces importants sont traités avec la même ampleur, et le lec-

teur chemine péniblement sans savoir où il va. Il y a là tout

d’abord une incapacité de rédaction qui nous choque et rend pénible la lecture de ces travaux, quelle que soit leur valeur intrinsèque, Souvent, même chez les plus illustres, les idées directrices restent obscures, peut-être à desséin. Tel Gauss dans ses recherches profondes sur la théorie des nombres, . dont plus d’un passage constitue une énigme à déchiffrer. Il en est de même chez Weierstrass, puissant penseur mathématique assurément, mais qui semble craindre de montrer à ses lecteurs de trop vastes horizons et les conduit en tenant une lanterne sourde. Avec quel plaisir on revient, après la lecture d’un texte scientifique allemand, au mémoire clair et lumineux d’un Lagrange, au livre d’un J.-B. Dumas ou d’un Claude

Bernard ! Je n'ose décider dans quelle mesure la langue alle-

mande contribue aux défauts signalés plus haut. Il se peut que la formation de mots composés, où le rapport entre les composants est si mal défini, joue là un certain rôle; il est étrange, en tout cas, que, depuis Fichte, les Allemands trouvent dans cette agglutination un signe de supériorité, mais nous devons nous incliner, la langue allemande étant, d’après ce célèbre philosophe, une langue mère (Muttersprache), tandis que les langues néo-latines sont des langues dérivées et, par suite, inférieures.

D'une manière plus générale, dans un ensemble un“peu vaste, l'Allemand juge mal de l'importance relative des questions. C’est ce qu'on ne voit que trop dans les encyclopédies et les résumés pour lesquels il a tant de prédilection, et dont plus d’un fausse l’histoire dés sciences dans l'esprit de ceux qui leur accordent toute confiance. Bien entendu, ces sortes d'ouvrages ont fréquemment le souci de glorifier la science allemande, mais, même quand ils sont faits avec impartialité, ils sont souvent inutilisables, confondant dans une même citation des mémoires

fondamentaux souvent très courts et de longues dissertations

qui n’ont pas amené un progrès réel. Ce défaut dans l’estimation de la valeur scientifique a conduit à apprécier la quantité aux dépens de la qualité, et l'Allemagne étant, sans conteste, le pays où les presses des imprimeries scientifiques travaillent le plus, la science allemande s’est estimée au-dessus de tout.

La difficulté à juger de l'importance réelle des problèmes fait parfois attacher un grand prix à des questions purement

formelles sans intérêt pour le fond. Par un simple changement

E CS dans les étéments de l’ aithnétique. On sait qu'il existe des ‘2 nombres incommensurables, c’est-à-dire des nombres qui ne - peuvent s'exprimer par le rapport des deux nombres entiers. Le fait est connu depuis les pythagoriciens, qui démontrèrent Le que le rapport entre le côté d’un carré et sa diagonale était incommensurable. Ce fut même pour eux un grand scandale, car ils professaient qu’il existe un atome de longueur, ce qui . entraînait la commensurabilité du rapport de deux longueurs Ë quelconques. A lire certains traités allemands d’arithmétique, - il semblerait que personne n’ait jamais rien compris aux incom- . mensurables avant que tel géomètre allemand contemporain - eût fait une longue exposition de la question déjà traitée en ses points essentiels dans d’anciens livres d’arithmétique. Nous trouvons là un exemple de cette manie de ratiociner et de rendre - obscures les choses claires, qui est une des caractéristiques du 2: pédantisme germanique.

Avec les particularités de l'esprit allemand que nous venons de signaler, on ne sera pas étonné de la façon dont est souvent traitée l'histoire des sciences de l’autre côté du Rhin. J'ai déjà dit qu'en Allemagne on ne rendait pas à notre grand géomètre … Cauchy la justice qui lui est due; je pourrais faire la même remarque pour les théorèmes généraux de Liouville et d'Hermite += sur les fonctions doublement périodiques, que l'on rattache, sans les citer, aux travaux de Weierstrass, et le moinent | LR où le nom de Henri Poincaré passera au. second rang dans l’histoire des fonctions fuchsiennes qui sont une de ses plus belles créations. Dans un autre ordre d'idées, on sait que, pendant longtemps, la géodésie a été une science essentiellement - française; dès le xvrie siècle, des mesures d’arc de méridien furent exécutées en France, et c’est chez nous que fut établi le Je système métrique. Des opérations géodésiques de plus en plus précises ont été faites depuis dans de nombreux pays, et cette science spéciale a pris un caractère international; mais ce n’est pas une raison pour en oublier l’histoire, comme on le fait souvent en Allemagne, ni POSE chercher à accaparer les travaux faits ailleurs.

Lavoisier est, pour la grande majorité des chimistes, le fon- dateur de la chimie moderne. Il en va autrement en A HemaEns

où l’on cherche à diminuer son rôle. On insiste d’abord sur ce . qu'il n’a pe découvert les principaux gaz de la chimie pneumatique; ce à quoi il n’a jamais prétendu, quoiqu’un chimiste allemand, trop célèbre depuis quelques mois, affirme que, Priestley ayant fait part à Lavoisier de sa découverte de l'oxygène, le chimiste français publia alors un mémoire. où il s’attribuait l'honneur de la découverte de ce gaz. L'édification de la théorie de la combustion est le grand titre de gloire de Lavoisier. Or, la théorie du phlogistique de Stahl, écrit-on, avait déjà résolu ce qu'il y avait d'essentiel, en montrant qu'il S'agissait de phénomènes généraux et réciproques, combustion et régénération ou . oxydation et réduction; elle avait offert en outre un excellent guide à des expérimentateurs comme Scheele et Priestley. En fait, ajoute-t-on, on passe de la théorie de Stahl à celle de Lavoisier par une simple transposition et un peu plus on remar- . querait, en employant le langage de l'algèbre et donnant le signe moins au phlogistique, qu’il est équivalent de retrancher une quantité négative ou d'ajouter une quantité positive. Outre le désir de diminuer un savant français, il y a dans ces vues un produit d'une mentalité philosophique très répandue chez nos voisins, dont nous parlerons tout à l'heure. <

Nous avons dit plus haut que les travaux de Henri Sainte-

Claire Deville sur la dissociation sont fondamentaux dans

l'histoire de la physico-chimie: ils offrent de nombreux exemples de ces équilibres réversibles qui jouent un si grand rôle dans la “chimie actuelle. Aussi est-ce avèc quelque étonnement que, . dans des œuvres de vulgarisation estimées, on ne rencontre pas le ncm Ge Deville. Il est souverainement injuste d'oublier le rôle des chimistes français dans la fondation de la chimie | physique, que maintenant l'Allemagne voudrait faire passer pour une de ses créations. Que d'idées nouvelles alors furent © à ce sujet émises chez nous, depuis les temps déjà lointains

(1839) où Gay-Lussac comparait le phénomène de la dissolu-

tion à celui de la formation des vapeurs, et où‘ un chimiste. £ français écrivait (1£70) que la force osmotique est l’analogue * de la force élastique des vapeurs. On sait que la découvérte d'une membrane semi-perméable par un botaniste allemand permit plus tard au Hollandais Van’t Hoff de faire ses expé- «

riences sur l’osmose.

L'histoire des sciencés est: singulièrement difficile à écrire.

É rencontre aieop de us attributions et de silences is intentionnels; il faut une grande sagacité et des res auentes pour retrouver les premières traces d'une

ici i nécessaire pour éviter deux écueils. Une constatation due à un pur. hasard, inconsciente en quelque sorte, ne doit pas être mise sur le même rang qu ‘une découverte amenée par un ÈS heureux pressentiment qu'on pourrait appeler le sens du vrai et par des déductions bien liées. Un illustre physicien, mort il RE a une vingtaine d'années, avait coutume de distinguer à ce : ; sujet entre les trouvailles et les découvertes. Ilimporte, en second. ; lieu, que les revêtements donnés à tel ou tel chapitre de la science ne fassent pas oublier les vrais constructeurs pour ne voir que Jui qui a apporté à l'édifice les derniers achèvements; un nain Sn “plane: sur la tête d un géant peut apercevoir des horizons plus. E. étendus, mais il a, à cela, peu de mérite. Le.

rables travaux de Berthelot sur les synthèses, parce qu'une où

deux synthèses organiques avaient été effectuées avant lui, dont celle de l’urée par Wohler, en 1829, n’est pas douteuse. Mais la distance est immense entre un fait particulier qui ne se rattachait à à aucune idée générale et les vues profondes du chis miste français, systématiquement poursuivies.

A l'opposé, le nom de Pasteur n’est pas cité dans certains Cours de bactériologie, et les Allemands aiment à remplacer son s nom par celui de Koch. Certes, celui-ci fut un chercheur patient et sagace, qui débuta brillamment par la découverte des spores dela bactéridie charbonneuse, et les bactériologistes lui doivent d'excellents outils de travail, comme la méthode- des. cultures Sur milieux solides ét de nouveaux procédés de coloration,

Æ ire qui lui permirent de découvrir le bacille tubercu- Jeux, agent de la redoutable maladie dont le médecin français Villemin avait, dès 1865, montré la nature contagieuse, et le bacille virgule, cause du choléra asiatique. Mais, quelque intéressant que soit le rôle de Koch dans la bactériologie médicale,

- ses travaux ne sont venus qu'après ceux de Pasteur sur les fermentations, et il n’a pas été un initiateur.

__ Méfions-nous donc des renseignements que nous donnent

A les Allemands sur l’histoire des sciences. Ils manquent trop de. __ finesse pour lui apporter une contribution d’une indiscutable

= On. a quelquefois cherché à diminuer l'importance des admi- 2

— 16% — valeur, et leur orgueil prodigieux vicie d'avance une partie de leurs conclusions. Il semble que nous ne puissions pas, en France, nous adresser le reproche d'oublier les publications allemandes. Peut-être le reproche inverse serait-il plus fondé. Nous avons souvent montré des engouements peu justifiés pour certaines méthodes d’outre-Rhin, consacrant par nos éloges des travaux de second et de troisième ordre. Assurément, ces admirations, au moins exagérées, n’ont pas été aussi regrettables ni aussi dangereuses dans l’ordre proprement scientifique qu’en histoire et en philosophie, mais elles risquaient à la longue de nous faire perdre quelques-unes des traditions scientifiques auxquelles nous devons le plus tenir, et nous devrons reviser quelques-uns de nos jugements. Ce sera la tâche de demain.

Demandons-nous maintenant s'il n’y aurait pas quelque différence entre la mentalité moyenne de l’homme de science en Allemagne et dans la plupart des autres pays. Une telle diffé- : rence me paraît réelle et est d'ordre philosophique. Quelle est, en général, toutes exceptions réservées, la position des savants dans les pays latins et anglo-saxons par exemple, par rapport aux problèmes philosophiques, principalement parmi les savants adonnés aux sciences de la nature, physiciens, chimistes et biologistes? On peut dire qu'ils s’en désintéressent en tant que savants; en particulier, les discussions chères aux écoles philosophiques de tous les temps sur le réel et le vrai leur semblent oiseuses. Satisfait du sens commun, notre savant pose tout d’abord le postulat que le monde qui nous entoure est accessible à nos recherches et qu’il doit être intelligible pour nous ; il croit à la science à laquelle il consacre parfois sa vie, et il se méfie des critiques subtiles qui n’ont jamais conduit à des découvertes effectives; il estime qu’il est sans intérêt de s'arrêter sur les inextricables difficultés que présentent les notions les plus simples et les plus usuelles quand on veut les ‘approfondir et qui restent sans réponses, du moins sans réponses acceptées de tous. Claude Bernard disait, il y a longtemps, que, pour faire la science, il faut croire à la science; c’est là, incontestablement, pour celui qui cherche à faire œuvre scientifique,

… un Fr de départ, et non un point d'arrivée. Il existe aujourd’hui une mentalité scientifique moyenne, caractérisée par

l'admission des postulats énoncés plus haut, et l’écho de discussions, qui ont parfois laissé l’impression qu'il y avait une

- crise de la science, n’est pas sans provoquer quelque impatience .- dans nos laboratoires.

Nous avons dit tout à l’heure que le point de départ de la science est dans le sens commun. La première affirmation du sens commun est sans doute celle de l’existence d'objets exté-

rieurs à notre conscience: c’est un point dont, en général, un

physicien, ou un chimiste ne doute pas, si compliquée que

puisse lui paraître l’idée de matière. Il ne s’embarrasse pas

non plus des nombreuses théories de la perception et croit naïvement n'avoir aucune difficulté à atteindre les données immédiates de la conscience.

Quand on parle de sens commun, il s’agit des époques historiques et des peuples civilisés. Ce sens commun a eu probable-

ment son histoire. Il est possible que, dans l'humanité, de très

anciennes façons de penser aient survécu, malgré tous les changements postérieurs survenus dans les conditions des hommes, et l'on peut soutenir la thèse que nos conceptions fondamentales sur les choses sont des découvertes résultant d'observations et

d'expériences inconscientes faites par certains de nos ancêtres

à des époques extrêmement éloignées, et qui ont réussi à se maintenir à travers les siècles postérieurs. Ces conceptions

forment le stade du sens commun. Ainsi auraient pris nais- - sance les concepts de chose, de temps, d'espace, d'influences

causales, de réel, et de bien d’autres suivant lesquels continue à penser tout homme qui n’est pas atteint de crise métaphysique ou de scepticisme aigu. La notion du réel notamment a été lentement acquise par une suite innombrable d'expériences; elle n’est pas d’ailleurs seulement individuelle, mais a une signification sociale, en ce qu’elle exige un consensus universel dans une humanité moyenne, pouvant être différente pour les fous et les hommes d’esprit sain.

C'est donc en partant du sens commun, devenu le moule dans lequel évolue la pensée humaine, que s’est développée la science. Aussi a-t-on pu dire très justement que la science était le prolongement du sens commun, la connaissance scientifique n’étant pas en nature différente de la connaissance vulgaire, ce qui

n'exclut pas que la science puisse de loin en loin rectifier le sens commun. Parmi les données du sens commun, nous avons déjà mentionné la notion du réel, dont la connaissance a pu avoir primitivement une valeur d'utilité, l’utile et le vrai s'étant

trouvés voisins dans ce stade inférieur. Quoi qu’il en soit de

cette question d’origine, la science a commencé précisément quand ce premier stade a été dépassé, et qu'on s'est représenté le monde extérieur comme un tout cohérent, accessible à notre intelligence; c’est le premier -article du credo scientifique dont je parlais plus haut. Sans doute ce tout est d'une cfftoyable complication; il a fallu abstraire certains éléments pour n ‘en conserver que quelques-uns, mais sans perdre de vue le contact des choses. Le sens commun, qui contient le sens du réel, a

pour terme ultime et complètement élaboré le bon sens que

Descartes regardait comme la chose du monde la mieux partagée, et qui nous conduit à bien juger et à distinguer le vrai d’avec le faux. Rappelons aussi le rôle qu’a dû jouer dans l’élaboration du sens commun le principe de simplicité; il y a là une notion aussi féconde que vague, par laquelle nous nous laissons

guider, et qui tend à produire en nous un sentiment de certi-,

tude.

Je viens d'essayer de caractériser la mentalité moyenne de l’homme de science qui croit saisir et étudier le réel. Ce tableau s'applique-t-il complètement aux savants allemands ? Il semble que non, au moins pour ceux d’entre eux, assez nombreux, qui restent imprégnés de subjectivisme kantien. On sait que Kant, dans la Critique de la raison pure, reprend sous une forme plus précise les vieilles allégations des sophistes grecs, d'après

lesquelles « l’homme est la mesure de toutes choses, de celles qui sont en tant qu’elles sont et de celles qui ne sont pas en tant

qu’elles ne sont pas », comme disait Protagoras. D'après le philosophe de Kænigsberg, nous ne voyons les choses qu'à travers les formes de notre sensibilité et les catégories de notre entendement. Ces écrans interposés et, dans une certaine

-mesure, arbitraires, comme le montre le développement de

divers systèmes dérivés plus ou moins directement du kantisme, peuvent troubler singulièrement notre notion du réel et du vrai,

telle que nous l’avons envisagée plus haut en partant du sens commun. Quelques-uns en sont ainsi arrivés à regarder la. vérité non comme une découverte, mais comme une invention. Il y a là,

au point de vue scientifique, quelque chose de très dan-

Kant lui-même, très peu au courant des éléments des mathé-

* matiques et des études faites déjà de son temps sur les principes

* de la géométrie, fut singulièrement/malheureux quand il fit à la À . géométrie l'application de ses idées philosophiques. Pour lui,

l’espace est seulement une forme.a priori de notre intuition exté- #4

E rieure. Il est difficile de souscrire à cette affirmation depuis que sk géomètre russe Lobatschewsky a prouvé que notre entende- Le -ment peut concevoir un nombre indéfini d'espaces caractérisés *< chacun par une constante spatiale. T1 n’y a pas en géométrie de ; jugements synthétiques a priori, et Euclide était mieux inspiré que Kant en parlant de postulats. Quelques-uns de ces pos- . tulats sont en accord avec les expériences faites lentement par l’homme à travers les âges. Il est impossible de séparer l’acqui- Sition des notions géométriques et celle des notions physiques - les plus simples, la géométrie, dans des temps très anciens, ayant = fait partie de la physique. Sans changer l’ensemble de ces notions, on ne peut remplacer la géométrie euclidienne par une : autre géométrie et c’est un pur jeu d’esprit d'imaginer un homme transporté subitement dans un autre milieu, où, n'étant pas Por il commencerait sans doute par mourir. Nous retom- - bons ainsi sur le point de vue du sens commun, tel qu’il a été . envisagé plus haut. Nous devons alors regarder comme un fait * expérimental que la constante spatiale, figurant dans les géo- = = métries non euclidiennes (la courbure de l’ espace), a une valeur nulle: en ce sens, le système euclidien est plus vrai que les autres systèmes géométriques. C'était aussi, je dois le dire, le % point de vue du géomètre -allemand Gauss, dont nous avons déjà prononcé le nom à plusieurs reprises, et qui était arrivé de son côté, mais sans les publier, aux résultats de Lobatschewsky sur les géométries non euclidiennes. C’est une tendance de la science allemande de poser a priort = des notions et des concepts, et d’en suivre indéfiniment les — conséquences, sans se soucier de leur accord avec le réel, et même en prenant plaisir à s'éloigner du sens commun. Que de travaux sur les géométries les plus bizarres et les symbolismes les-plus étranges pourraient être cités; ce sont des exercices de logique formelle, où n’apparäît aucun souci de distinguer ce qui pourra être utile au développement ultérieur de la science ma-

Dre

BAS, pe

thématique. Car il en est dans les mathématiques pures comme

dans les sciences de la nature. Il y a des études qui ne se présentent pas comme arbitraires, et dont le mathématicien doué de quelque pénétration devine l'intérêt pour la solution de problèmes posés depuis longtemps ou se présentant naturellement; il y a comme une sorte de réalité mathématique, dont Hermite parlait un jour dans un très beau langage, où, à côté d’une vue réaliste au sens de la scolastique, apparaît le souci du contact de la mathématique avec le réel, quand il disait : « Il existe, si je ne me trompe, tout un monde qui est l’ensemble des vérités mathématiques, dans lequel nous n’avons accès que par l’intel* ligence, comme existe le monde des réalités physiques; l’un et l’autre indépendants de nous, tous deux de création divine, qui

ne semblent distincts qu’à cause de la faiblesse de notre esprit, ;

qui ne sont pour une pensée plus puissante qu’une seule et même chose, et dont la synthèse se révèle partiellement dans cette merveilleuse correspondance entre les mathématiques abstraites d’une part, l'astronomie et toutes les branches de la physique de l'autre. » .

Des observations analogues s'appliquent aux sciences physiques et biclogiques. Il y a quelque parenté entre le criti- ‘cisme kantien et une sorte d'indifférence avec laquelle plu-

sieufs, quoi qu'ils en aient, ont envisagé le rôle des théories physiques. C’est ainsi, nous en avons déjà parlé plus haut, que

l'on s’est attardé au principe vague du phlogistique, en le douant

au besoin d’une pesanteur négative, la théorie de Lavoisier apparaissant comme une transposition plus.ou moins indifférente de celle de Stahl. Le besoin de poser quelque chose 4 priori procède essentiellement de Kant. Celui-ci ne déclarait-il pas que la science de la nature ne mérite ce nom que lorsqu'elle traite son objet entièrement.d’après des principes a priori. Ainsi, en physique, des expériences en petit nombre, quelquefois contestables, conduisent à poser des principes dépassant tellement, par leur généralité, les faits dont on est parti qu'on peut les qualifier d’a priori; on en déroule impitoyablement les consé-quences sans se soucier de les confronter avec la réalité ou sans pouvoir le faire.

Prenons comme exemple de cet esprit de ve une ques-

tion qui occupe beaucoup les physiciens-géomètres depuis :

quelques années, celle de la relativité. D’après ce qu'on appelle

ee eine en physique le principe de relativité, aucune expé- rience, optique ou électrique, faite à la surface de la Terre ne

rmet de mettre en évidence le mouvement de translation de 74 Celle On généralise ainsi les résultats de trois expériences

7e négatives faites en Amérique et en Angleterre. Si l’on se reporte alors aux équations générales de l’électrodynamique actuelle- - ment admises, on est conduit à d’étranges conséquences pour

en repos ou en mouvement, ces équations doivent conserver la __ même forme; on en conclut que celles-ci restent invariables quand on efièctue sur les coordonnées d’un point de l’espace et le temps un certain .groupe de transformations. En langage ordinaire, ceci veut dire que dimensions et temps changent avec le mouvement du système. Un même objet mesuré par deux observateurs qui se meuvent uniformément l’un par rapport à l’autre n’a pas la même longueur. Des conséquences analogues existent pour l'intervalle de temps entre deux événements : simultanés par exemple pour certains observateurs, les mêmes événements cessent de l'être pour d’autres observateurs en mouvement par rapport aux premiers. La simultanéité a un caractère relatif comme les valeurs des longueurs et.des temps. Ainsi nos vieilles notions de sens commun seraient à reviser. » Mais certains savants allemands déroulent avec satisfaction ” les conséquences du principe posé. D’autres, avant de rejeter es idées traditionnelles de l'humanité sur l’espace et le temps,

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