‹ Discours et mélangesChapitre 36 sur 51 · NON PT ET MP IT | < Ÿ · texte numérisé non relu

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idées sur l’éther ainsi que les équations concernant l’électromagnétisme et le mouvement des électrons, obtenues grâce à des hypothèses assez contestables. Au lieu de continuer à faire

. des exercices de mathématiques et de développer des considéra-

tions d'ordre métaphysique, il vaudrait mieux tenter des expé-

> ‘riences nouvelles d’un autre type que celles pour lesquelles la théorie a été construite.

z On pourrait citer, dans certaines parties dela chimie, d’autres … ças analogues, où des théories sont développées sans qu’il soit

‘3 possible d'établir aucune confrontation précise avec la réalité. - L'Allemagne n'a pas cessé, depuis Schelhng, d'aimer les vagues

spéculations sur la philosophie de la nature et les schématismes

vides de sens. ;

C’est surtout en biologie que la tentation est forte de partir

pouvoir expliquer le principe de relativité. Qu'un système soit

auraient passé au crible d’une critique extrêmement sévère nos

de principes a priori (1). Au lieu de procéder par généralisation de faits observés, on part de conceptions abstraites auxquelles on veut plier l'être vivant. Les Allemands aiment à regarder Gœthe comme un des fondateurs du transformisme. Il est exact que, dans son ouvrage sur les Métamorphoses des plantes, Gœthe considéra tous les organes d’une plante comme provenant de la métamorphose d’un seul d’entre eux, la feuille; de même en zoologie, il créa la théorie vertébrale du crâne, d’après laquelle

. la boîte cranienne est la continuation de la colonne vertébrale

et est composée de vertèbres ayant subi certaines modifications. Il parla même de l’action du milieu. Maïs les mots ne doivent pas faire illusion. Il y a une différence profonde entre les concep-

tions de GER et celles de Lamarck. Pour Gœthe, tout ne se

réduit pas à à l'adaptation au milieu. On peut conclure de plu-

sieurs passages de sès œuvres qu’il se rattachait à la doctrine

connue aujourd’hui sous le nom de préformation, d’après laquelle les transformations dérivent d’une force interne, dirigeant les modifications dans un sens déterminé à l’avance. Quelque intéressantes que puissent être les vues de Gæthe, elles n’ont,

en réalité, qu'un rapport purement verbal avec la doctrine.

lamarckienne des transformations directement provoquées par les actions réciproques entre les êtres vivants et le milieu. Aucune science ne prête, comme la biologie, à l'introduction de substances ou de forces uniquement créées pour donner l'illu

sion d’une explication, sans qu’une confirmation expérimentale

soit possible. Avec son amour des solutions formelles, la science allemande a ainsi édifié certaines doctrines plus philosophiques que biologiques, que des critiques sévères tendent chaque jour à ruiner.

Stendhal écrivait, il y a longtemps, au sujet des Allemands : « Moins ils ont à dire, plus ils étalent leur grand magasin de principes logiques et métaphysiques. La vérité n’est pas pour eux ce qui est, mais ce qui, d’après leur système, doit être. » Cette phrase peut s'appliquer à maints livres scientifiques allemands, où la pauvreté des résultats est masquée par un insupportable verbiage philosophique.

(:) Dans une thèse soutenue en 1913, M. René Lote a étudié « Les origines mystiques de la science allemande », particulièrement en chimie et dans les sciences naturelles (Paris, Alcan).

raison … de Kant avait exercé une mauvaise influence sur ps ns scientifiques. On pourrait rattacher à la

| devoir comme : impératif purement formel, c’est-à-dire vide de tout contenu, dépourvu de toute matière, est d’une applica- -tion singulièrement dangereuse (1). Dans l’ordre scientifique, abus de notions purement formelles, ne conduisant à aucune conséquence contrôlable, n’est pas moins à redouter : nous en avons donné quelques exemples.

__ Dansles sciences, l'esprit d'invention ne se trouve guère dans 7 grand magasin de principes logiques et métaphysiques, dont parlait Stendhal. Nous ne pouvons donc nous étonner de l'avoir “assez rarement rencontré en Allemagne, en rappelant l'histoire | des découvertes scientifiques. L'esprit d'invention sait s’écarter à propos dé la voie des déductions logiques, il exige une aptitude à saisir des rapprochements entre diverses catégories de faits Feet ‘demande un sens aigu du réel, tel que nous l'avons envisagé à - plus haut, et qui n’a rien à voir avec une réalité que l'on prétend S construire soi-même. Les doctrines philosophiques, qui ont nui aux progrès de la science allemande pendant une partie du É siècle dernier, ont peut-être aujourd'hui moins d'influence …. directe chez les savants, mais il en est resté une mentalité qui conduit à cet esprit de système et à ces vues spéciales sur la: = valeur et l'objet même de la science, que nous avons cherché à re

4 Nous n' avons jusqu'ici envisagé que la science pure, c'est- = dire. la connaissance désintéressée dont le développement

© L'illustre philosophe développe comrie il suit sa pensée : « Dans = la vie réelle on ne peut se contenter d'un vouloir purement formel;

É il faut nécessairement vouloir quelque chose, il faut insérer quelque Re. matière dans ce moulé vide. » Et un peu plus loin, à proyos des massacres à la güerre de femmes, de vieillards et d'enfants, il ajoute : «Si cette cruauté est indisciplinée, elle est coupable en tant que vio- - lation-de la discipline. Si elle a été ordonnée par l'autorité légitime, si Le est une cruauté disciplinée, eine zuchtmassige Grausamkeit, c'est un

: British Academy, M. Boutroux remarquait que FA notion du 2

continu peut être cité comme un incontestable exemple de progrès de l'humanité. Si nous passons aux applications de la science et aux inventions proprement dites, on peut a priori supposer, en pensant au développement gigantesque de son industrie, que l'Allemagne a apporté là les idées les plus OTiginales et les plus fécondes. Or il en est tout autrement, comme le montre la seule nomenclature des grandes applications scientifiques qui, à des titres divers, ont changé les conditions de la vie depuis un siècle. L'Allemagne n’a en rien contribué à l’invention des machines à vapeur, des chemins de fer, de la navigation à vapeur. Il en est de même pour les ballons et les aéroplanes, la navigation sous-marine, la télégraphie électrique, la téléphonie, la télégraphie sans fil, la photographie et bien d’autres que j omets. Il est inutile de reprendre l’histoire tant de fois racontée de ces applications scientifiques. Même dans les choses de la guerre, qui sollicitent si vivement notre attention à l’heure actuelle, l'Allemagne n’a pas apporté de contribution vraiment originale. La science des explosifs, qui doit son origine à Lavoisier et à Berthollet, fut développée ensuite par deux savants Anglais : Abel et Noble, puis de nouveau en France par Ber-

thelot, et par un ingénieur éminent, notre contemporain, à qui

on doit la découverte de l'onde explosive et celle de la poudre sans fumée qui révolutionna l’art de la guerre. Pour la partie mécanique de la balistique, on peut rappeler que l'utilité des projectiles oblongs avec rayure des canons fut signalée dès 1760 par l'ingénieur anglais Robins, à qui on doit en outre Finvention du pendule balistique; on sait que le canon rayé fut effectivement réalisé plus tard en France. Enfin, pour términer cette nomenclature par un détail, le projectile dont nous entendons si souvent parler, le shrapnel, fut imaginé par un officier anglais Shrapnel qui, il y a un siècle, réalisa avec les boulets alors en usage le genre de projectiles auxquels son nom est resté attaché.

L'histoire nous montre donc que, dans les applications scientifiques comme dans la science pure, l'Allemagne n’a pas témoigné d’une originalité qui doive lui conférer une supériorité. sur tant d’autres nations plus inventives; tout au contraire. Et cependant cette supériorité dans l’industrie et le commerce est réelle; quant à la croyance à une prétendue supériorité scientifique, elle tient à une confusion entre l'augmentation du rendement scientifique et le progrès réel de la science.

Dans maintes parties de la science, les bonnes méthodes étant une fois trouvées, les applications de ces méthodes ne demandent . que de la patience et du soin, et il s’agit alors simplement, par ne dans les laboratoires, d’avoir un nombre suffisant de bons préparateurs. C’est le rôle que jouent souvent en Alle- . magne de nombreux travailleurs, élèves et collaborateurs de leurs maîtres, travaillant sous leur direction et développant - leurs idées. Les sujets d’études sont ainsi explorés dans tous les sens, et l'on tire d'une méthode tout ce qu'ellé peut donner. De l'effort de ces chercheurs patients ne résulte que rarement un - progrès réel de la science, mais le rendement scientifique est considérablement augmenté, et il arrive parfois qu’un produit nouveau intéressant, une heureuse modification dans une tech- . nique, des mesures systématiques de constantes physiques et Fe Sas soient le fruit de telles investigations. La nécessité de grands laboratoires puissamment outillés pour certaines __ études spéciales pousse natureliement à ces travaux en quelque - sorte collectifs, mais ici encore il ne faut rien exagérer. Ne nous laissons pas hypnotiser par les immenses laboratoires. Ils sont Ze assurément désirables dans quelques recherches demandant un & < nise compliqué, comme par exemple les recherches aux — très basses températures, mais nous ne devons pas oublier que He belles découvertes ont été faites avec un matériel très simple; » le colossal ne conduit pas nécessairement au grand. Sans re- Êc monter à l’âge héroïque des recherches de Pasteur dans son modeste laboratoire de la rue d'Ulm, reportons-nous seulement aux expériences fondamentales pour la physique moderne faites avec les tubes dé Crookes, aux travaux d’un éminent physicien contemporain sur les radio-conducteurs qui ont été l'ori- - gine de la télégraphie sans fil, et aux études faites récemment = Es un laboratoire de la Sorbonne sur le dénombrement des one Dans la science pure, on ne développe guère l'esprit d’invention en faisant travailler sur commande, et il est inutile de | grossir le nombre des publications sans intérêt qui encombrent les journaux scientifiques. Trop souvent, ces travaux, qui Éc portent la marque d'un même professeur et qui ne sont qu'une - menue monnaie glanée par des élèves médiocres, produisent ” un agacement que connaissent les lecteurs des périodiques et des . thèses d’outre-Rhin. L'esprit souffle où il veut, et les esprits

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quelque peu originaux sont rebelles à une discipline trop pesante. Les chercheurs bien doués trouvent eux-mêmes leurs sujets

‘études dans la lecture trop souvent négligée des œuvres des maîtres de la science, ou bien il suffit d'appeler leur attention sur certaines questions dont la solution paraît pouvoir être fructueusement abordée. Ce n’est pas à dire que ceux qui ont la charge d’esprits à former et à développer ne doivent leur inculquer l'habitude du travail méthodique, mais cela est tout autre chose que de leur donner, sous prétexte de travail scientifique, des devoirs à faire, comme il arrive souvent dans les universités allemandes.

Dans les applications industrielles de la science et dans le commerce, les conditions sont différentes, et l'organisation SYStématique rend les plus grands services; c’est ici que de grands laboratoires de science industrielle sont indispensables. Nous ne faisons pas de difficultés pour reconnaître que nous avons là beaucoup à faire. Malgré d’heureuses tentatives, la pénétration ne s’est pas suffisamment établie chez nous entre la science et l’industrie, et les efforts n’ont pas été suffisamment coordonnés. La faute en est sans doute à la fois aux savants et aux industriels, mais cette grave question est trop en-dehors du cadre de notre étude pour être abordée ici, et la compétence me manquerait pour la traiter à fond. Elle est d’ailleurs extrêmement complexe, et tient par certains côtés à la politique, particulièrement à la politique financière et fiscale. Rappelons aussi que, en Allemagne, la pensée du Deutschland uber alles a été un puissant ferment pour le développement de l’industrie qui s'est élevée ainsi au-dessus des intérêts particuliers et est devenue une affaire nationale, objet de la préoccupation constante des pouvoirs publics; c'est pour les Allemands un des moyens de dominer le monde que de l’asservir à leurs produits. Sans pré-. tentions à la domination universelle, nous saurons, espérons-le, … nos alliés et nous, reprendre les places commerciales d’où les … Allemands nous ont chassés depuis 40 ans et celles où ils se sont plus récemment installés. Ces conquêtes seront une conséquence nécessaire de la victoire de nos armes et contribueront à réparer les ruines accumulées par la barbarie de nos ennemis (1).

(*) En reconnaissant d’une manière générale la supériorité de l'Allemagne dans l'organisation industrielle et commerciale, je n'oublie pas

Cage 4. dé CE dt

certaines directions et une meiïlleure organisation, nous lais- serons aux Allemands les vues mystiques sur l'Organisation

(avec une grande lettre), qui sont en honneur chez eux. Car là, :

| ‘encore, nous retrouvons la philosophie allemande; le concept

d'Organisation est aujourd’hui pour quelques docteurs d’outre-

. Rhin un nouvel impératif que l’Allemagne doit imposer au

monde, accompagnement nécessaire de la Kultur. Is appliquent ici les principes de l’énergétique; aussi leur paraît-il indispen-

sable que chacun reste enfermé dans une étroite spécialité, afin de donner son rendement maximum, leur méthode tendant à - faire de l’homme une machine. Notre planète doit devenir une . vaste usine sous la haute direction d'ingénieurs et de profes-

seurs allemands, en même temps qu’une geôle soumise à la dure

surveillance du militarisme germanique. Tel était le but de la guerre actuelle, effroyable vision de barbares savants, dont la

réalisation constituerait un immense recul pour l'idéal de civi-

Jisation humaine, rêvé par tant de nobles penseurs, d'après lequel chaque nation doit apporter dans l'œuvre commune de

l'humanité ses qualités propres, sans qu'aucune prétende à

une domination qui ne pourrait que retarder la marche de - Tesprit humain. Ce fut même jadis le rêve du plus grand esprit qu’ait produit l'Allemagne, Leibniz, qui s’efforçait de trouver - des terrains d'union entre les nations. Mais, hélas ! le vieux - fonds atavique de race de proie, que fut si souvent l'Allemagne

à travers les âges, est remonté à la surface, et tous doivent, en

ce moment, s'unir contre un peuple qui, se croyant d'essence diwine, prétend s'imposer au monde par la violence.

qu'il y a chez nous des industries où la pénétration désirée s’est plei- . nément réalisée. Il en est ainsi notamment pour ce qui concerne la mécanique. J'ai parlé plus haut de l'aéronautique et de l'artillerie. - Nous avons aussi créé et mis au point l'industrie de la bicyclette et de

l’'automobilisme, et surtout nous sommes presque les seuls auteurs des

… progrès récents dans l’art de construire, où nous défions toute concur-

rence sur les marchés étrangers. Dans plusieurs domaines, c'est bien plus notre organisation commerciale que notre Psion nédetyelle a laisse à désirer.

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