NOTICE SIR FÉNELON
qui supposent l'ignorance du détail des affaires humaines. Sa politique n'était pus seulement le rêve d'une âme vertueuse. Il avait vu, il avait jugé la cour et les hommes; il connaissait l'histoire de tous les siècles; il était doué d'une certaine indépendance d'esprit, qui le mettait audessus des préjugés d'état et de nation. C'est dans les divers mémoires qu'il adressait au due de Beauvilliers , que l'on peut étudier la sagesse de ses vues sur les plus grands intérêts, sur la succession d'Espagne, sur la politique qui convenait à Philippe V, sur les alliés, sur la conduite de la guerre, sur la nécessité de la paix. On doit vivemenl désirer la publication de ces précieux écrits, qui ne sont connus que par les extraits qu'en a donnes le dernier historien de Fénclon. Cette guerre désastreuse de la succession d'Espagne, en rapprochant le théâtre des combats du séjour de Fénelon, lui donna la joie de voir, après dix ans d'ahsence, le jeune prince qu'il avait formé, et qui venait commander les dernières troupes de Louis XIV vaincu. L'histoire ne peut dissimuler que l'élève de Fénelon, dans le commandement des armées, fut audessous des espérances de sa jeunesse et de l'opinion de la France. Les lettres de Fénelon au duc de Bourgogne, pendant cette époque décisive, en montrant la franchise sé\ ère, l'ascendant singulier de l'instituteur, feraient ellesmèines soupçonner que ce jeune prince, instruit, docile, vertueux, avait un génie trop timide. On n'aime pas que l'héritier de Louis XIV ait hesoin de recevoir des leçons sur tous les détails de sa conduite. Malgré le respect que méritent même les petitesses de la vertu, on n'aime pas qu'un jeune prince, placé dans un si grand poste de péril, préoccupé de si grands intérêts, s'inquiète et consulte Fénelon, pour savoir si, dans le mouvement de la guerre, il pouvait habiter linéiques heures l'enceinte d'un couvent de religieuses. On craint que de pareilles inquiétudes n'aient