‹ Discours et mélanges littérairesChapitre 14 sur 49 · NUI ICK SI 11 I I.M.I UN. I2JÎ · texte numérisé non relu

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tion, et répandait tous les trésors (Je son i;»*-il.- génie. Une occasion imprévue lui permit de développer avec

plus de travail son éloquence naturelle. Le sermon qu'il prononça dans la cathédrale de Lille, pour le sacre de ('archevêque de Cologne, est un des morceaux les plus touchants et les plus parfaite de l'éloquence chrétienne. 1rs malheurs de la puerro , qui punirent enfin la longue gloire de Louis XIV, avaient amené les troupes ennemies dans le diocèse de Fénelon • ce fut pour le saint évêque l'occasion d'efforts et de sacrifices nouveaux. Sa sagesse, sa fermeté, la noblesse de son langage, inspiraient aux généraux ennemis un respect salutaire aux malheureuses provinces de la Flandre. Eugène était digne d'entendre la voix du grand homme, dont il connaissait le génie,

Parmi tant de soins et de travaux , Fénelon entretenait une correspondance très-étendue avec les ecclésiastiques qui le consultaient, avec ses amis et ses parents. < >n y reconnaît toujours ce génie heureux et facile , auquel toutes les idées sages et nobles venaient naturellement sur tous les sujets. Plusieurs de ses lettres renferment tous les secrets de la science du monde, analysés avec la finesse d'un homme de cour, et exprimés dans le style de La Bruyère, écrivant sans effort. La situation de Cambrai, sur les frontières de la France, attirait auprès de Fénelon beaucoup d'étrangers; ils ne l'approchaient, ils ne le quittaient que pénétrés d'une religieuse admiration. Sans parler de Hamsay, qui passa plusieurs années dans le palais de Fénelon, le fameux maréchal Munich et l'infortuné Jacques 11 1 sentirent le charme de son entretien et l'ascendant de sa haute sa- < . C'était le privilège de Fénelon de paraître également admirable aux yeux d'un prêtre, d'un politique, ou d'un homme de guerre, avantage, à la vérité, plus

facile à concevoir, à une époque où la religion formait un lien commun qui rapprochait les esprits.

Fénelon, dans les sages conseils qu'il donnait à Jacques III, montrait sa haute estime pour la constitution anglaise , si forte à la fois contre le despotisme et contre l'anarchie. 11 était exempt de cet étroit patriotisme qui calomnie tout ce qui existe au delà des frontières. Son àme vertueuse avait besoin de s'étendre dans l'univers, et d'y chercher le bonheur des hommes. « J'aime mieux, « disait-il, ma famille que moi-même ; j'aime mieux ma « patrie que ma famille ; mais j'aime encore mieux le « genre humain que ma patrie. » Admirable progression de sentiments et de devoirs ! Des esprits faux et pervers ont abusé de ce principe; il méritait cependant d'être autorisé par Fénelon : c'est le Caritas generis humant, échappé de l'âme de Cicéron, mais démenti par les féroces conquêtes des Romains, qui, non moins inconséquents que barbares , jouissaient des blessures et de la mort de leurs gladiateurs sur le même théâtre où ils applaudissaient avec transport ce vers humain plus que patriotique :

Homo sum, humani nihil a me alienum puto.

Le christianisme était digne de consacrer par la bouche de Fénelon une maxime que la nature a mise dans le cœur de l'homme. Quand cette vérité triomphera , nous croirons au progrès des lumières. Après tous ces cris patriotiques , qui ne sont trop souvent que les devises de l'égoïsme, les prétextes de l'ambition et les signaux de la guerre, ne criera-t-on jamais en posant les armes et par un vœu qu'il est temps d'accomplir : Vive le genre humain ! L'humanité de Fénelon ne se bornait pas à des spéculations exagérées, à des généralités impraticables,

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