‹ Discours et mélanges littérairesChapitre 31 sur 49 · RÉPONSE AU DISCOURS M M. DACIER · texte numérisé non relu

RÉPONSE AU DISCOURS M M. DACIER

muant tous les débris, interrogeant toutes les ruines, nuis négliger la population moderne, qui est elle-même une ruine vivante et glorieuse de la Grèce antique? Vous redisiez alors ce vœu de M. de Choiseul, ce vœu du chrîstianisme et de l'humanité pour l'affranchissement de \a Grèce; vœu sacré que n'ont point affaibli, sans doute, les nouvelles barbaries des oppresseurs et l'héroïsme infortuné de leurs victimes.

Ainsi, Monsieur, le culte des beaux-arts est l'allié naturel de tous 1< s nobles sentiments, de toutes les pensées conformes à la dignité humaine. La perfection même du goût ne fait que développer la générosité du cœur. Éclairer notre raison, c'est élever notre âme. Par combien d'exemples, et sous combien de nuances délicates cette heureuse union ne se reproduit -elle pas dans la vie de tant de savants illustres, dont vous avez été, depuis quarante ans, le fidèle et ingénieux historien?

I -c recueil de vos éloges, si curieux et si varié, où figurent tour à tour tant de mérites différents, tant de célébrités étrangères et nationales, ce recueil que l'on pourrait nommer justement une histoire dramatique et animée de la littérature savante depuis un demi-siècle, serait aussi l'heureuse démonstration de cette vérité, qui rattache à l'amour des sciences et des lettres l'habitude des plus nobles sentiments; et la vie entière du panégyriste en serait la dernière preuve. L'Académie , Monsieur, par le choix qu'elle fait de vous, a donc voulu tout ensemble rendre honneur à vos utiles travaux , au corps savant qui vous les inspire, et à la mémoire de l'illustre prédéur que vous avez loué si dignement, et dont le nom rappelle une autre gloire, qu'il ne nous est pas permis d'oublier.

Pendant plus d'un siècle, chaque solennité semblable à celle qui nous réunit en ce jour ramenait, avec de nou-

veaux éloges, le puissant nom de Richelieu, de ce ministre ambitieux, mais au profit de l'État, qui, tenant le monarque esclave sur un trône agrandi, releva les étendards de la France à la hauteur où les avait portés l'immortel Henri IV, et, du milieu de toutes les factions et de toutes les faiblesses fit sortir un royaume florissant, belliqueux, paisible, dont la splendeur, pour éclater tout entière, n'attendait plus que Louis XIV. Sans doute l'histoire et la postérité ont fait un choix sévère dans les louanges que la littérature reconnaissante avait prodiguées à Richelieu; et l'Académie a pu sagement interrompre cette tradition d'un panégyrique uniforme, contre lequel la morale et la justice avaient souvent à réclamer. Mais quand l'homme puissant n'est plus loué par cette flatterie héréditaire qui survit quelquefois à la force et semble en aduler le souvenir, il a droit encore d'être jugé ; et s'il fut un grand homme , il conserve une immortalité désormais indépendante des exagérations de l'enthousiasme' et de la haine. Tel nous apparaît ce cardinal de Richelieu, qui, malgré l'inflexible hauteur de son génie, aima les lettres, en conçut la grandeur, en favorisa l'influence. Que son nom, toujours présent dans l'histoire et dans la politique, retentisse encore parmi nous, aujourd'hui surtout, qu'il semble disparaître de cette enceinte avec son illustre et dernier représentant !

Vous venez , Monsieur, de payer un juste hommage à la mémoire de ce noble héritier d'une grande famille, qui, dans une vie consacrée trop peu de temps à la France, fut assez heureux pour rajeunir l'illustration de sa race par de nouveaux titres et de nouveaux services. Vous avez retracé cette gloire, que la destinée cruelle des révolutions le força de chercher longtemps sur une terre étrangère ; vous l'avez montré civilisant une contrée barbare, et faisant fleurir les arts et l'industrie de l'Europe dans une

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