‹ Discours et mélanges littérairesChapitre 38 sur 49 · RÉPONSE AU DISCOURS DE M. FOURIBR · texte numérisé non relu

RÉPONSE AU DISCOURS DE M. FOURIBR

perdre aucun do ces signes précieux de noire passage <'ii Egypte.

l ■ ! hommes distingués auxquels ce soin était commis vous désignèrent, par un suffrage unanime, pour tracer le frontispice du temple, qu'ils élevaient à la gloire des sciences et de la patrie. De là ce discours sur L'Egypte, exposition éloquente et rapide, où sont réunis à grands traits les événements de l'histoire, les observations de la science, les vues de la politique. Vous invoquez à la luis l'autorité des âges et les spéculations du génie. Voua montres saint Louis, âme sublime dans un siècle barbare, qui devançant la civilisation par l'enthousiasme, aspire à la conquête de L'Egypte, et remplit tout l'Orient de la gloire de ses infortunes et de la nouveauté de son héroïsme. Vous montrez, dans le siècle des arts, le grand Leibnitz proposant l'Egypte à Louis XIV, et traçant pour ce prince le plan de l'invasion que le courage français accomplit dans notre ère nouvelle.

Éclairé par cette glorieuse expérience, vous jetez de grandes lumières sur les entreprises, que pourrait essayer l'Europe, pour humaniser l'Orient. Là se trouvent quelques-unes de ces hautes idées auxquelles vous avez donné tout à l'heure une élévation et une énergie nouvelle. On aime à voir ainsi la supériorité de la raison venir à l'appui des espérances généreuses, et le savoir justifier l'enthousiasme.

Oh! si le génie de l'Europe pouvait enfin pénétrer dans ces beaux climats de l'Orient, non pour opprimer, mais pour secourir ; comme elles se relèveraient ces races déchues, mais chrétiennes, Oasis vivantes au milieu du désert de la tyrannie turque, peuplades infortunées que depuis tant de siècles L'Évangile réserve et prépare au bienfait de la civilisation et de la liberté! Ce sont là, peutêtre, les conquêtes et les colonies laissées à notre âge. Le

monde est parcouru. Il n'y a plus de nouveau continent à découvrir; mais il y a près de nous des contrées, mortes par la barbarie, à faire renaître par le commerce, la justice et les arts; c'est là que l'Europe doit s'indemniser d'avoir perdu l'Amérique.

Je m'attache, Monsieur, à ce caractère élevé, à ces grandes vues que tout le monde peut reconnaître dans vos ouvrages. Une autre partie de votre gloire m'échappe; mais vos juges naturels ont placé vos théories dans le rang de celles qui joignent la nouveauté de l'analyse à la grandeur des résultats. En portant l'application des lois mathématiques sur un nouvel ordre de phénomènes , vous avez, disent les savants, ajouté à la science; et nous éprouvons tous que votre esprit lui prête la plus lumineuse clarté.

Depuis votre retour en France, ces hautes méditations furent souvent mêlées pour vous au soin des affaires et à l'embarras des devoirs publics. Préfet de Grenoble, pendant quatorze années, votre administration active et sage ne parut pas souffrir des distractions solitaires de la science; et elle en profita même quelquefois. De grands travaux publics achevés par vous, des marais desséchés, des terres rendues à la culture, la richesse et la salubrité du pays s'augmentant à la fois , ce sont là des titres, Monsieur, qui feront longtemps honorer votre nom dans les industrieux cantons de l'Isère.

Aussi, dans des temps difficiles , les plus honorables témoignages vous furent décernés par toutes les opinions. En vous, l'homme sage et bienveillant, le magistrat intègre et modéré obtenait autant d'estime que le savant illustre mérite d'admiration.

Continuez, Monsieur, dans la retraite, à cultiver ces hautes sciences qui font votre gloire, sans négliger les lettres que vous aimez, et dont vous avez aussi le génie.

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