LA FRANCE NOUVELLE
Je suis la France nouvelle ; La vieille France, avant de descendre au tombeau, Eut comme vous ses jours d'une gloire éternelle: Puis ma mère mourut; et je porte comme elle Dans une main un glaive, et dans l'autre un flambeau.
D'autres pièces, les nos 6, 12, 39 et 18 se sont fait remarquer par des traits de talent mêlés aux erreurs de goût. Le n° 33 a plus longtemps fixé l'attention de l'Académie et partagé les suffrages. Malgré trop de diflusion
peut-être, on y reconnaissait l'art habile et l'éclat élégant tl'im écrivain qui s'est initié à tous les artifices de l'expression poétique. Cette pièce, qui a le plus approché du prix, sei a sans doute publiée ; et nous craindrions d*en affaiblir l'effet "'ii ne la citant que par fragments. L'auteur est M. Bignan, souvent couronné dans ces concours, et estimé dans les lettres à plus d'un titre.
Le prix enfin a été remporté par un émule moins exercé, mais dont quelques inspirations ont frappé davantage. Un plan poétique et simple, de la force et même du naturel, quelque chose de nerveux et d'agile qui semble marquer ICI. m (lu jeune athlète fait pour vaincre, un sentiment \ rai sous la parure des vers, voilà ce qui, malgré les fautes, a li\é nos sulfrages.
L'auteur est M. Boulay-Paty. Plein d'ardeur et d'inexpérience, il mérite cette faveur qui anime le talent, et que le talent justifie. Il va lire lui-même son ouvrage. Vous l'accueillerez pour lui donner la force d'être mieux entendu, car il n'a besoin que de l'être.
354 uiscm.iis et m élances.
SUR
LES CONCOURS DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE
Messieurs,
L'Académie française, dans les prix nombreux dont elle est dépositaire, ne voit pas seulement une récompense pour le talent, mais une influence qui peut en diriger l'usage au profit des études sérieuses et des utiles travaux. Tel sera, nous l'espérons, le bienfait de la fondation laissée depuis plusieurs années par le baron Gobert, et réservée par l'Académie jusqu'en 1840, comme une sorte de prix décennal pour l'histoire de France. Tel doit être aussi, dans d'autres proportions, le caractère de ces prix annuels fondés par un sage, aux yeux duquel le progrès moral était la première destination des lettres, et l'instruction du peuple la plus noble dette de l'État.
L'Académie accueillera les ouvrages qui touchent à ce but par les voies les plus diverses, une histoire des systèmes philosophiques et un traité d'éducation pratique, un livre de fine observation, de spiritualisme élevé, et un manuel populaire.
Enellet, si, dans les sciences mathématiques, certaines
vérités spéculatives, qui ne semblaient d'abord qu'une puni curiosité de l'esprit, se transforment tôt ou lard en sppUcations puissantes, et deviennent utiles de toutes les utilités inconnues que renfermait leur principe, on peut dire aussi qu'il n'est |»as en philosophie une vérité fondamentale, quelque ibstraite qu'elle soit, qui nu descende insensiblement dans l'usage, et dont le contre-coup n'agisse sur le sort des lioinines. Discuter les anciens systèmes de philosophie, dans ce qu'ils ont de pur et de fécond pour les mœurs, dans ce qu'ils ont de faux, et par conséquent de dangereux, cherche? le fondement de la certitude morale, c'est-à-dire, la loi de l'être intelligent, montrer que le doute absolu est une impuissance universelle, et que la force de l'âme est dans sa conviction, c'est là, pour les jeunes esprits, un noble travail, et pour tous, une instruction salutaire.
A ce titre, deux volumes d'études philosophiques, par M. Mallet, ont fixé l'attention de l'Académie. En y blâmant quelques jugements trop exclusifs, trop sévères, tels qu'ils échappent à la jeunesse, on estimera l'esprit génénux qui se mêle dans cet ouvrage à la précision des analyses et aux recherches Bavantes sur la philosophie grecque. M. Mallet appartient à renseignement public, les principes de son livre attestent qu'il connaît tous les devoirs de sa mission; son talent, qu'il les remplit avec succès et avec autorité.
Un autre membre du corps enseignant a ollert aux suffrages de l'Académie un travail étendu, sur le sujet depuis longtemps esquisse dans un livre bien court qui semblait avoir tout dit : l'Education des /dits, par Fénelun. Sous le titre île Co/tsiu/s aWÊ uurts, M. ïhéry a repris, a développé, a traduit pour notre siècle quelques-unes des vérités admirablement touchées par l'archevêque de Cambrai. Cette expérience de la famille, cotte sagacité du père, à
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laquelle Fénelon suppléait à force d'âme et de génie, inspire souvent M. Tliéry , et peut rendre ses conseils utiles, même après ceux d'un si grand maître. 11 suffira de le lire avec choix; et lui-même jugera, sans doute, qu'il ne peut trop soigneusement revoir les détails d'un livre tel que le sien, où la plus saine instruction doit avoir pour seul ornement la clarté, la justesse et la simplicité. Mais l'Académie a voulu, dès à présent, honorer cet ouvrage, parce que les principes en sont purs, et que, s'il peut gagner pour le goût, il est irréprochable pour la raison et la morale.
Toutefois, Messieurs, en appréciant le but et le talent de MM. Mallet et Théry, ce n'est pas à l'art habile des deux écrivains que l'Académie a réservé la première place dans ce concours. Deux médailles leur sont décernées. Mais pour le prix, un livre moins savant a été préféré, un livre de noble instinct et de réflexions solitaires, plutôt que de recherches et d'études, l'ouvrage d'une mère écrivant sur la vie des femmes, dont elle a modestement suivi tous les degrés, et dont elle a vu de près la plus brillante exception, et la gloire la plus rare, sinon la plus heureuse, dans le génie de madame de Staël, sa compatriote, sa parente et son amie.
Ncekcr, Staël ! ces noms que les discordes politiques, et même les dissentiments littéraires ont livrés si souvent aux contradictions de l'envie, ces noms qui rappellent talent, esprit, liberté, restent naturalisés en France ; et l'Académie croit répondre à la pensée du prix fondé pour le français auteur de Vouvrage le plus utile aux mœurs, en envoyant, cette année, sa couronne à madame Necker de Saussure, à Genève.
L'ouvrage de madame Necker est, en elfct, une des plus saines lectures qu'on puisse faire. L'esprit de ce livre est à la fois sévère et délicat. On sent, au fond des paroles, une foi sérieuse, la gravité du caractère et celle des habi-
IIAI'POIIT SUR LES CONCOURS l>K 1839. 357
tucles. Mais l'austérité n'est que dans les principes; la persuasion est dans le langage. Nulle part la vie entière de la femme n'a été plus finement expliquée, et décrite avec une sagacité plus attentive et plus tendre ; nulle part elle n'a été ramenée à une vocation plus haute, sans parai loves, sans projets ambitieux de transformation sociale, mais par la profonde intelligence de ce qui est conforme à la nature et à la société.
Pourquoi un si bon ouvrage est-il inégal? Pourquoi ces pages où l'on rencontre des touches si vives et dignes de La Bruyère, ne sont-elles pas exemptes d'incorrection et de langueur ! Le livre eût fait plus de bien encore : il serait lu davantage et avec plus d'attrait; il répandrait plus facilement ces trésors de sages pensées et de généreuses émotions qu'il renferme, et qui ne peuvent s'en échapper vers une âme, sans la rendre meilleure ou plus ferme dans le bien.
Quelques parties du livre de madame Necker auront celle puissance immédiate et salutaire; ce sont celles où l'auteur, qui est toujours de son siècle, sans être du monde, cherche à définir l'éducation, les soins, la tâche qui conviennent le mieux aux femmes dans notre époque. Tout ce qu'elle dit à cet égard d'ingénieux, de vrai, de touchant, la jette elle-même dans une sorte d'enthousiasme gracieux et pur, qui lui montre les femmes de notre siècle ranimant, si elles le veulent, par l'active charité, la flamme de l'amour céleste, et retrouvant par elle, dans nos jours peu chevaleresques, plus d'empire et de bonheur qu'elles n'en curent jamais, dans ce moyen âge renommé pour l'éclat et les hommages dont il les avait entourées.
De ce perfectionnement social promis à notre temps, il ces devoirs sérieux et domestiques, qui doivent remplacer dans ions les rangs l'exquise politesse de mœurs réservée jadis à un seul, l'attention se porte naturellement
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sur le sort des classes pauvres de la nation. Leur assurer plus de bien-être et de lumières, et faire en sorte que, dans cette société égale et libre où beaucoup peuvent s'élever, sauf à tomber vite, nul ne soit condamné sans recours à l'ignorance et à la misère, tel est le problème de nos jours, telle est l'œuvre de politique et d'humanité qui doit se poursuivre sous toutes les formes. Inspirer, par la religion et les mœurs, le goût du travail, faire servir l'instruction au bon sens, et le bon sens au bonheur de soi-même et des autres, voilà ce qui peut naître de ce vaste enseignement populaire si rapidement propagé sur toute la France, et qui ne l'est pas encore assez.
Mais il faut des livres pour tant de lecteurs nouveaux qui se préparent chaque jour, des livres faits pour eux, appropriés à leur usage, et qui rendent chacun plus habile dans son état, au lieu de l'en dégoûter. La composition de tels ouvrages n'a paru au-dessous d'aucun grand talent, depuis Franklin jusqu'au docteur Chalmers, et à l'orateur anglais lord Brougham. Dans notre pays même, et près de nous, parmi tant de beaux vers échappés à la voix sublime et tendre d'un poëte célèbre, d'un orateur aussi, je n'en réciterais pas de plus admirés et de plus durables que la prière des petits enfants, improvisée par M. de Lamartine pour une école de village.
On ne peut trop souhaiter que les esprits les plus élevés, qui sont presque toujours les esprits les plus justes, ne dédaignent pas cette gloire d'écrire pour l'instruction du peuple. Les vérités de la morale, les principes utiles à la société, et jusqu'à ces notions politiques, souvent perverties et ensanglantées par des passions aveugles, peuvent être amenées, pour tout le monde, à une évidence simple et persuasive, On ne saurait trop encourager de semblables essais.
L'Académie a distingué sous ce rapport un petit écrit
intitula Jean le Bond à ses amis les ouvriers, écrit plein d'excellents eonseils, et qui a eu lé grand mérite de ne pas ennuyer eeux auxquels il s'adresse, et d'être lu par eux. Elle décerne à ce travail utile une médaille de l..')()Ofr.; mais elle rappelle qu'il n'y aurait pas de récompense au-dessus de la valeur d'un livre instructif en peu de mots, sévère pour la morale, attachant par la l'orme, d'un livre judicieux et vrai, qui deviendrait populaire, et qui serait la plus haute instruction des enfants, et le délassement des travailleurs.
En attendant un semblable livre, l'Académie avait proposé des prix particuliers pour les meilleures traductions d'ouvrages de morale. Elle n'excluait de ce concours ni l'antiquité ni la science ; car elle y cherchait un retour vers la haute et sévère littérature.
A ce titre, deux travaux ont mérité son attention; l'un est la reproduction d'un livre antique et mal connu, les Entretiens cFÉpietète, recueillis par le philosophe Arrien, son disciple. Ce livre, qu'on peut lire comme une sorte d'introduction profane à l'Évangile, est le monument immortel des efforts que faisait l'esprit humain pour se revendiquer lui-même, et remonter des corruptions de l'empire à la justice et à la vérité. On ne sauiait y jeter les yeux sans aimer mieux son temps et son pays, et sans remercier la Providence du progrès des sociétés modernes. Le livre d'Epirtète montre l'élévation solitaire d'une ànie dans l'ahaissement universel; mais ses vœux les plus hardis sont aujourd'hui des vérités vulgaires.
Ce grand et heureux changement est dû à la religion, aux lettres, aux sciences, à cette triple puissance qui a civilisé l'Europe, et qui transformera l'univers. Aussi, Messieurs, dans nos jours d'études sévères et positives, de graves esprits, en cultivant avec profondeur les sciences mathématiques et naturelles, n'eu reim.nl» nt pas moins
au sentiment religieux, comme à une partie essentielle du développement humain. De constants efforts sont dirigés vers ce but, dans les États de l'Allemagne, en Angleterre et dans l'Amérique du Nord, c'est-à-dire, dans les pays où la pensée est le plus spéculative, et dans ceux où elle est le plus libre.
11 y a quelques années, la Société royale de Londres, ce grand foyer des sciences mathématiques et naturelles, reçut par testament un legs de 200,000 fr., pour un ou plusieurs auteurs qui démontreraient la puissance, la sagesse et la bonté de Dieu par les œuvres de la création. Le président de la Société royale désigna lui-même, parmi les physiciens, les naturalistes, les géologues de l'Angleterre, huit hommes célèbres qui acceptèrent cette mission d'élever. les derniers résultats de la science à la hauteur d'une démonstration nouvelle de la Providence. Ce noble appel donna naissance à un livre du docteur Buckland, le panégyriste, le continuateur, et presque le rival de notre illustre Cuvier.
11 y avait des milliers d'années que la philosophie prouvait, par le spectacle du monde extérieur, l'existence d'une cause intelligente et suprême. Mais ces preuves avaient vieilli devant la science moderne ; et parfois aussi, des difficultés nouvelles étaient sorties de cette science même. Par une contradiction singulière, à mesure que la création dévoilée s'agrandissait à nos yeux, la foi au Créateur s'était ébranlée dans quelques âmes. Chaque progrès dans l'histoire immémoriale du globe , chaque pas nouveau dans les profondeurs du monde fossile , avait suscité quelque doute. La tâche du docteur Buckland a été de tirer la preuve d'où était venu le doute, de porter la démonstration religieuse aussi loin qu'était allée, l'observation, d'atteindre hardiment les dernières limites de la science, de les dépasser envoie, et de retrouver dans telle
succession d'ébauches ensevelies qui semblaient le jeu fortuil de la matière, la main et le calcul ' de Dieu, aussi
visiblement empreints que sur le disque du soleil et dans le spectacle éclatant de l'univers.
Minéralogiste, physicien, géomètre, anatomiste, et, de
plus, comme quelques savants français que je vois ici, homme éloquent, le docteur Buckland a sufli à la grandeur de son sujet. Une vive curiosité, un salutaire enthousiasme ont accueilli son ouvrage en Angleterre. Un jeune savant, M. le professeur Doyère, vient de le traduire, en consultant, pour quelques parties de ce travail, deux membre.- célèbres de l'Institut; et celte reproduction d'un monument élevé par la science à la morale et à la vérité devait fixer nos suffrages.
I /Académie décerne à M. Thurot, traducteur d'Épictète, une médaille de 3,000 fr. En décernant un prix égal au traducteur du traité de la Géologie et la Minéralogie, dans leurs rapports avec la théologie naturelle, elle l'invite à entreprendre encore des travaux semblables.
L'Académie, en effet, propose, de nouveau, par un emploi autorisé de la dotation littéraire de M. de Montyon, un ou plusieurs prix pour les meilleures traductions d'ouvrages de philosophie morale qui seraient publiés d'ici au 1er janvier 1841. Elle n'indique aucun choix; mais elle estime que plus d'un beau monument de l'antiquité et plus d'uni' production célèbre des littératures contemporaines s'offriront à la pensée des hommes studieux, que tenterait cette gloire utile et modeste. Elle y voit l'avantage d'attirer le talent, au moins à son début, vers les grands modèles des âges classiques et vers les productions les plus durables de l'âge actuel.
Par ce même attachement aux traditions littéraires,
1 En tibi aorma poli, et divœ libramina nu. lis,
CuMinutus atque !>• \. Halley carmen.
qu'on lui reproche, et dont elle s'honore, l'Académie propose, pour sujet de son ancien prix d'éloquence à décerner en 1840, l'éloge, ou si l'on veut, la notice historique de madame de Sévigné, c'est-à-dire, l'analyse et la peinture de ce que l'esprit naturel, l'imagination et le goût ont inspiré de plus original et de plus délicat dans le siècle de la politesse et des lettres. Là reparaîtront tous ces souvenirs, dont l'esprit de nos temps modernes s'écarte quelquefois avec raison, mais qu'il ne peut ni négliger ni méconnaître.
Ces souvenirs, Messieurs, nous aimons à les réunir aux illustrations plus récentes de la patrie et au génie nouveau de ses institutions. C'est dans cette pensée que l'Académie avait proposé pour sujet aux candidats du prix de poésie le Musée de Versailles.
Ce concours, dont il me reste à vous parler, a produit beaucoup de pièces de vers, descriptives et lyriques. L'Académie en a surtout distingué quatre, où le talent se montre à degrés inégaux, mais marqués. Ce n'est pas, Messieurs, qu'ailleurs même il ne se rencontre des vers heureux, des traits expressifs, et quelque chose des nobles sentiments que fait naître la pensée royale et vraiment patriotique du nouveau Versailles. Mais l'art et la force manquent souvent; et il' en est de beaucoup de ces pièces de poésie comme de quelques tableaux du musée qu'elles ■ célèbrent : elles ajoutent au nombre, sans ajouter à l'éclat du Concours.
Toutefois, Messieurs, en songeant à la difficulté d'un sujet si vaste, et rebattu par l'admiration publique, on peut avoir de justes éloges à décerner, avant même d'arriver à la pièce préférée par l'Académie. L'ouvrage n° 3 qui, sous cette épigraphe,
« Athène existe encore, et Rome n'est pas morte, »
a seulement disputé l'honneur d'une mention, respire le
rapport SUS (ES CONCOURS i>E 1830. 303
pins noble enthousiasme pouf n<»s grands génies 1 ï 1 1 <> — raires, que l'auteur nomme de préférence parmi les autres héros du musée national. On peut y soupçonner la main d'une femme, à quelques traits purs et délicats sur Jeanne d'Arc, dont la statue rappelle su poêle un antre souvenir, au plutôt un deuil tout récent, celui de la princesse, pleui .us flatterie, qui près du trône fut mieux que la protectrice des arts, qui les cultiva d'instinct et par étude, et qui, jeune tille avec un cœur de reine, consacra son ciseau à reproduire, sous des traits d'une douceur héroïque, le plus saint modèle de la pureté virginale et du dévouement à-la patrie.
La même allusion touchante se retrouve dans plusieurs pièces du concours, comme si elle appartenait à une pensée commune du pays, autant qu'à l'inspiration du . poète.
Une ode sous le n° 11 a mérité, pour d'autres beautés de détail, une mention particulière. L'auteur, M. Masselin, qui a pris pour épigraphe deux vers de Virgile, parait avoir étudié dans les grands maîtres la correction et l'élégance.
La pièce qui a le plus approché du prix, enfin, et qui a fait hésiter les juges, est évidemment l'ouvrage d'un homme de talent, que des études sévères ont conduit ou ramené à la pureté classique, sans que son imagination en ait moins d'éclat et de liberté. La fiction de ses vers, qui me rend peut-être partial pour lui, n'est autre que le récit supposé d'un des élèves de nos collèges accueillis et conduits dans les galeries de Versailles par le Roi, qui leur a donné ses fils pour camarades et pour rivaux d'études. Le poète, un peu trop habile pour un écolier, décrit avec talent et les siècles qui ne sont plus, et le siècle qui commence; et il ne manque ni de grâce ni de force, soit qu'il rêve les fûtes enchantées et la cour pompeuse de l'antique
Versailles, soit qu'il montre les héros parvenus dans nos guerres de la révolution :
Ces soldats inspirés, dont la race est en France.
L'Académie, en appréciant cet ouvrage qui honore le talent de M. Ernest Fouinet, a réservé le prix pour une composition lyrique , dont le mouvement heureux et le tour poétique ont entraîné ses suffrages. L'auteur, madame Louise Colet-Revoil , a pris pour devise un des vers de son poëme :
a Versailles, c'est le Panthéon. »
Et elle n'est pas restée trop au-dessous de l'enthousiasme qui lui fait jeter ce cri d'apothéose.
Je n'ai pas à louer ce que le public va juger. L'auteur ne lira pas elle-même son ouvrage, comme le fit avec tant de succès, il y a deux ans, le lauréat de Y Arc de Triomphe. La règle de l'Académie est inflexible : et elle ne permet, dans cette enceinte, que la séduction du talent et l'ascendant gracieux des beaux vers.
liAH'OUT Si il LES CONCOURS DE 1813. 365
Messifa-ks,
Les prix fondés par un philosophe bienfaisant du dernier siècle pour l'encouragement des bons livres , des livres utiles au progrès moral , devaient recevoir de nos jours une application de plus en plus immédiate , et se lier à tous les efforts, que fait maintenant l'État pour l'instruction et le bien - être du grand nombre. De même que cette Académie, uniquement destinée dans l'origine à rehausser l'éclat des arts de l'esprit, se plaît aussi à la mission nouvelle de rechercher et d'honorer publiquement les plus humbles vertus; ainsi, et dans la même vue , elle décerne volontiers les récompenses du talent aux ouvrages solides et purs qui peuvent le mieux préparer de zélés instituteurs et de salutaires leçons pour les écoles du peuple. Et en cela, sans doute, elle ne croit pas déroger. 11 lui semble, au contraire, qu'elle embrasse un des soins les plus graves de l'avenir, et qu'elle contribue pour sa part à un des plus nobles résultats du règne et du temps actuels.
En effet, lorsque, dans cette France où les premiers
rangs de la société polie avaient longtemps jeté tant d'éclat, et où le génie des lettres brillait sans cesse à l'horizon , deux hommes d'une infatigable et modeste vertu, l'abbé de La Salle et le chevalier Paulet , furent touchés profondément de l'ignorance misérable des enfants du peuple, et qu'alors l'un d'eux fonda les écoles des frères, et que l'autre après lui multiplia par l'enseignement mutuel le bienfait des écoles laïques , ils étaient loin d'espérer que cette œuvre tardive s'accroîtrait si rapidement , et que , dans le siècle suivant , chaque commune de France aurait son école à côté de son église. L'opinion même du monde savant était partagée sur cette question. Le paradoxe anti-social vantait la rude ignorance des classes les plus pauvres ; le préjugé politique croyait cette ignorance nécessaire , et ne concevait pas qu'elle lut jamais remplacée par une instruction élémentaire universellement répandue.
Cette transformation, jugée suspecte, inutile, impossible, s'est réalisée cependant; et, ce qui doit augmenter l'étonnement et l'espérance, elle a cheminé assez vite, quoique souvent interrompue, traversée, ralentie par les événements et les passions. L'homme illustre, assis aujourd'hui parmi nous, qui a tant honoré la tribune nationale et l'enseignement public, disait, il y a plus de vingt ans , dans cette même enceinte , que « la raison « étendant incessamment son empire , avait enlin relevé « l'instruction primaire de l'abaissement, où elle languis- « sait oubliée... et qu'un jour, en France, il serait donné « à tous de lire la parole de Dieu et la loi du pays. » Bien des obstacles alors rendaient douteuse et lointaine l'exécution d'un tel vœu. Celui qui le formait cependant , et qui avait à le protéger de son intègre et puissante éloquence, le voit maintenant presque accompli. Dix années seulement, les dix dernières où cette grande œuvre a été
RAPPORT SIH LRS CONCOURS DE 1843. ;j(37
suivie sans entrave et sans relâche, ont suffi pour la mener ri loin, et pour créer ou vivifier tant d'asiles de l'enfance, tanl d'écoles diversement élémentaires, ouvertes au premier âge, à l'adolescence des jeunes apprentis et même au zèle laborieux des adultes. Mais le moment où cette tâche parait si avancée est celui-là même où il Tant redoubler d'attention et d'effort, non pas seulement pour hâter le terme de l'entreprise entière, mais pour en affermir, pour en épurer tous les effets, et justifier pleinement la belle prophétie que vous avez applaudie tout à l'heure.
Telle est la pensée qui a dicté l'ouvrage que l'Académie place le premier dans le concours actuel : l'Essai de M. Wilm sur V éducation du peuple. Le titre indique l'intention du livre. Ce qui préoccupe M. Wilm, ce n'est pas l'instruction matérielle, technique, qui n'est qu'un instrument, c'est l'éducation morale, telle que toute créature humaine la mérite et peut la recevoir dans toute condition. L'école n'est pas un atelier de lecture et d'écriture ; c'est le lieu où ces premiers procédés du savoir doivent servir à fixer l'intelligence , à la rendre attentive , docile , pour qu'elle soit plus facilement religieuse et morale, et par là capable de tout bien. A ce point de vue, sans négliger aucun détail pratique, et sans sortir du sujet qu'il agrandit, l'auteur a dû naturellement élever sou langage. Pour lui , l'école primaire contient plusieurs degrés d'éducation également essentiels , depuis les exercices qui fortifient et domptent le corps, jusqu'à cette culture délicate qui développe dans l'âme le sentiment du beau. Peut-être ses distinctions à cet égard ne sont-elles pas assez simples , ni ses expressions assez familières; mais qu'importe, si sa théorie en elle-même n'est pas moins applicable que généreuse'!' Dans cette éducation tour à tour logique , religieuse ,
intellectuelle , sociale et même esthétique , comme la nomme l'auteur, ce que verront les appréciateurs équitables, c'est la grande part faite aux devoirs moraux, c'est la scrupuleuse attention à n'instruire que pour rendre meilleur , c'est la gravité passionnée de l'homme de bien , qui craindrait de rabaisser par l'humilité des paroles ce qui lui paraît grand , même dans une école de village, et ce qu'il perfectionne avec une sagacité pleine d'ardeur, précisément parce qu'il le croit grand.
Aussi, chaque point du cadre que l'auteur parcourt, il le remplit de notions précises , d'idées utiles , de purs et religieux conseils. Sous des termes nouveaux , et avec une inévitable infériorité , c'est au fond la méthode de saint Augustin , de Gerson et de Fénelon , celle qu'ils proposaient d'employer avec les esprits les plus simples pour les conduire à Dieu par la contemplation de la nature, et à la vertu par la pensée de Dieu. Ce que leur génie faisait avec tant de grâce , l'auteur le prescrit judicieusement pour les écoles populaires; non qu'il veuille porter trop haut l'enseignement de ces écoles, et nourrir la vanité des élèves par un savoir superficiel : «■ Cela est loin de notre pensée , dit-il; nous voulons que « l'on cultive leur raison dans l'intérêt même de leur foi « et de leur bonheur. » C'est vers ce but qu'il tend et qu'il dirige les autres. A ses yeux, les notions que l'enseignement élémentaire peut emprunter aux progrès continus des sciences naturelles doivent surtout servir à la démonstration de la divine Providence , en même temps qu'elles préparent pour les enfants du peuple de nouveaux moyens de travail et d'industrie. Dans cette pensée, l'auteur indique et appelle de ses vœux la composition bien désirable en effet d'un livre de lecture consacré à cette philosophie sensible et populaire dont parlait Fénelon, et où les merveilles du monde physique,
exposées avec L'exactitude de la science, seraient partout liées aux vérités religieuses et morales. C'est l'œuvre que le vertueux Duguct avait essayée clans le dix-septième siècle, qu'un savant ecclésiastique du siècle suivant reproduisit avec étendue dans ses dialogues sur le Spectacle de la nature, et que bientôt après, sous le titre à' Éludes et d'Harmonies de la nature, une imagination paradoxale et charmante vint rajeunir avec tant d'éclat pour les rêveurs et les gens du monde.
C'est un ouvrage analogue, mais plus vraiment instructif et plus court, que M. Wilm demande, non plus pour distraire la mélancolie des oisifs et des heureux , mais pour éclairer l'activité du pauvre en élevant son -âme, et pour lui rendre sa vie laborieuse plus douce et plus digne, tout à la fois par la résignation et par l'intelligence. Cet ouvrage , qui manque aux écoles et pour ainsi dire à la civilisation du peuple, est difficile à faire dans une juste proportion de savoir et de simplicité. Celui qui en a si bien senti le besoin et indiqué le plan devrait oser l'entreprendre.
A la partie dogmatique et morale du livre de M. Wilm succèdent des considérations non moins importantes sur ce qui reste à faire pour améliorer le sort des instituteurs, et les rendre de plus en plus dignes de leur mission. Il y a là des vues utiles, déjà présentées par d'autres, et qui devront être bientôt discutées ailleurs; il y a surtout ce zèle éclairé du bien , cette sollicitude ingénieuse que l'Académie se plaît à honorer, et qui touche ici à tant d'intérêts et de questions délicates renfermées dans ce vaste sujet de l'éducation populaire.
Une seule de ces questions, prise à part et habilement étudiée, a fait naître un autre travail que l'Académie couronne après celui de M. Wilm , et qui n'est pas inspiré par des intentions moins pures. C'est une suite