ÉLOGE DR MONTAIGNE
je désespère de pouvoir jamais eaisir ni peindre un «Vuvain qui, non moins tarte que fécond, se renouvelle même M se répétant. Cependant oes différencee sans nombre peuvnit étte ramenées à un principe, l'imitation des grands
,.« i ivains dé l'ancienne Rome; et je ne crains pas d'assurer que l'on retrouverait, dans le génie commun de leur langue et dans l'Usage divers qu'ils en ont (ail, tous les secrets de l'idiome de Montaigne. On sait avec quelle constance il avait étudié ces grands génies, combien il avait vécu dans leur commerce et dans leur intimité. DoitrOO s'étonner que son ouvrage porte, pour ainsi dire, leur marque, el paraisse, du moins pour le style, écrit BOUS leur dictée? Souvent il change, modifie, corrige leurs idées, Sou esprits impatient du joug, avait besoin dépense! par lui-même; mais il conserve les richesses de leur langage et les grâces de leur diction. L'heureux instinct qui le guidait lui faisait sentir que, pour donner à ses écrits le caractère de durée qui manquait à sa langue, trop imparfaite pour être déjà fixée, il fallait y transporter, y naturaliser en quelque sorte les beautés d'une autre langue, qui, par sa perfection, fût assurée d'être immortelle : ou plutôt, l'habitude d'étudier les chefs-d'œuvre de la langue latine le conduisait à les imiter. 11 en prenait à son insu toutes les formes, et -se faisait Romain sans le vouloir. Quelquefois, réglant sa marche irrégulière, il semble imiter Cicéron même : sa phrase se développe lentement, et se remplit de mots choisis qui se fortifient et se soutiennent l'un l'autre dans un enchaînement harmonieux. Plus souvent, comme Tacite, il enfonce1 profondément la signification des mots, met une idée neuve sous un terme familier, et, dans une diction fortement travaillée, laisse quelque chose d'inculte et de sauvage. 11 a le trait éner-
1 Expression de Montaigne.
gique, les sons heurtés, les tournures vives et hasardées de Salluste; l'expression rapide et profonde, la force et l'éclat de Pline l'ancien. Souvent aussi, donnant à sa prose toutes les richesses de la poésie, il s'épanche, il s'abandonne avec l'inépuisable facilité d'Ovide, ou respire la verve et l'àpreté de Lucrèce. Voilà les diverses couleurs qu'il emprunte de toutes parts, pour tracer des tableaux, qui ne sont qu'à lui.
Souvent on se forme une idée générale sur la manière d'un écrivain, d'après une qualité particulière qui se fait remarquer dans son style. On cite toujours le naturel et la bonhomie de Montaigne, et sans doute, l'auteur des Essais se montrait bonhomme, lorsqu'il parlait de lui, et qu'il nous disait quel vin il aimait le mieux. Il se servait d i'un parler simpleet naïf, tel sur lepapier qu'à la bouche ' ; mais il ne se servait pas moins naturellement du langage le plus fort, le plus précis, et quelquefois même le plus magnifique, lorsqu'il était emporté par le souvenir d'un grand sentiment, d'une action noble et généreuse. N'est-ce pas dans Montaigne que je trouve la peinture de l'homme de cœur qui tombe obstiné en son courage ; qui, pour quelque danger de la mort voisine, ne relaschc aucun point de son asseurance; qui regarde encore, en rendant l'âme, son ennemi d'une vue ferme et dédaigneuse ; est battu, non pas de nous, mais de la fortune; est tué, sans être vaincu?
Et cette phrase aurait-elle paru faible à Démosthène ? Il y a des pertes triomphantes à Venvi des victoires ; et ces quatre Victoires, sœurs de Salamine, de Platée, de lUycale, de Sicile, n'osèrent opposer toute leur gloire ensemble à la gloire de la déconfiture du roi Léonidas et des siens au pas des Thermopyles.
1 Expression de Montaigne.
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Quelquefois chez Montaigne cette grandeur est portée trop loin, et se rapproche un peu de la grandeur souvent outrée de Sénèque et de Lucain. 11 aimait ces deux auteurs. 11 ne haïssait pas les images hardies jusqu'à l'exagération, les expressions éblouissantes, les* coups de pinceau plus énergiques que réguliers. On doit le pardonner à l'extrême vivacité de son imagination. Malgré ce penchant naturel dans ses jugements littéraires, il donne toujours la préférence aux auteurs de l'antiquité qui ont réuni la pureté du goût à l'éclat du talent; Virgile est pour lui le premier des poètes; et si la philosophie de Cicéron lui paraît trop chargée de longueries d'apprêts, il trouve son éloquence incomparable. Quand il emprunte quelque idée brillante à Lucain ou à Sénèque, jamais il ne l'aflaihlit; mais il sait presque toujours la rendre plus naturelle. Le hon sens tempérait en lui l'imagination, et retenait sa pensée dans de justes bornes, lors même que ses paroles trop vives et trop impétueuses s'élançaient avec une sorte d'irrégularité.
Ce bon sens qui dirige tous ses raisonnements, qui se fait remarquer au milieu de ses saillies, et ne l'abandonne pas même dans ses caprices et dans ses écarts, devait lui présenter en foule ces pensées heureuses et précises, que l'on aime à retenir parce qu'elles trouvent sans cesse leur application, et que l'on peut appeler les proverbes des sages. Dans ce genre, j'oserai dire qu'il a donné les plus heureux modèles d'un style dont La Rochefoucauld passe ordinairement pour le premier inventeur. Nulle part vous ne trouverez un plus grand nombre de sentences d'une brièveté énergique, où les mots suffisent à peine à l'idée qui se montre d'elle-même. Je n'essaierai pas de multiplier les citations. On y verrait avec étonnement celte diction si riche en termes pittoresques, si chargés de circonlocutions ingénieuses, d'expressions redoublées, d'épi-
thètes accumulées, si féconde en développements oratoires et poétiques, se resserrer tout à coup dans les bornes du plus rigoureux laconisme, et ne plus employer les paroles que pour le besoin de l'intelligence. Cet art d'être court, sans ôter rien à la justesse et à la clarté, semble une des perfections du langage humain : c'est au moins un des avantages que les langues obtiennent avec le plus de peine et le plus tard, après avoir été longtemps travaillées en tous sens par d'habiles écrivains.
Il est encore un autre mérite qui semblerait au premier coup d'œil tenir à l'écrivain beaucoup plus qu'à l'idiome, et qui cependant ne se montre guère que dans les langues épurées et polies, dont il devient en quelque sorte le dernier raffinement ; c'est l'esprit. Quel sens faut-il attacher à ce mot, ou plutôt en combien de sens divers est-il permis de l'entendre'/ Qu'est-ce que l'esprit? Voltaire luimême, après en avoir prodigué les exemples, désespère de le définir et d'en indiquer toutes les formes. Toutefois, il est permis d'avancer que l'esprit, quel qu'il soit, se réduisant presque toujours à une manière de parler délicate, fine, détournée, se produit avec plus d'avantage à mesure que les ressources d'une langue sont plus variées et mieux connues. Au commencement du siècle de Louis XIV, quelques hommes écrivaient avec génie ; le reste ne couvrait le manque de génie par aucun agrément ; et la sentence de Boileau se trouvait de la plus rigoureuse exactitude :
Il n'est pas de degré du médiocre au pire.
Dans le siècle suivant, la littérature se rendit plus accessible; il fut permis d'être médiocre, sans être méprisable; et la faiblesse ornée avec art put mériter quelque estime. Ceux qui ne pouvaient atteindre aux grandes beautés composèrent ingénieusement de petites choses. Ceux qui
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ne trouvaient point dfl pensées neuve* chflH»hèrfln( dai, mpmnioni heureuses, k <l< 'faut dfl vastes conceptions, il fallut perfectionner les détails. On mit dfl l'esprit dans le style : les écrivains du second ordre en firent leur principal ornement; et les grands écrivains n'en dédaignèrent pas l'usage. Champlbrt ne brille que par l'esprit qu'il neutre dans son style; Montesquieu en laisse beaucoup apercevoir dans le sien.
.Mais ce mérite qui, bien éloigné d'être le premier de tous, exige du moins beaucoup d'art et d'étude, il est assez extraordinaire de le trouver au plus baut degré dans Montaigne, placé à une époque presque barbare, et maniant une langue dépourvue de grâce et de souplesse.
Comment cet écrivain si naturel et si négligé connaît-il déjà tout le jeu des paroles, ces nuances fines et subtiles, ces rapprochements délicats, ces oppositions piquantes, ces artifices de l'art d'écrire, et, pour ainsi dire, ces ruses de style, auxquelles on a recours lorsque le siècle de l'invention est passé? En les employant quelquefois avec la délicatesse de Fontenelle, ou la malice de Duclos, il ne perd jamais la naïveté qui forme le trait le plus marqué de son caractère et de son talent ; et, par un mélange difficile à concevoir, mais très-réel, on trouve souvent en lui la simplicité de l'antique bonne foi et la finesse de l'esprit moderne, Pour expliquer ce problème d'un auteur qui réunit dans sa manière d'écrire celles de plusieurs siècles, il suffit de se souvenir qu'il avait devant les yeux les divers âges de la littérature latine, et les étudiait indifféremment: il a dû nous deviner plus d'une fois, en imitant Pline le jeune. Des phrases vives et coupées, des bons mots, des traits, des épigrammes, convenaient d'ailleurs très-bien dans un style décousu, qui, comme le dit l'auteur lui-même, ne va que par sauts et par gambades. Le désordre est souvent pénible : il faut du moins qu'il y ait
quelque chose d'amusant. Montaigne abuse beaucoup de son lecteur. Ces chapitres qui parlent de tout, excepté de ce que promettait le titre, ces digressions qui s'embarrassent l'une dans l'autre, ces longues parenthèses qui donnent le temps d'oublier l'idée principale, ces exemples qui viennent à la suite des raisonnements et ne s'y rapportent pas, ces idées qui n'ont d'autre liaison que le voisinage des mots, enfin cette manie continuelle de dérouter l'attention du lecteur, pourrait fatiguer ; et l'on serait quelquefois tenté de ne plus suivre un écrivain qui ne veut jamais avoir de marche assurée; un trait inattendu nous ramène, un mot plaisant nous pique, nous réveille. Le sujet nous a souvent échappé; mais nous retrouvons toujours l'auteur, et c'est lui que nous aimons.
Je n'ignore pas que c'est un grand ridicule de vouloir attribuer tous les genres de mérite à l'homme dont on fait l'éloge; et je ne m'arrêterais pas sur l'éloquence de Montaigne, dont la réputation peut se passer d'un nouveau titre, si j'avais été moins frappé de quelques morceaux des Essais, où ce grand talent de l'éloquence semble se trahir, à l'insu de l'auteur, par l'audace et la vivacité des mouvements.
Et comment, en effet, la discussion d'une vérité morale intéressante pour l'humanité, le besoin de combattre une erreur honteuse, un préjugé funeste, ne pourraient- ils échauffer l'âme de l'écrivain, l'agrandir, lui communiquer cette force persuasive qui commande aux esprits, et du philosophe éclairé faire un orateur éloquent? Le zèle de la vertu ne serait-il pas aussi puissant que les passions? C'est ainsi que Montaigne me paraît s'élever au-dessus de luimême, lorsqu'il nous exhorte à fortifier notre âme contre la crainte de la mort. Son style devient noble, grave, austère : à l'imitation de Lucrèce, il fait paraître la Nature adressant la parole à l'homme; mais le langage qu'il met
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dans «a bouche n'appartient qu'à lui. Sortez, dit-olle, de ce monde, comme vous y ries entré; le même passage (jve vous avez fait de la mort à la vie, sans passion et sans frayeur, refaites-le de la vie à la mort. Votre mort est une drs pièces <lc l'ordre de Vuniverf, une pièce de la vie du monde. Cette élévation se soutient dans tout le discours de la Nature. Il s'y mêle quelques-unes de ces pensées profondes qui forcent l'âme à se replier sur elle-même. Si vous n'aviez la mort, vous me maudiriez sans cesse de vous en avoir privé.
Une pareille éloquence semble appartenir à cette philosophie austère qui ne ménage point l'homme, et le poursuit sans cesse avec l'image de la dure vérité. Ce ton ne peut être habituel chez Montaigne. 11 devait porter son caractère dans ses écrits; et ce caractère, qu'il a pris tant de plaisir à nous dépeindre, se compose de faiblesse pour lui-même et d'indulgence pour les autres. 11 nous excuse trop aisément, pour nous reprocher avec amertume nos fautes et nos erreurs; et il s'aime trop lui-même, pour s'irriter contre les siennes. 11 s'aime trop lui-même! je n'ai pas craint de faire cet aveu : on ne peut en abuser. L'ami de la Boétie ne sera jamais exposé à l'accusation d'égoïsme. Non; l'égoïsme, ce sentiment stérile, cette passion avilissante, n'a jamais trouvé place là où régnait la pure amitié. Il n'est pas épuisé par l'habitude de s'aimer seul, ce cœur qui conserve une si grande force d'aimer, et l'épanché avec une intarissable abondance sur l'ami qu'il s'est choisi. 0 la Boétie! que votre nom toujours répété serve à la gloire de votre ami; que toujours on pense avec délices à cette union de deux âmes vertueuses qui, s' étant une fois rencontrées, se mêlent, se confondent pour toujours ! Mais la mort vient briser des liens si forts et si doux : le plus à plaindre des deux, celui qui survit, demeure frappé d'une incurable blessure; il ne fait plus que traîner languissant :
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il n'a plus de goût aux plaisirs. Ils me redoublent, dit-il, le regret de su perte. Aous étions à moitié de tout : il me semble que je lui dérobe sa part. Deuil sacré de l'amitié, sainte et. inviolable fidélité, qui n'a plus pour objet qu'un souvenir! Quelle est lame détaebée d'elle-même qui se plait à prolonger son affliction pour bonorer la mémoire de l'ami qu'elle a perdu? C'est celle de Montaigne; c'est Montaigne qui se fait une religion de sa douleur, et craint d'être troublé dans ses regrets par un bonheur où son ami ne peut plus être. On aime à rencontrer dans l'éloge d'un homme supérieur ces marques d'un caractère sensible et tendre. Elles nous donnent le droit de chérir celui que nous admirons; mais que dis-je? ces deux sentiments, l'admiration et l'amour, se confondent tellement au nom de Montaigne, que l'un disparaît presque dans l'autre. Sun idée ne réveille pas en nos âmes ce respect mêlé d'enthousiasme que nous inspirent les génies illustres qui ont fait la gloire des lettres. La distance nous parait moins grande entre nous et lui. Nous sentons qu'il y a dans ses principes, dans sa conduite, quelque chose qui le rapproebe de nous. Nous l'aimons comme un ami plein de candeur et de simplicité que nous serions tentés de croire notre égal, si la supériorité de sa raison et la vivacité de son esprit ne se décelaient à chaque instant par des traits ingénieux et soudains, que toute sa bonhomie ne peut cacher à nos yeux.
Sa vie nous offre peu d'événements; elle ne fut point agitée : c'est le développement paisible d'un caractère aussi noble que droit. La tendresse filiale, l'amitié, occupèrent ses plus belles années. 11 voyagea, n'étant déjà plus jeune, et n'ayant plus besoin d'expérience; mais son âme, nourrie si longtemps des souvenirs du génie antique, retrouva de l'enthousiasme à la vue des ruines de Rome. Malgré son élQJgneraent pour les honneurs et
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1rs emploie , élu par le suffrage volontaire de Bésconci*
toyens, il avait rempli tieuu luis les fonctions de premier magistral dans la ville de Bordeaux. Il croil que smi administration n'était pas asseis sévère : je le crois aussi. Sans doute il était plus l'ait pour étudier les hommes que pour 1rs gouverner. C'était l'objet où se portait naturel-» lement son esprit. 11 s'en occupa toujours dans le calme de la solitude et dans les loisirs de la vie privée. Les fureurs de la guerre civile troublèrent quelquefois son repos; et sa modération, comme il arrive toujours, ne put lui servir de sauvegarde. Cependant ces orages mêmes ne détruisirent pas son bonheur.
C'est ainsi qu'il coula ses jours dans le sein des occupations qu'il aimait, libre et tranquille, élevé par sa raison au-dessus de tous les chagrins qui ne venaient point du cœur, attendant la mort sans la craindre, et voulant qu'elle le trouvât occupé à bêcher son jardin, et nonchalant d'elle»
Les Eêêaiê , ce monument impérissable de la plus saine raison et du plus heureux génie, ne furent pour Montaigne qu'un amusement facile , un jeu de son esprit et de sa plume. Heureux l'écrivain qui , rassemblant ses idées comme au hasard, et s'entrclcnant avec lui-même, sans songer à la postérité , se fait cependant écouter d'elle! On lira toujours avec plaisir ce qu'il a produit sans effort. Toutes les inspirations de sa pensée, fixées à jamais par le style, passeront. aux siècles à venir. Quel fut son secret? il s'est mis tout entier dans ses ouvrages. 11 jouira donc mieux que personne de cette immortalité que donnent les lettres, puisqu' en lui seul l'homme ne sera jamais séparé de l'écrivain, et que son caractère ne sera pas moins immortel que son talent.
Montaigne, te croyais-tu destiné à tant de gloire, et n'eu serais-tu pas étonné? Tu ne parlais que de toi, tu ne voulais peindre que toi; cependant tu fus notre lus-
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torien. Tu retraças , non les formes incertaines et passagères de la société , mais l'homme tel qu'il est toujours et partout. Tes peintures ne sont pas vieillies après trois siècles; et ces copies, si fidèles et si vives, toujours en présence de l'original qui n'a pas changé, conservant toute leur vérité, n'ont rien perdu de leur éclat, et paraissent même embellies par l'épreuve du temps. Ta naïve indulgence, ta franchise et ta bonhomie ont cessé depuis longtemps d'être en usage : elles ne cesseront jamais de plaire ; et tout le raffinement d'un siècle civilisé ne servira qu'à les rendre plus curieuses et plus piquantes. Tes remarques sur le cœur humain pénètrent trop avant pour devenir jamais inutiles. Malgré tant de nouvelles recherches et de nouveaux écrits, elles seront toujours aussi neuves que profondes. Pardonne -moi d'avoir essayé l'analyse de ton génie, sans autre titre que d'aimer tes ouvrages. Ah ! la jeunesse n'est pas faite pour apprécier dignement les leçons de l'expérience , et n'a pas le droit de parler du cœur humain qu'elle ne connaît pas. J'ai senti cet obstacle : plus d'une fois j'ai voulu briser ma plume , me défiant de mes idées , et craignant de ne pas assez entendre les choses que je prétendais louer. La supériorité de ta raison m'effrayait , ô Montaigne ' Je désespérais de pouvoir atteindre si haut. Ta simplicité, ton aimable naturel m'ont rendu la confiance et le courage : j'ai pensé que toi-même , si tu pouvais supporter un panégyrique, tu ne te plaindrais pas d'y trouver plus de bonne foi que d'éloquence ' , plus de candeur que de talent.
1 Ce discours a été couronné en 1 8 1 2 , par l'Académie française (alors classe de la Langue et de la Littérature française, dans l'Institut).
SUIl LES AVANTAGES ET LES INCONVÉNIENTS