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ÉLOGE

Le genre humain avait perdu ses titres : Montesquieu les a retrou\es, et les lui a rendus.

Yoltaihk.

Si toutes les nations de l'Europe, entin réunies par l'intérêt de l'humanité et la fatigue de la guerre, voulaient élever un monument de leur réconeiliation, et choisir un grand homme dont l'image, consacrée dans ce temple nouveau, parût un symbole de justice et d'alliance, elles ne le chercheraient ni parmi les héros ni parmi les rois qu'elles admirent. Sans doute, on ne pourrait pas introduire dans le sanctuaire de la paix la statue d'un capitaine laineux, quand même on en trouverait un seul qui n'eût jamais entrepris de guerres injustes; on n'y recevrait pas un de ces politiques profonds qui, par leur génie, ont fait la grandeur dé leur pays ; car il ne s'agirait pas alors de la grandeur d'un État, mais du repos de l'Europe; on n'accueillerait pas même l'image révérée des plus grands rois : ils ont quelquefois sacrifié l'intérêt de l'humanité à celui de leurs peuples, ou plutôt de leur

1 Cet éloge a remporté le prix d'éloquence décerné par l' Académie française, dans sa séance du 26 août 181 G.

gloire; et c'est à l'humanité qu'on voudrait élever un monument.

Mais si l'Europe avait produit un sage dont la gloire fût un titre pour le genre humain, et dont les honneurs, au lieu de flatter une vanité nationale, paraîtraient un hommage décerné par tous les peuples au génie qui les éclaire , un philosophe assez profond pour n'être pas novateur, qui eût bien mérité de tous les siècles par des ouvrages composés avec tant de prévoyance et de réserve, que, sans avoir pu jamais servir de prétexte aux révolutions, ils pourraient en épurer les résultats, et devenir l'explication et l'apologie la plus éloquente de cette liberté sociale, qu'ils n'ont pas imprudemment réclamée; si ce grand homme avait à la fois recommandé le patriotisme et l'humanité ; s'il avait flétri le despotisme d'un opprobre aussi durable que la raison humaine; s'il avait montré ce lien de politique qui doit rapprocher tous les peuples, et changer le but de l'ambition, en rendant le commerce et la paix plus profitables que ne l'était autrefois la conquête ; s'il avait modéré son siècle et devancé le siècle présent; si son ouvrage était le premier dépôt de toutes les idées généreuses, qui ont résisté à tant de crimes commis en leur nom : ne serait-ce pas l'image de ce véritable bienfaiteur de l'Europe, ne serait-ce pas l'image de Montesquieu qu'il faudrait aujourd'hui placer dans le temple de la paix, ou dans le sénat des rois qui l'ont jurée?

Avant de considérer Montesquieu sous ce noble aspect, avant d'admirer en lui le publiciste des peuples civilisés, nous devons chercher dans ses premiers ouvrages par quels degrés il s'est élevé si haut. Il sied mal, je ne l'ignore pas, de vouloir diviser en plusieurs parties le génie d'un homme supérieur. Le fond de ce génie, c'est toujours l'originalité, attribut simple et unique sous des

formes quelquefois très-variées; mais un homme supérieur se livre à des impressions ou à des études diverses qui lui donnent autant de caractères nouveaux.

Montesquieu a été tour à tour le peintre le plus exact et le plus piquant modèle de l'esprit du dix-huitième siècle, l'historien et le juge des Romains, l'interprète des lois de tous les peuples ; il a suivi son siècle, ses études, et son génie. Les peintures spirituelles et satiriques des Lettrée persanes feront pressentir quelques-uns des défauts qu'on reproche à V Esprit des Lois, mais nous y verrons percer les saillies d'une raison puissante et hardie, qui ne peut se contenir dans les bornes d'un sujet frivole, et franchit d'abord les points les plus élevés des disputes humaines.

Le plus beau triomphe d'un grand écrivain serait de dominer ses contemporains, sans rien emprunter de leurs opinions et de leurs mœurs, et de plaire par la seule force de la raison; mais le désir impatient de la gloire ne permet pas de tenter ce triomphe, peut-être impossible ; et les hommes qui doivent obtenir le plus d'autorité sur leur siècle , commencent par lui obéir. Telle est cette influence, que les mêmes génies, transportés à d'autres époques, changeraient le caractère de leurs écrits, et que l'ouvrage le plus original porte la marque du siècle, autant que celle de l'auteur.

Montesquieu , nourri dans l'étude austère des lois, et revêtu d'une grave magistrature, publie, en essayant de cacher son nom, un ouvrage brillant et spirituel, où la hardiesse des opinions n'est interrompue que par les vives peintures de l'amour. Un nouveau siècle a remplacé le siècle de Louis XIV ; et le génie de celte époque naissante anime les Lettres persanes : vous le retrouverez là plus étincelant que dans les écrits mêmes de Voltaire : c'est le siècle des opinions nouvelles, le siècle de Vesprit,

L'ennui d'une longue contrainte imposée par un grnnd monarque, dont la piété s'attristait dans la vieillesse, et le malheur, les folies d'un gouvernement corrupteur et d'un prince aimable, tout avait répandu dans la nation un goût de licence et de nouveauté, qui favorisait cette faculté heureuse à laquelle les Français ont donné, sans doute dans leur intérêt, le nom même de l'esprit, quoiqu'elle n'en soit que la partie la plus vive et la plus légère. C'est le caractère, dont, brillent, au premier coup d'œil, les Lettres persanes. C'est la superficie éblouissante d'un ouvrage quelquefois profond. Portraits satiriques, exagérations ménagées avec un air de vraisemblance, décisions tranchantes appuyées sur des saillies, contrastes inattendus, expressions fines et détournées; langage familier, rapide, et moqueur ; toutes les formes de l'esprit s'y montrent, et s'y renouvellent sans cesse. Ce n'est pas l'esprit délicat de Fontenelle, l'esprit élégant de la Motte : la raillerie de Montesquieu est sentencieuse et maligne comme celle de la Bruyère; mais elle a plus de force et de hardiesse. Montesquieu se livre à la gaieté de son siècle ; il la partage, pour mieux la peindre : et le style de son ouvrage est à la fois le trait le plus brillant et le plus vrai du tableau qu'il veut tracer. La Bruyère, se plaignant ' d'être renfermé dans un cercle trop étroit, avait esquissé des caractères, parce qu'il n'osait peindre des institutions et des peuples : Montesquieu porte plus haut la raillerie. Ses plaisanteries sont la censure d'un gouvernement ou d'une nation. Béunissant ainsi la grandeur des sujets et la frivolité hardie des opinions et du style, il peint encore les Français par sa manière de juger tous les peuples.

L'invention des Lettres persanes était si facile, que

1 Voii1 a lu lin de i Éloge, imtc A.

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l'autour l'avait dérobée sans scrupule, et même sur un écrivain trop ingénieux pour être oublié. Mais, dans ce cadre vulgaire, avec plus d'esprit que Dufresny, Montesquieu pouvail jeter de la passion et de l'éloquence; et quelquefois le génie du législateur se révélait au milieu des témérités du scepticisme et des jeux d'une imagination riante et libre. Le maître de Platon, le précepteur de la sagesse antique, avant de corriger les erreurs des hommes, avait cultivé les arts. Mais la grave antiquité remarqua toujours que les statues des trois Grâces qui sortirent du ciseau de Socrate jeune encore, étaient à demi voilées. Montesquieu n'a point imité cette pudeur. Nous n'oserons pas dire que, préoccupé du soin de retracer les coutumes des peuples, l'auteur des Lettres persanes se montrait seulement historien et moraliste dans la vive peinture de l'amour oriental ; ou, s'il en est ainsi, nous avouerons qu'il a porté bien loin l'emploi de cet art ingénieux qui soutient l'intérêt de la fiction par la vérité des mœurs. Mais avec quel charme cette vérité des mœurs ne s'unit-elle pas quelquefois sous sa plume à des images chastes et passionnées? Un de ces Parsis proscrits sur leur terre natale retrace, avec l'exemple des grandes injustices de la société corrompue, le tableau de ) l'amour dans la simplicité des mœurs patriarcales. Le peintre qui reproduit avec tant de force la corruption sans politesse et le grossier despotisme de l'Orient, la corruption spirituelle et raffinée de l'Europe, se plaît à ces images puisées dans les mœurs poétiques de la société primitive.

On peut observer que les plus sérieux philosophes ont cherché dans les rêves de leur imagination le dédommagement des tristes connaissances qu'ils avaient acquises sur la vie humaine : comme si , plus on avait étudié ce monde incorrigible, plus on s'élançait vers un autre

monde, dont toutes les lois et toute l'histoire sont à la disposition d'un cœur vertueux. Après avoir éprouvé les caprices de la démocratie et ceux du despotisme, après avoir vu dans Athènes des hommes libres souillés par la mort d'un juste, Platon s'occupait, tantôt à rêver l'Atlantide, tantôt à préparer les institutions de son impraticable république. Tacite, pour se consoler de la peinture trop fidèle de Rome, embellissait l'histoire d'une peuplade sauvage, et faisait sortir la sagesse et la vertu de ces forêts qui cachaient encore la liberté. Morus et Harrington,dans des jours de fanatisme et de fureur, décrivaient le bonheur d'un État libre et sans factions, où la plus parfaite sécurité s'unirait à la plus parfaite indépendance.

Des illusions plus instructives et plus vraisemblables ont inspiré à Montesquieu l'épisode des Troglodytes, de ce peuple si malheureux, quand il est insociable, qui passe du crime à la ruine , se renouvelle par les bonnes mœurs, et, trop tôt fatigué de ne devoir sa félicité qu'à lui-même, va chercher dans l'autorité d'un maître un joug moins pesant que la vertu. Ces trois périodes, admirablement choisies, présentent tout le tableau de l'histoire du monde. Mais ce qui honore la sagesse de Montesquieu, c'est qu'ils renferment le plus bel éloge de la vie sociale. Tandis que Rousseau prononce anathème contre le premier auteur de la société, tandis que, par amour de l'indépendance, il veut arracher les premières bornes qui, posées autour d'un champ, furent le symbole de la justice naissant, avec la propriété, Montesquieu fonde le bonheur sur la justice, affermissant les droits de chacun, pour l'indépendance de tous. A ses yeux, l'âge de la corruption et du malheur, c'est le moment où l'égoïsme armé se soulève contre les lois, où la violence des individus détruit les promesses que la société a faites à ses membres. L'âge de la liberté, c'est l'âge de la justice présidant au main-

ÉLOGE DE MONTESQUIEU. Gl

tien des intérêts civils, à la sainteté des contrats, a l'équité des échanges, à la perfection de la vie sociale, c'est-àdire au respect de tous les droits consacrés par elle. Les images des vei lus privées, les douces peintures d'une condition parée de l'innocence viennent orner le tableau, pour ajouter à cette première leçon, qui place dans la vertu des citoyens la force de l'État, une autre leçon trop oubliée; c'est que la morale des familles fait les citoyens, et maintient ou remplace les lois. Vérités naïves, au delà desquelles n'auraient pas dû remonter les hardis investigateurs qui, voulant creuser jusqu'aux, racines de l'arbre social, l'ont renversé dans l'abîme qu'ils avaient ouvert!

Cette sagesse d'application et de principes que Montesquieu devait porter dans l'histoire des intérêts civils, dans la théorie des lois établies, il l'annonce, il s'y prépare, pour ainsi dire, par d'ingénieuses allégories; et sa politique romanesque est plus raisonnable et plus attentive à la vérité dis choses que la politique sérieuse de beaucoup d'écrivains célèbres. On sent que dominé par un esprit juste et observateur, lors môme qu'il se livre à des écarts d'imagination, il ne peut oublier la réalité des événements, et des mœurs qu'il a longtemps étudiées. Veut-il, dans l'épisode des Troglodytes, peindre la perfection idéale de la vie humaine : il n'essaye pas, comme Rousseau, d'exagérer l'abrutissante liberté de la vie sauvage; il trace le tableau embelli de l'homme en société : et ce tableau, malgré l'éclat des couleurs, ressemble à quelques années de bonheur et de vertu que l'on trouverait éparses dans les annales des républiques naissantes; mais, en décrivant celte verlueuse félicité, il la montre prête à finir; et cel aveu est le dernier trait ajouté à la vraisemblance historique.

Essaye-t-il une seconde peinture du bonheur social :

il le fait naître des vertus d'un monarque absolu, fiction qui serait un blasphème, si Marc-Aurèlc n'avait pas régné. Montesquieu écrit le roman d'Arsace et d'Isménie, où le despotisme légitimé parla vertu, orné des plus puissantes séductions, l'amour et la gloire, se consacre et s'enchaîne au bonheur des humains.

Le despotisme! Un législateur a-t-il employé son génie à l'éloge d'une pareille puissance? Était-ce un caprice de son imagination, un mensonge de sa conscience? Pour lever ces doutes, il faut rappeler ce désespoir involontaire dans lequel sont tombés de grands et nobles génies, qui, mécontents de l'usage que les hommes faisaient de leur liberté, leur ont souhaité des maîtres, et ont invoqué contre nos erreurs et nos crimes la terrible protection du pouvoir absolu. Ce vœu s'est rencontré dans les cœurs les plus bienfaisants, comme dans ces âmes austères qui, en jugeant l'humanité, semblaient la haïr. Platon', qui s'était si longtemps flatté du projet d'une république parfaite, ne savait plus enfin désirer pour l'espèce humaine qu'un bon tyran aidé d'un bon législateur. Quelle injure pour le genre humain qu'un pareil vœu ait pu sortir d'une âme vertueuse, en présence de Sparte, à la vue des côtes de la Perse !

Dans cet ouvrage immortel que l'on a calomnié comme séditieux, parce que les maux des peuples y sont déplorés, Fénelon admet les monarchies absolues, et se réduit à enchaîner par le charme de la bonté ces rois auxquels il abandonne la puissance illimitée du bien et du mal. Sésostris n'est qu'un despote, modéré par la justice et l'amour de la gloire : ldoménée n'est qu'un tyran corrigé par le malheur. Croira-t-on, cependant, que l'âme élevée de Fénelon ne conçut rien de préférable h l'usage tempéré

1 Voir à la fin de V Éloge, noti; D.

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du pouvoir absolu? D'autres écrits de sa main' attestent les vœux qu'il formait pour un ordre politique plus conforme à la dignité de l'homme. Mais en attendant la liberté des peuples, il cherchait à mettre dans le cœur du monarque les barrières qui n'étaient pas encore dans la loi.

Je ne sais si telle était la pensée de Montesquieu, de cet ardenl admirateur des vertus antiques. Peut-être, les yeux attachés sur son siècle et sur la monarchie française, voyant le calme naître du pouvoir absolu, il tolérait cette manière de rendre les hommes heureux; il consentait même à l'embellir, et lui prêtait des prestiges de grandeur, qui manquèrent trop au siècle de Louis XV. Sans doute, lorsque la cause de la liberté est enfin apportée au tribunal des rois, lorsque, pour conduire les générations éclairées, il ne reste plus que les lois, barrière et soutien du pouvoir légitime, ou la force, instrument passager qui sert à toutes les puissances ; honneur aux esprits élevés qui demandent que les nations soient associées à leur gouvernement, et concourent à leur propre salut! Quel que soit dans l'avenir le succès de ce noble effort, il faut le tenter; car toute autre voie serait impossible ou odieuse. Mais s'il exista jadis pour un ordre politique dans lequel le pouvoir suprême, sans contre-poids et sans résistance, était modéré par l'esprit du siècle et la législation des mœurs, pourquoi les plus grands génies auraient-ils hâté la ruine de ce système, qui n'était point pénible pour l'orgueil, tant qu'il était approuvé par l'opinion? Ceux qui savaient alors mesurer l'étendue des changements une lois commencés ont quelquefois peut-être reculé devant leurs propres espérances.

Souvenons-nous que le dix-huitième siècle fut particulièrement pour la France l'époque la plus paisible et la

' Voir à la tin de VLluye, uu-tu C.

plus heureuse de la civilisation moderne; et nous croirons que la sagesse ne devait pas s'irriter contre un pouvoir absolu qui s'adoucissait par le bonheur public. En recevant les mœurs et l'esprit de son siècle, Montesquieu évita cet injuste dédain pour les institutions nationales, cet enthousiasme de l'esprit novateur, qui présageait, dans l'oisiveté même d'un âge trop heureux, les agitations et les fureurs que renfermait l'avenir. Mais alors même que Montesquieu adoptait et se plaisait à embellir ce gouvernement que bientôt il justifia par des raisonnements, souvent les jeux de son esprit furent contraires aux opinions sur lesquelles ce gouvernement a besoin de s'appuyer.

La monarchie de Louis XIV ne pouvait subsister qu'avec les mœurs, les principes, la religion, qui marquèrent le règne de ce prince. Lorsque la corruption et la licence descendirent du trône dans la nation, chaque jour ce pouvoir absolu devint moins juste et moins révéré. Le système politique de Louis XIV était un miracle de nobles illusions, qui pouvaient à peine durer l'espace d'un siècle, ou la vie même d'un homme. Mais surtout on ne devait pas espérer d'en prolonger l'influence au profit du pouvoir, lorsqu'elle n'existait plus au profil des mœurs. Si des écrivains libres et hardis ont préludé par une légère ironie à des attaques plus sérieuses, si la licence des mœurs a conduit à l'avilissement de l'autorité, cette progression était inévitable. En morale, en politique, unv chose n'arrive pas précisément parce qu'il s'est rencontré un homme pour l'accomplir; mais il y avait des causes qui la rendaient nécessaire; et devaient la faire sortir de telle ou telle main. Il était impossible que le dix-huitième siècle ne vit pas naître des écrivains animés d'un esprit d'indépendance et de curiosité, de hardis examinateurs de toutes les opinions, d'éloquents contradicteurs de ta puissance, des hommes spirituels et moqueurs, qui jugeraient avec

plus de liberté que de justice toul ce qu'on avail révéré jusqu'alors '.

La supériorité même des écrivains du grand siècle poussait leurs successeurs dans ces routes nouvelles; car l'ambition de créer égale dans l'écrivain le besoin de variété qui tourmente et séduit le vulgaire des hommes. Il cherche par les saillies du paradoxe les succès que ne lui promet plus la vérité trop simple où trop connue; il demande à la hardiesse, à la licence, au scandale même, ce que lui refusent la décence cl la religion. Si les vérités morales ne sont pas infinies comme les vérités géométriques, on peut concevoir que le génie, dans sa perpétuelle activité, attaquera quelquefois les premières, tandis qu'il augmente incessammenl les autres. Semblable au conquérant qui se précipite plutôt que de s'arrêter, quand il est au terme de la véi ité, il s'élance au delà ; et il égare les hommes plutôt • pie de renoncer à les conduire.

Vous qui souffrez avec indignation la chute des anciennes maximes, n'accusez pas uniquement les écrivains célèhrcs, dont les opinions hardies ont corrige quelques erreurs et mis tant de vérités en problème. Ces opinions étaient de leur siècle autant que de leur choix; elles tenaient à cette mobilité générale de la pensée, qui ne permet ni à l'ambition de l'homme supérieur, ni à la curiosité de la foule, de suivre toujoui - les routes antiques.

le caractère du dix-huitième siècle, c'est d'avoir mis les idées à la place des croyances : mouvement que l'on devait pressentir, et qu'il ne faudrait pas accuser, s'il s'était arrêté devant les bornes éternelles de la religion et de la morale. L'esprit humain s'emploie d'abord à maint< nir les croyances; plus lard son activité le porte à les combattre. Les croyances une l'ois établies ont besoin de

1 Voir ;i la lin M ! VÉloge, noti 1»

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