AU DISCOURS DE M. DACIER. I
la palme et l'ambition du jeune homme ; Testime publique est la couronne du vieillard. Que pourrais- je vous dire, monsieur, qui valût ce témoignage universel et paisible d'une considération lentement acquise par de nobles travaux , et consacrée sur votre tête par l'épreuve de l'âge et du temps? Votre réputation date déjà d'un autre siècle; et l'auteur du Voyage d' Anacharsis , le vertueux,lesavant,ringénieux Barthélémy, frappé de retrouver en vous ce mélange d'érudition et d'urbanité dont il était lui-même le modèle, vous nommait, il y a plus de trente ans, à cette même place où les suffrages d'une autre génération vous appellent aujourd'hui. Ainsi, monsieur, vous ne pouvez dire , comme un célèbre Romain, d'une humeur un peu chagrine, que l'on est malheureux d'avoir pour juges de ses actions des hommes qui n^étaient pas nés quand on les a faites. Vous éprouvez , au contraire , que les bons écrits, qui sont les actions de l'homme de lettres, ne vieillissent pas dans la mémoire , et forment une recommandation toujours contemporaine , et des titres toujours présents.
Les vôtres, monsieur, s'ils ont commencé à une époque déjà bien loin de nous, se sont, jusqu'à ce moment même , entretenus el renouvelés sans cesse par de rapides et intéressantes productions, où se conserve toujours le précieux caractère qui
marqua vos premiers travaux , la connaissance profonde , le sentiment vrai de l'antiquité , surtout de cette antiquité grecque, la mère de tous les arts, et la source des plus vives lumières qui aient éclairé l'esprit humain.
Cette heureuse prédilection, ce culte du bon goût, qui vous dicta, dès la jeunesse, l'élégante traduction du plus naturel et du plus pur des écrivains attiques , semblait , il y à peu de temps encore , vous inspirer une véritable éloquence , lorsque , rendant hommage à la mémoire de l'un des plus fervents adorateurs de la Grèce y de M. de Choiseul-Gouffier, vous partagiez l'enthousiasme exprimé dans son ouvrage. Avec quelle force , monsieur, avec quelle jeunesse de pinceau, pardonnez-moi cette expression , n'avez- vous pas représenté ce digne et fidèle amant de tous les beaux souvenirs , parcourant , plein d'une religieuse douleur, le territoire asservi du Péloponèse , remuant tous les débris , interrogeant toutes les ruines, sans négliger la population moderne, qui est elle-même une ruine vivante et glorieuse de la Grèce antique I Vous redisiez alors ce vœu de M. de Choiseul, ce vœu du christianisme et de l'humanité ^our l'affranchissement de la Grèce; vœu sacré que Ë'ont point affaibli, sans doute, les. nouvelles barbaries des oppresseurs, et l'héroïsme infortuné de leurs victimes.