‹ Discours et mélanges littéraires (volume 2)Chapitre 16 sur 31 · AU DISCOURS' DE M. DAGIER. I · texte numérisé non relu

AU DISCOURS' DE M. DAGIER. I

Ainsi, monsieur, le culte des beaux-arts est l'allié naturel de tous les nobles sentiments, de toutes les pensées conformes à la dignité humaine. La perfection même du goût ne fait que développer la générosité du cœur. Éclairer notre 4*aison , c'est élever notre aime. Par combien d'exemples , et sous combien de nuances délicates cette heu^ reuse union ne se reprèduit-elle pas dans la vie de tant de savants illustres , dont vous avez été , depuis quarante ans , le fidèle et ingénieux historien ?

Le recueil de vos éloges , si curieux et si varié , où figurent tour à tour tant de mérites différents, tant de célébrités étrangères et nationales , ce recueil , que l'on pourrait nommer justement une histoire dramatique et animée de la littérature savante depuis un demi-siècle , serait aussi l'heureuse démonstration de cette vérité , qui rattache à l'amour des sciences et des lettres l'habitude des plus nobles sentiments; et la vie entière du panégyriste en serait la dernière preuve. L'Académie, monsieur, par le choix qu'elle fait de vous, a donc voulu tout ensemble rendre honneur à vos utiles travaux , au corps savant qui vous les inspire , et à la mémoire de l'illustre prédécesseur que vous avez loué si dignement, et dont le nom rappelle une autre gloire , qu'il ne nous est pas permis d'oublier.

Pendant plus d'un siècle, chaque solennité seiïiblable à celle qui nous réunit en ce jour ra* menait avec de nouveaux éloges lé puissant nom de Richelieu, de ce nlinistre ambitieux, mais au profit de l'État , qui , tenant le monarque esclave sur un trône agrandi , releva les étendards de la France à la hauteur où les avait portés l'immortel Henri IV , et , du milieu de toutes les factions et de toutes les faiblesses , fit sortir un royaume florissant , belliqueux , pa^ible , dont la splendeur, pour éclater toute entière, n'attendait plus que Louis XIY . Sans doute , l'histoire et la postérité ont fait un choix sévère dans les louanges que la littérature reconnaissante avait prodiguées à Richelieu ; et l'Académie a pu sagement interrompre cette tradition d'un panégyrique uniforme, contre lequel la morale et la justice avaient souvent à réclamer. Mais quand l'homme puissant n'est plus loué par cette flatterie héréditaire qui survit quel* quefois à la force , et semble en aduler le souve<nir, il a droit encore d'être jugé ; et s'il fut un grand homme , il conserve une immortalité désor^ mais indépendante des exagérations de l'enthou-siasme et de la haine. Tel nous apparaît ce cardinal de Richelieu, qui, malgré l'inflexible hauteur de son génie, aima les lettres, en conçut la grandeur, en favorisa l'influence. Que son nom , tou«jours présent dans l'histoire et dans la politique.

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